‹ Œuvres moralesChapitre 37 sur 90 · ORONTE, OU LE VIEUX FOU · texte numérisé non relu

ORONTE, OU LE VIEUX FOU

Oronte, vieux et flétri, dit que les gens vieux sont tristes, et que, pour lui, il n'aime que les jeunes gens. C'est pour cela qu'il s'est logé dans une auberge, où il a, dit-il, le plaisir de ceux qui voyagent, sans leurs peines, parce qu'il voit tous les jours à souper de nouveaux visages. On le rencontre quelquefois au jeu de paume, avec des jeunes gens qui sortent du bal, et il va déjeuner avec eux.

de lui que de petites ; aussi, ne trouvant pas, comme il le dit encore, ses modèles dans le monde frivole qui l'entoure, il demande à sortir de son pays et de son siècle, à la seule condition de ne pas sortir de la nature, et c'est ainsi que le maréchal de Broglie devient Lentidus, comme tel sous-lieutenant un peu mutin deviendra Clodius (voir le n° XL1I). Vauvenargues sent bien que de telles figures manquent de proportion, à cause de leur isolement même ; aussi voudrait-il les attacher à un corps d'histoire, ou, du moins, à une fiction qui les préparât et les soutînt. C'est ce qu'avait faitFénelon, dont l'imagination, chimérique aussi, selon le mot profond de Louis XIV, aimait également à sortir de son siècle. Vauvenargues a beau dire dans sa Préface qu'il a imité La Bruyère et Théophraste autant qu'il l'a pu, c'est Fénelon qu'il a le plus imité, sans le savoir peut-être, et la ressemblance est évidente entre ses portraits et ceux du Télémaque. — G.

Il les cultive avec le même soin que s'il avait envie de leur plaire ! ; mais, on peut lui rendre juslice, ce n'est pas la jeunesse qu'il aime, c'est la folie. Il n'a du sérieux de son âge qu'une économie excessive; les plaisirs, dont il abuse, n'ont point adouci l'âpreté naturelle de son caractère; il est dur, rusé, défiant; il leurre l'avarice de plus d'une femme qui aspire à le gouverner, et, dans un âge si exposé à la tromperie, il trouve encore 3e secret de faire des dupes. Il a un fils qui a vingt ans, et qui est déjà estimé dans le monde; mais ce jeune homme est appliqué, sérieux, et passe une grande partie de la nuit à lire. Oronte a brûlé plusieurs fois les livres de son fils, et n'a fait grâce qu'à des vers obscènes, qui d'ailleurs sont assez mauvais. Ce jeune homme en rachète toujours de nouveaux, et trompe les soins de son père. Oronte a voulu lui donner une fille de l'Opéra, que lui-même a eue autrefois, et n'a rien négligé, dit-il, pour l'éducation de cet enfant; mais ce petit drôle est entêté, ajoute-t-il , et a l'esprit gâté et plein de chimères.

1 Variante ; [ « 11 leur fait des contes obscènes , s'avilit « pour plaire, et, à force de se faire mépriser, se fait sup- « porter. * ]

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