‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 153 sur 214 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

se rendre ainiable à nos yeux. Ainsi on peut, à son exemple^ couvrir de quelque chose de sensible les vérités que nous voulons comprendre et enseigner aux autres^ afin d'arrêter l'esprit qui aime le sensible et qui ne se prend aisément que par quelque chose qui flatte les sens. La sagesse éternelle s'est rendue sensible, mais non dans l'éclat ; elle s'est rendue sensible, non pour nous arrêter au sensible, mais pour nous élever à l'intelligible ; elle s'est rendue sensible pour condamner et sacrifier en sa personne toutes les choses sensibles. Nous devons donc nous servir, dans la connaissance de la vérité, de quelque chose de sensible qui n'ait point trop d'éclat et qui ne nous arrête point trop au sensible, mais qui puisse seulement soutenir la vue de notre esprit dans la contemplation des vérités purement intelligibles. Nous devons nous servir de quelque chose de sensible que nous puissions dissiper, anéantir, sacrifier avec plaisir à la vue de la vérité vers laquelle elle nous aura conduits. La sagesse éternelle s'est présentée hors de nous, d'une manière sensible, non pour nous arrêter hors de nous, mais afin de nous faire renfj-er dans nous-mêmes, et que , selon l'homme intérieur, nous la pussions considérer d'une manière intelligible. Nous devons aussi, dans la recherche de la vérité, nous servir de quelque chose de sensible qui ne nous arrête point hors de nous par son éclat , mais qui nous fasse rentrer dans nous-mêmes, qui nous rende attentifs et nous unisse à la vérité éternelle, laquelle seule préside à l'esprit et le peut éclairer sur quelque sujet que ce puisse être.

Page 1