LIVRE SIXIÈME
diverses secousses ou vibrations^ ils paraîtront de différentes couleurs.
Quant à leur situation^ les plus pesants ou les moins légers, c'est-à-dire ceux qui auront moins de force pour continuer leur mouvement en ligne droite, seront les plus proches du centre comme les métaux. La terre, Teau, Fair, en seront plus éloignés; et tous les corps garderont la situation où nous les voyons, parce qu'ils doivent s'être placés d'autant plus loin du centre de la terre qu'ils ont plus de mouvement pour s'en éloigner.
Et Fon ne doit pas être surpris si je dis présentement que les métaux ont moins de force pour continuer leur mouvement en ligne droite que la terre, l'eau et d'autres corps encore moins solides, quoique j'aie dit auparavant que les corps les plus solides ont plus de force à continuer leur mouvement en ligne droite que les autres. Car la raison pour laquelle les métaux ont moins de force pour continuer de se mouvoir que de la terre ou des pierres, c'est que les métaux ont beaucoup moins de mouvement, puisqu'il est toujours vrai que deux corps inégaux en solidité étant mus d'une égale vitesse, le plus solide a plus de force pour aller en ligne droite, parce qu'alors le plus solide a plus de mouvement, et que c'est le mouvement qui fait la force.
Et si l'on veut savoir la raison pourquoi vers les centres des tourbillons les corps grossiers sont pesants, et légers quand ils en sont fort éloignés ( car si la terre, par exemple, était plus proche du soleil, elle remonterait où elle est ) , on doit penser que les corps grossiers reçoivent leur mouvement de la matière subtile qui les environne et dans laquelle ils nagent. Or cette matière subtile se meut actuellement en ligne circulaire autour du centre du tourbillon, et c'est ce mouvement comnmn à toutes ses parties qu'elle communique aux corps grossiers qu'elle environne. Mais elle ne peut leur communiquei* les mouvements particuhers à chaque partie qui tend vers différents côtés, en s'éloignant néanmoins du centre du tourbillon. Car on doit prendre garde que les parties de la matière subtile, faisant effort vers différents côtés, ne peuvent que comprimer le coiîps grossier qu'elles transportent; car ce corps ne peut pas en même temps aller vers différents côtés. Mais parce que la matière subtile.
qui est vers Je centre du touibillou, a beaucoup plus de mouvement qu'elle n'en emploie à circuler ; qu'elle ne communique aux corps grossiers qu'elle enti'aîne que son mouvement cij'ciilaire et commun à toutes ces parties^ et que si les corps grossiers avaient d'ailleurs plus de mouvement que celui qui est commun au tourbillon, ils le perdraient bientôt en le commimiquant aux petits corps qu'ils rencontrent ; de là il est évident que les corps grossiers, vers le centime du tourbillon, n'ont point tant de mouvement que la matière dans laquelle ils nagent, dont chaque partie se meut en plusieurs façons difFérentes outre leur mouvement circulaire ou commun. Or, si les corps grossiers ont moins de mouvement, ils font certainement moins d'elTort pour aller en ligne droite et pour s'éloigner du centre; et s'ils font moins d'effort, ils sont obligés de céder à ceux qui en font davantage, et, par conséquent, de se rapprocher vers le centre du tourbillon, c'est-à-dire qu'ils sont d'autant plus pesants qu'ils sont plus solides.
Mais lorsque les corps grossiers sont fort éloignés du centre du tourbillon, comme le mouvement circulaire de la matière subtile est alors fort grand , à cause qu'elle emploie presque tout son mouvement à tourner autour du centre du tourbillon, les corps ont d'autant plus de mouvement qu'ils sont plus solides, puisqu'ils vont de la même vitesse que la matière subtile dans laquelle ils nagent; ainsi ils ont plus de force pour continuer leur mouvement en ligne droite. De sorte que les corps grossiers, dans une certaine distance du centre du tourbillon , sont d'autant plus légers qu'ils sont plus solides.
Cela fait donc voir que la terre est métallique vers le centre , qu'elle n'est pas fort solide vers sa circonférence, que l'eau et l'air doivent demeurer dans la situation où nous les voyons ; mais que tous ces corps sont pesants, l'air aussi bien que l'or et le vif-argent, paice qu'ils sont plus solides et plus grossiers que le premier et le second élément. Cela fait voir que la lune étant un peu trop éloignée du centre du tourbillon de la terre , n'est point pesante quoi(iu'elle soit solide; (jue Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter et Saturne ne peuvent tomber dans le soleil, qu'ils ne sont point assez solides pour sortir de leur tourbillon comme les comètes, qu'ils sont en équilibi^ avec la matière dans laquelle ils ncigent , et que si l'^ni