LIVRE SIXIÈME
Aristote prétend> dans son livre Du ciel, que la terre est au centre du monde^ et que tous les corps qu'il lui plaît d'appeler simples^ à cause qu'il suppose qu'ils se meuvent par leur nature^ doivent se remuer par des mouvements simples. Il assure qu'outre le mouvement circulaire qu'il soutient être simple^ et par qui il prouve que le ciel, qu'il suppose se mouvoir circulairement, est un corps smiple, il n'y en a que deux qui soient simples, l'un de haut en bas, ou de la circonférence vers le centre ; l'autre de bas en haut, ou du centre vers la circonférence; que ces mouvements simples contiennent à des corps simples, et par conséquent que la terre et le feu sont des corps simples, dont l'un est tout à fait pesant et l'auti'e tout à fait léger. Mais parce que la pesanteur et la légèreté peuvent convenir à un corps, ou tout à fait ou en partie, il conclut qu'il y a encore deux éléments ou deux corps simples, dont l'un est léger en partie et l'autre pesant en partie, savoir l'eau et l'air. Voilà comme il prouve qu'il y a quatre éléments et qu'il n'y en a pas davantage.
Il est évident, à ceux qui examinent les opinions des hommes par leur propre raison, que toutes ces propositions sont fausses, ou du moins qu'elles ne peuvent passer pour des principes clairs et incontestables, dont on ait des idées trèsclaires et très-distinctes et qui paissent servir de fondement à la physique. Il est certain qu'il n'y a rien de plus absurde que de vouloir établir le nombre des éléments par des qualités imaginaires de pesanteur et de légèreté, en disant sans aucune preuve qull y a des corps qui sont pesants et d'autres qui sont légers par leur nature. Car, s'il n'y a qu'à parler sans preuve, on pourra dire que tous les corps sont pesants par leur nature, et qu^ils sont tous sans efforts pour s'approcher du centre du monde, comme du lieu de leur repos ; et l'on pourra soutenir au contraire que tous les corps sont légers par leur nature, et qu'ils tendent tous à s'élever vers le ciel, comme vers le lieu de leur plus grande perfection. Car si l'on objecte à celui qui dira que tous les corps sont pesants que l'air et le feu sont légers, il n'aura qu'à répondre que le feu et l'air ne sont point légers, mais qu'ils sont moins pesants que l'eau et la terre, et que c'est à cause de cela qu'ils semblent légers. Qu'il en est de même de ces éléments que d'un morceau de bois qui semble léger dans l'eau, non qu'il soit léger de lui-même, puisqu'il tombe en bas lorsqu'il est
li*^ PARTIE.
dans l'air^ niais parce que Teau^ qui est plus pesante, prend le dessous et le fait monter.
Si^ au contraire, l'on objecte à celui qui soutiendra que tous les corps sont légers par leur nature que la teri*e et l'eau sont pesantes, il répondra de même que ces corps semblent pesants à cause qu'ils ne sont pas si légers que les autres qui les environnent ; que du bois, par exemple, semble pesant loi'squ'il est dans Tair, non qu'il soit pesant, puisqu'il monte lorsqu'il est dans Teau, mais parce qu'il n'est pas si léger que l'air.
11 est donc ridicule de supposer comme des principes incontestables que les corps sont légers ou pesants par leur nature ; au contraire, il est évident que tout corps n'a point en soimême la force de se l emuer, et qu'il lui est indiflerent d'être mû de haut en bas, ou de bas en haut ; d'orient en occident, ou d'occident en orient ; du pôle méridional au septentrional, ou de quelque autre manière qu'on le voudra concevoir.
Mais accordons à Aristote qu'il y a quatre éléments tels qu'il le souhaite, dont il y en a deux pesants et deux autres légers par leur nature, savoir : le feu, l'air, l'eau et la terre. Quelle conséquence en pourra-t-on tirer pour la connaissance de l'univei s? Ces quatre éléments ne sont point le feu, Tair^ l'eau et la terre que nous voyons ; selon lui, c'est autre chose. Nous ne les connaissons point par les sens, et encore moins par la raison, car nous n'en avons aucune idée distincte. Je veux que nous sachions que tous les corps naturels en sont composés, puisqu'Aristote l'a dit ; mais la nature de ces corps composés nous est inconnue, et nous ne les pouvons connaîti e qu'en connaissant les quatre éléments ou les corps simples qui les composent, car on ne connaît le composé que parle simple.
Le feu, dit Aristote, est léger par sa nature ; le mouvement de bas en haut est un mouvement simple ; le feu est donc un corps simple, puisque le mouvement doit être proportionné au mobile. Les corps naturels sont composés des corps simples, donc il y a du feu dans tous les corps naturels; mais un feu qui n'est pas semblable à celui que nous voyons, cai' le feu n'est souvent ({n'en puissance dans les corps qui en sont composés. Qu'est-ce que ces discours péiipatéliques nous apprennent? (pi'il y a du feu dans tous les corps, soit (irtnel, soit potentiel, c'est-à-dire que tous les C(»r[)S