LIVRE SIXIÈME
sont com|)Osés de quelque chose qu'on ne voit point et àoni on ne connaît point la nature. Nous voilà donc fort avancés.
Mais^ si Aristote ne nous fait point connaître la nature du feu et des autres éléments dont tous les corps sont composés, on pourrait peut-être s'imaginer qu'il nous en découvre du moins les qualités et les principales propriétés. 11 faut encore examiner ce qu'il en dit.
ïl nous déclare * qu'il y a quatre qualités pi'incipales qui appartiennent au toucher : la chaleur^ la froideur^ l'humidité et la séchei-esse^ desquelles toutes les autres sont composées; et il distrihue en cette sorte ces qualités premières aux quatre éléments : il donne au feu la chaleur et la sécheresse^ à Tair la chaleur et l'humidité^ à l'eau la froideur et l'humidité, et à la terre la froideur et la sécheresse^. Il assure que la chaleur et la froideur sont des qualités actives, et que la sécheresse et rhumidité sont des qualités passives. Il définit la chaleur, ce qui assemble les choses de même genre; la froideur, ce qui assemble toutes choses, soit de même, soit de divers genres; Fhumide, ce qui ne se contient pas facilement dans ses propres bornes, mais dans des bornes étrangères ; et le sec. ce qui se contient facilement dans ses propres bornes et ne s'accommode pas facilement aux bornes des corps qui V environnent.
Ainsi, selon Aristote, le feu est un élément chaud et sec ; c'est donc un élément qui assemble les choses de même nature, et qui se contient facilement dans ses propres bornes, et difficilement dans des bornes étrangères. L'air est un élément chaud et humide ; c'est donc un élément qui assemble les choses de môme genre, et qui ne se contient pas facilement dans ses propres bornes, mais dans des bornes étrangères. L'eau est un élément froid et humide ; c'est donc un élément qui rassemble les choses de même et de différente nature, et qui ne se contient pas facilement dans ses propres bornes, mais dans des bornes étrangères. Et enfin, la terre est fi'oidc et sèche ; c'est donc un élément qui rassemble les choses de même et de différente nature, qui se contient facilement dans ses propres bornes, et qui ne s'accommode pas facilement à des bornes étrangères.
Voilà les éléments expliqués selon le sentiment d' Aristote , ou selon les définitions qu'il a données de leurs qualités prin-
' Liv. 2, ch. 2 et 3 du De gen. et corrupt. 2 Chapitre
DE LA MÉTIIODR. — U* PAKTIE. GOî)
cipales ; et parce qiie^ si nous l'eu croyons^ les éléiuents sout les corps simples dont tous les autres sont composés^ et leurs qualités des qualités simples dont toutes les autres sont composées , la connaissance de ces éléments et de leurs qualités doit être tiès-claire et très-distincte^ puisque toute la {)hysique, c'est-à-dire la connaissance des corps sensibles qui en sont composés , en doit éti'e déduite.
Voyons donc ce qui peut manquera ces principes. Pjcmièrement, Aristote n'attache point d'idée distincte au mot de qualité : on ne sait si par qualité il entend un être réel distingué de la matière , ou seulement la modification de la matière ; il semble quel(piefois qu'il Tentende en un sens , et quelquefois en un autre. 11 est \rai que dans le huitième chapitre des catégories il définit la qualité : ce qui fait <|ue les choses sont appelées telles ; mais ce n'est pas tout à fait ce qu'on demande. Secondement les définitions qu'il donne des quatre premières qualités^ la chaleur, la froideur^ T humidité et la sécheresse , sont toutes fausses ou inutiles. Voici sa définition de la chaleui* : La chalew\ c'est ce qui assemble les choses de même nature.
Premièrement, on ne voit pas que cette définition explique parfaitement la nature de la chaleur, quand même il serait vi'ai que la chaleur assemblerait toujours les choses de môme nature.
Secondement , il est faux que la chaleur assemble les choses de môme nature. La chaleur n'assemble point les parties de l'eau ; elle les dissipe plutôt en vapeur. Elle n'assemble point les parties du vin , ni celles de toute autre fiqueiu* ou corps fluide qu'il vous plaira , ni même celles du vif-argenl ; elle lésout, au œntraire, et elle sépare tous les corps solides et fluides de même et de différente nature ; et , s'il y en a qiicl- (pies-uns dont le feu ne puisse dissiper les parties, ce n'est point qu'elles soient de même nature , mais c'est (pi'elles sont trop grosses et trop solides pour être enlevées par le mouvement des parties du feu.
En troisième lieu , la chaleur selon la vérité ne peut ni assembler ni dissiper les pai ties d'aucun coi ps de même ou de différente nature; car, pour assembler, pour séparer, pour dissiper les parties de quelque eorps , il faut les remuei" : or la chaleur ne peut rien remuer, ou du moins il n'est pas évident que la chaleur puisse remuer les corps ; car, quoique