‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 202 sur 214 · LIVRE SIXIÈME. DE LA METHODE.— PARTIE · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. DE LA METHODE.— PARTIE

ne s'approchent point de celui qui est la vie et la nourritui e de râme; leur esprit s'affaiblit et s'e|,Yeugle par le commerce qu'ils ont avec ceux qui ne peuvent ni les éclairer ni les fortifier ; ils se remplissent d'une fausse érudition dont le poids les accable et dont Féclat les éblouit ; et, s'imaginant devenir fort savants lorsqu'ils se remplissent la tête des opinions des anciens philosophes, ils ne font pas réflexion qu'ils se rendent disciples de ceux que saint Paul dit être devenus fous en s attribuant le nom de sages : Dicentes se esse sapientes^ stuUi facti sunt,

La méthode que j'ai donnée peut, ce me semble, beaucoup servir à ceux qui veulent faire usage de leur raison, ou recevoir de Dieu les réponses qu'il donne à tous ceux qui savent bien l'interroger ;.car je crois avoir dit les principales choses qui peuvent fortifier et conduire l'attention de l'esprit, laquelle est la prière naturelle que l'on fait au véritable maître de tous les hommes pour en recevoir quelque instruction.

Mais comme cette voie naturelle de rechercher la vérité est fort pénible, et qu'elle ji'est ordinairement utile que pour résoudre des questions de peu d'usage, et dont la connaissance sert plus souvent à flatter notre orgueil qu'à perfectionner notre esprit, je crois, pour finir utilement cet ouvrage, devoir dire que la méthode la plus courte et la plus assurée pour découvrir la vérité, et pour s'unir à Dieu de la manière la plus pure et la plus parfaite qui se puisse, c'est de vivre en véritable chrétien ; c'est de suivre exactement les préceptes de la vérité éternelle, qui ne s'est unie avec nous que pour nous réunir avec elle ; c'est d'écouter plutôt notre foi que notre raison, et tendre à Dieu, non tant par nos forces natureUes, qui depuis le péché sont toutes languissantes, que par le secours de la foi, par laquelle seule Dieu veut nous conduire dans cette lumière immense de la vérité qui dissipera toutes nos ténèbres ; car enfin il vaut beaucoup mieux, comme les gens de bien, passer quelques années dans l'ignorance de certaines choses et se trouver en un moment éclairés pour toujours, que d'acquérir par les voies naturelles avec beaucoup d'application et de peine une science foii imparfaite et qui nous laisse dans les ténèbres pendant toute l'éternité.

Page 1