‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 40 sur 214 · LIVRE PRKMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PRKMIER

contre celte preuve des objections très-fortes, appuyées sur la réponse que j'ai donnée à l'objection précédente , on ne la a'oit pas assez solide pour la proposer.

En effet, il est assez rare qu^on se plaise beaucoup plus à une couleur qu'à une autre, de même qu'on prend beaucoup plus de plaisir à une saveur qu'aune autre. La raison en est que les sentiments des couleurs ne nous sont pas donnés pour juger si les corps sont propres à notre nourriture ou s'ils n'y sont pas propres. Cela se marque par le plaisir et la douleur, qui sonf les caractères naturels du bien et du mal. Les objets en tant que colorés ne sont ni bons ni mauvais à manger. Si les objets nous paraissent agréables ou désagréables en tant que colorés, leur vue serait toujours suivie du cours des esprits qui excite et qui accompagne les passions, puisqu^on ne peut toucher l'âme sans l'émouvoir. Nous haïrions souvent de bonnes choses, et nous en aimerions de mauvaises, de sorte que nous ne conserverions pas longtemps notre vie. Enfin les sentiments de couleur ne nous sont donnés que pour distinguer les corps les uns des autres, et c'est ce qui se fait aussi bien , soit qu'on voie l'herbe verte ou qu'on la voie rouge , pourvu que la personne qui la voit verte ou rouge la voie toujours de la même manière.

Mais c'est assez parler de ces sensations ; parlons maintenant des jugements naturels et des jugements libres qui les accompagnent. C'est la quatrième chose que nous confondons avec les trois autres dont nous venons de traiter.

Page 1