Les lois générales des communications des mouvements
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se réduisent à ces deux-ci. La première , que les corps mus tendent à continuer leur mouvement en ligne droite; la deuxième, que les corps qui se choquent se meuvent toujours du côté qu'ils sont moins pressés , et qu'ils seraient mus avec des vitesses réciproquement proportionnelles à leurs masses, si le ressert n'y changeait rien. Or tu vois bien que ces deux lois, ou même d'autres semblables, ne peuvent pas former une machine dont les ressorts sont infinis, et dont chacun a ses usages. Ces lois ne peuvent produire d'un œuf informe un poulet ou un perdreau. Ces animaux doivent être déjà formés dans les œufs dont ils éclosent. Quand tu auras bien examiné ce que je te dis, tu en demeureras convaincu.
9. Mais tout ce monde visible se conserve depuis tant d'années, et aurait pu même se former précisément tel qu'il est par les lois générales de communications des mouvements ; supposé que les premières impressions du mouvement eussent eu certaines déterminations, et certaine quantité de force que Dieu seul connaît. Il ne faut point d'intelligence dans les cieux pour en régler les mouvements. Il n'y a point dans les nues de divinité qui forme les orages, et répande les pluies selon le besoin des laboureurs. Tout ce monde subsiste par l'efficace et la fécondité des lois de la nature que Dieu a établies, et selon lesquelles il agit sans cesse. Si les pluies rendent la terre féconde et si les grêles la ravagent ; si la gelée et le soleil brûlent les plantes, et si la rosée les humecte et les rafraîchit, ne t'imagine pas que Dieu change de conduite. Tous ces effets opposés ne sont que des suites des mêmes lois naturelles : lois qui détruisent, qui renversent , qui dissipent, à cause de leur simplicité ; mais en même temps si fécondes qu'elles rétablissent ce qu'elles ont renversé; si fécondes qu'elles couvrent de fruits et de fleurs les terres mêmes qu'elles ont ravagées par la gelée et par la grêle. Les sablons de l'Afrique, les déserls de l'Arabie * les vastes mers de l'Océan , les rochers inaccessibles, et ces montagnes toujours couvertes de neige, qui te paraissent être l'effet du hasard , sont des suites nécessaires de ces lois. Dieu néanmoins n'a point établi les lois de la nature à cause qu'elles devaient produire de semblables effets; il les a établies parce qu'étant extrêmement simples, elles ne laissent pas de former et de composer des ouvrages admirables.
10. 11 y a plus de mers que de terres habitables : mais il y a
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assez de terres pour les hommes dont j'ai besoin pour former mon Eglise. Car, mon fils, je te dirai quelque jour que tout a été fait et par moi et pour moi, et que tous les hommes qui \iennent au monde ne sont que des matériaux que mon père me fournit, afin que je les sanctifie par ma grâce, et que j'en élève ce temple spirituel dans lequel Dieu habitera éternellement, et qui a été l'objet de son amour avant même la création du monde *. Mais l'ordre naturel me fournit assez de matériaux, et il y en a même beaucoup que je ne mettrai point en œuvre. Car combien de païens, de mahométans et d'hérétiques dans le monde qui pourraient entrer dans l'Eglise, si l'ordre que je suis dans la construction de mon ouvrage me permettait de m'en servir? Sache donc qu'il n'y a que trop de terres habitables pour les hommes dont j'ai besoin pour construire mon ouvrage.
1 1 . 11 est vrai que le monde visible serait plus parfait, si les terres et les mers faisaient des figures plus justes; si, étant plus petit, il pouvait entretenir autant d'hommes; si les pluies étaient plus régulières et les terres plus fécondes; en un mot, s'il n'y avait point tant de monstres et de désordres. Mais Dieu voulait nous apprendre que c'est le monde futur qui sera proprement son ouvrage ou l'objet de sa complaisance et le sujet de sa gloire.
12. Le monde présent est un ouvrage négligé. C'est la demeure des pécheurs, il fallait que le désordre s'y rencontrât. L'homme n'est point tel que Dieu Ta fait; il fallait donc qu'il habitât des ruines, et que la terre qu'il cultive ne fût que le débris d'un monde plus parfait. Ces pointes de rochers au milieu des mers, et ces côtes escarpées qui les environnent, marquent assez que maintenant l'Océan inonde des terres écroulées. 11 a fallu que l'irrégularité des saisons abrégeât la vie de ceux qui ne pensaient plus qu'au mal, et que la terre ruinée et submergée par les eaux portât jusqu'à la fin des siècles des marques sensibles de la vengeance divine. Ainsi le monde présent , considéré en lui-même, n'est point un ouvrage où la sagesse de Dieu paraisse telle qu'elle est. Mais le monde présent, considéré par rapport à la simplicité des voies par lesquelles Dieu le conserve, considéré par rapport aux pécheurs qu'il punit et aux justes qu'il exerce et qu'il éprouve
» Eph. 1, 4; i Petr. i\ 20.
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en mille manières , considéré par rapport au monde futur, dont il est la figure expresse par les événements les plus considérables; en un mot, le monde présent, considéré par rapport à toutes ses circonstances, est tel qu'il n'y a qu'une sagesse infinie qui en puisse comprendre toutes les beautés.
13. Que les philosophes païens attribuent à une nature aveugle les effets qui dépendent de Faction uniforme et constante de mon père; que les impies critiquent l'auteur d'un ouvrage sur des défauts accidentels; que les superstitieux ou les païens imaginent partout de fausses divinités qui se combattent incessamment: ce sont tous des ignorants et des insensés. Si la grêle brise des fruits avant qu'ils soient mûrs, ce n'est point l'effet ni d'une nature aveugle, ni d'un Dieu inconstant, ni enfin d'un méchant Dieu qui s'oppose aux desseins d'un Dieu bienfaisant. C'est uniquement que la simplicité des lois que Dieu a établies , et qu'il suit constamment, a nécessairement des suites fâcheuses à l'égard des hommes. Dieu a prévu ces suites, car il est sage : mais comme il est bon, il n'a pas établi ses lois pour de semblables effets. Il a établi les lois de la nature à cause de leur fécondité, et non point à cause de leur stérilité. Je te le répète encore, il les a établies à cause qu'étant en très-petit nombre , elles ne laissent pas d'être assez fécondes pour fournir tout ce qui est nécessaire à son grand dessein : à la structure de ce temple spirituel , dont les fondements sont inébranlables, et dont je suis le souverain prêtre pour l'éternité selon l'ordre irrévocable de Melchisédech i.
14. 0 mon Sauveur, je vois bien que le principal des desseins de Dieu n'est point le monde présent : cet ouvrage paraît trop négligé, mille défauts le défigurent. Il y a trop d'irrégularités et de monstres parmi les corps, trop de malice et de désordre dans les esprits. Ce ne peut être là l'objet de la complaisance de celui qui n'aime que ce qui est conforme à l'ordre. Mais la providence de Dieu ne s'étend- elle pas jusqu'aux derniers des êtres? N'est-ce pas Dieu qui conduit tout, qui règle tout, qui dispose et arrange tout dans le monde présent comme dans le monde futur? Comment donc
i ). Quoi ! mon fils, tu ne comprends pas encore ce que je viens de t'exposer? Oui, c'est Dieu, et Dieu seul, qui fait et
1 Uœbr. 7.
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qui règle tout. Mais il suit constamment les mêmes lois. 11 agit toujours par les voies qui portent le plus le caractère de ses attributs. Et comme les voies les plus simples sont les plus sages, il les suit toujours dans Fexécution de ses desseins; et il ne forme même ses desseins que sur la comparaison qu'il fait de tous les ouvrages possibles avec toutes les voies possibles d'exécuter chacun d'eux. Car, comme son intelligence est infinie, il comprend clairement toutes les suites nécessaires qui dépendent de toutes les lois possibles; et comme il est infiniment sage, il ne manque pas de choisir le dessein qui a un plus grand rapport de fécondité, de beauté et de sagesse avec les voies capables de l'exéi uter. C'est Dieu qui fait pleuvoir sur les sablons et dans la mer aussi bien que sur les terres ensemencées; c'est lui seul qui fait croître les fruits et qui les brise avant qu'ils soient mûrs ; c'est lui seul qui produit les monstres aussi bien que les animaux parfaits; lui seul bâtit et renverse, détruit et répare, fait et règle tout. Mais il n'agit qu'en conséquence des causes occasionnelles qu'il a établies pour déterminer l'efficace de son action, et c'est là la cause des irrégularités qui se rencontrent dans son ouvrage. Il n'y a que Dieu qui remue les coi ps; mais il ne les remue que lorsqu'ils se choquent , et, lorsqu'un corps est choqué, Dieu ne manque jamais à le remuer. Ainsi l'action de Dieu est toujours constante et uniforme, il suit toujours les lois très-simples qu'il a établies. Et c'est l'uniformité de son action qui, dans certaines rencontres , a nécessairement des suites fâcheuses ou inutiles.
] 6. Une des lois que Dieu a établies pour unir aux corps les esprits est que l'âme souffre de la douleur par rapport aux parties du corps qui sont blessées, et cela afin qu'on y remédie promptement. On a coupé le bras à un homme il y a trois mois, et cet homme ne laisse pas de sentir dans ce bras qu'il n'a plus les mêmes douleurs que s'il l'avait encore. D'où vient cela, mon fils, si ce n'est à cause que l'action de Dieu est toujours uniforme et constante? Car enfin c'est Dieu seul qui agit dans l'âme de l'homme, puisqu'il n'y a que celui qui donne l'être aux esprits qui puisse modifier di versement leur substance et les rendre malheureux. Mais comme il arrive dans le cerveau de cet homme le même changement que si son pouce était blessé, et que ce changement est la cause occasionnelle qui détermine l'efficace de la loi de l'union de
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là me avec le corps, il faut que Dieu lui fasse sentir la même douleur que s'il avait encore ce bras, et que son pouce fût effectivement blessé. C'est par la même raison que l'imagination et les sens excitent à tout moment mille fausses et vaines pensées, et que l'on a dans le sommeil tant de représentations extravagantes et inutiles. Ainsi c'est Dieu qui fait et qui règle tout , mais selon les lois qu'il a établies après avoir prévu qu'elles avaient avec leur ouvrage un plus grand rapport de sagesse et de fécondité que toute autre loi avec tout autre ouvrage.
17. Or la providence de Dieu consiste principalement en deux choses. La première, en ce qu'ayant pu d'abord déterminer les mouvements de telle manière qu'il y eût eu beaucoup d'irrégularités et de monstres, il a commence, en créant le monde et tout ce qu'il renferme, à mouvoir la matière, par exemple, d'une manière qu'il y a le moins qu'il se puisse de désordres dans la nature, et dans la combinaison de la nature avec la grâce. La seconde, en ce que Dieu remédie par* des miracles aux désordres qui arrivent en conséquence de la simplicité des lois naturelles, pourvu néanmoins que l'ordre le demande ; car l'ordre est à l'égard de Dieu une loi dont il ne se dispense jamais.
18. Ainsi Dieu a deux sortes de lois qui le règlent dans sa conduite. L'une est éternelle et nécessaire, et c'est l'ordre1 ; les autres sont arbitraires , et ce sont les lois générales de la nature et de la grâce. Mais Dieu n'a établi ces dernières que parce que l'ordre demande qu'il agisse ainsi. De sorte que c'est l'ordre éternel, immuable, nécessaire, que je renferme comme personne divine , et comme sagesse éternelle, qui est la loi que mon père consulte toujours, qu'il aime invinciblement, qu'il suit inviolablement, et par laquelle il a fait et conserve toutes choses.
19. Lorsque tu entends dire que Dieu permet certains désordres naturels, comme la génération des monstres, la mort violente d'un homme de bien ou quelque chose de semblable, ne t'imagine pas qu'il y ait une nature à qui Dieu ait fait part de sa puissance, et qu'il laisse quelquefois agir sans y prendre part; de la môme manière qu'un prince laisse agir ses ministres, et permet des désordres qu'il ne peut empé-
1 Voy. la Réponse au premier verset des llèfl. phil. cl thèol. de M, Arnauld, troisième lettre.
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cher. (Test Dieu qui fait tout, et les biens et les maux; il fait tomber les ruines d'une maison sur le juste qui va secourir un misérable, aussi bien que sur un scélérat qui va égorger un homme de bien. Mais Dieu fait le bien et permet le mal, en ce sens qu'il veut directement et positivement le bien, et qu'il ne veut point le mal. Je dis qu'il ne veut point le mal : car il n'a point établi les lois de la nature afin qu'elles produisissent des monstres, mais parce qu'étant très-simples, elles doivent néanmoins produire un ouvrage admirable. C'est la beauté et la régularité de l'ouvrage que Dieu veut positivement : pour l'irrégularité qui s'y rencontre , il l'a prévue, comme une suite nécessaire des lois naturelles; mais il ne Fa pas voulue. Car, si les mêmes lois eussent pu faire son ouvrage plus parfait et plus régulier qu'il n'est, il les aurait certainement établies. Ainsi Dieu veut positivement la perfection de son ouvrage, et il ne veut qu'indirectement l'imperfection qui s'y rencontre. Il fait le bien et permet le mal , parce que c'est à cause du bien qu'il a établi les lois naturelles, et que c'est au contraire uniquement en conséquence des lois naturelles qu'arrive le mal. 11 fait le bien parce qu'il veut que son ouvrage soit parfait; il fait le mal , non parce que positivement et directement il le veut faire , mais parce qu'il veut que sa manière d'agir soit simple, régulière, uniforme et constante, parce qu'il veut que sa conduite soit digne de lui et porte visiblement le caractère de ses attributs.
20. Si Dieu agissait par des volontés particulières comme les intelligences bornées, il ne se trouverait point de monstres dans la nature ; les pluies se répandraient sur les terres ensemencées plus abondamment que sur les sablons et dans la mer; un homme qui a perdu un bras n'y sentirait jamais de douleur; car je suppose que le dessein de Dieu soit de rendre par la pluie les terres fécondes J et d'unir l'àme avec le corps par les sentiments qu'il produit en elle par rapport au corps. On ne pourrait point dire que Dieu permet certains malheurs ou certains désordres, qu'en supposant qu'il eût fait part de sa puissance à une nature déréglée et indépendante dans son action; on ne tenterait même jamais Dieu , ni même cette nature imaginaire, si l'on ne la suppose assujettie à certaines lois. Car enfin, si la conduite de Dieu ne devait point être uniforme et constante pour être sage et digne lui, quel danger y aurait-il de se jeter par les fenêtres en se confiant à sa
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bonté? Mais,, parce que c'est Dieu seul qui fait tout , et qui doit agir d'une manière uniforme et constante 9 en suivant les lois générales qu'ils s'est prescrites, on le tente lorsqu'on l'oblige, pour conserver son ouvrage, à faire des miracles ou à agir par des volontés particulières. On oppose sa bonté à sa sagesse; on lui déclare que son ouvrage va périr s'il ne change lui-même de conduite ; on augmente les dérèglements de la nature s'il ne trouble lui-même sans raison la simplicité de ses voies.
21. 0 sagesse éternelle! que Dieu est admirable dans sa conduite ! Comme c'est une marque certaine d'une intelligence infinie que de prévoir toutes les suites particulières des lois générales, je comprends bien présentement qu'il fallait que Dieu agît en conséquence de certaines lois, afin que sa conduite portât le caractère du principal de ses attributs. Entre les philosophes, ceux qui prétendent que Dieu a donné à tous les êtres certaines vertus ou facultés et les premières impressions , afin qu'ils exécutent ensuite tous ses desseins sans qu'il s'en mêle davantage, donnent à Dieu beaucoup de sagesse et de prévoyance ; mais ils blessent sa souveraineté par cette espèce d'indépendance qu'ils attribuent aux êtres créés. Ceux, au contraire, qui prétendent que Dieu fait tout par des volontés particulières, et qu'il est appliqué à son ouvrage comme un horloger à une montre qui s'arrêterait à tous moments sans son secours , laissent à Dieu sa souveraineté et à la créature sa dépendance; mais ils ôtent au Créateur sa sagesse et rendent son ouvrage sujet à la critique et digne du dernier mépris. Car, pourquoi faire sentir la douleur dans un bras qu'on n'a plus , supposé que les sentiments doivent être réglés par rapport à la conservation du corps? Pourquoi répandre la pluie sur les terres stériles, s'il ne doit pleuvoir que pour rendre les terres fécondes? Cela ne peut-il pas faire croire que tout est conduit par une nature aveugle? Il n'y a, ce me semble, que la conduite que vous venez de m'expliquer qui porte le caractère d'une sagesse infinie et d'une souveraineté entière et absolue. Je suis pleinement convaincu que Dieu fait et conserve tout, et que ses voies sont très-simples et très-fécondes ; qu'en suivant constamment très-peu de lois, il produit une infinité d'ouvrages admirables.
22. 0 mon unique maître ! j'avais cru jusqu'à présent que les effets miraculeux étaient plus dignes de votre père que
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les effets ordinaires et naturels; mais je comprends présentement que la puissance et la sagesse de Dieu paraissent davantage, à regard de ceux qui y pensent bien , dans les effets les plus communs que dans ceux qui frappent et qui étonnent l'esprit à cause de leur nouveauté. Que ceux qui imaginent une nature pour principe des effets ordinaires, et qui jugent de toutes choses par l'impression qu'elles font sur leurs sens, s'arrêtent à admirer les effets extraordinaires : ils ont besoin de miracles pour s'élever jusqu'à vous. Mais que ceux qui reconnaissent que vous êtes la cause unique de toutes choses adorent sans cesse votre sagesse dans la simplicité et dans la fécondité de vos voies. Vous êtes bien plus admirable lorsque vous couvrez la terre de fruits et de fleurs par les lois générales de la nature, que lorsque, par des volontés particulières , vous faites tomber le feu du ciel pour réduire en cendres des pécheurs et leurs villes. Mais si vous aviez tellement combiné le physique avec le moral, que le déluge universel et les autres événements considérables fussent des suites nécessaires des lois naturelles , qu'il y aurait , ce me semble , de sagesse dans votre conduite! N'y aurait-il pas bien plus de justesse et de prévoyance d'avoir établi des lois qui, outre une infinité d'effets admirables, auraient ravagé la terre justement au temps que la corruption était générale , que d'avoir, par des volontés particulières et miraculeuses , fait monter les eaux jusque sur les plus hautes montagnes? 0 mon véritable et unique maître! n'est-ce point une suite nécessaire des lois naturelles, que les terres, au temps du déluge, se soient écroulées dans les abîmes , et que les eaux sur lesquelles le monde est fondé aient été élevées et poussées jusque sur les plus hautes montagnes par la pesanteur de ces mêmes terres lorsqu'elles s'abîmaient? Car, pour noyer les plus hautes montagnes de l'Arménie, il faudrait, ce me semble , quinze fois plus d'eau que vous n'en avez créé. De plus, cet écroulement inégal des terres n'aurait-il pas pu changer la solidité et, par conséquent , le mouvement journalier de la terre? car l'endroit le plus solide ou le plus éloigné de son centre ayant plus de force pour continuer son mouvement, doit nécessairement se mettre dans le plus grand cercle, et, s'y conservant, lui donner ce mouvement du parallélisme qui donne tant de peine aux philosophes. Cette inégalité de terres écroulées, dont les unes sont plus proches du centre que les
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autres, n'aurait-elle pas alors pu rendre le plan de l'écliptique oblique à celui de l'équateur, et causer ainsi l'irrégularité des saisons pour abréger la vie à des hommes coupables alors de toutes sortes de crimes? En effet , il n'est point parlé de pluie avant le déluge 1 : c'était une fontaine, ou plutôt une vapeur ou une rosée, qui arrosait les terres et les rendait fécondes. Avant le déluge, Dieu n'avait point encore fait a oir 2 Tare- en -ciel dans les nues, pour marque de son alliance avec les hommes. La surface de la terre étant uniforme et le printemps continuel , les vapeurs, selon les lois qui s'observent dans la nature, ne pouvaient pas tomber en pluies sur les lieux qu'habitaient les premiers hommes ; elles devaient se répandre vers les pôles et les inonder.
23. Mais ce déluge de feu qui arrivera à la fin des siècles, lorsque la malice des hommes sera à son comble et que vous aurez donné la dernière perfection à votre Eglise, ce renversement universel et irréparable n'arrivera-t-il pas encore par la sage combinaison des lois de la nature avec celles de la grâce? Ce feu central, cette matière subtile que la terre renferme et qui met en feu tous les corps, auxquels elle communique son mouvement, augmente peut-être à proportion de nos désordres ; et la terre ne la pouvant plus contenir, elle se répandra sur nos campagnes lorsque vous ne pourrez plus souffrir la grandeur et l'énormité de nos crimes. Les nouvelles étoiles qui paraissent dans les cieux, ne sont-ce pas des planètes qui s'allument par la matière subtile, laquelle est trop abondante pour demeurer toute renfermée dans leur centre; et les lois de la nature, qui en font disparaître quelques-unes en diminuant la matière subtile qui les environne et les rend éclatantes , ne peuvent-elles pas être si sagement combinées avec les lois de la grâce , que cette même matière subtile des étoiles obscurcies et réduites en planètes entre dans le tourbillon de notre terre et la mette en feu, justement au temps que vous aurez donné la dernière perfection à votre Eglise? 0 mon cher maître ! est-ce que je m'égare? vous ne me répondez point sur tout ceci. Ne cessez pas, je vous prie, de m'instruire et de m •éclairer,
24. Courage, mon fils, admire la conduite de ton Dieu. Suis les principes que je t'ai exposés. Mais suspends ton juge-
1 Gen. 2, 5, 6.
2 Ibid. 9, 13.
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ment sur les nouvelles réflexions. Malheureux impies qui ne veulent point de miracles, à cause qu'ils les regardent comme des preuves de la puissance et de la providence de Dieu ! Mais pour toi ne crains point de les diminuer, puisqu'en cela tu ne penses qu'à justifier et faire paraître la sagesse de sa conduite. Sache néanmoins, mon cher disciple, que, la simplicité des lois naturelles ne pouvant pas exécuter tout ce que Tordre veut que Dieu fasse, il est nécessaire qu'il arrive quelquefois des miracles pour ajouter ce qui manquerait à son ouvrage 1 s'il n'agissait jamais par des volontés particulières, ou si quelque intelligence, en conséquence d'un ordre établi qui t'est inconnu , ne le déterminait à agir autrement que n'exigent les lois naturelles qui te sont connues.