NEUVIÈME MÉDITATION
De la puissance de Dieu. Que la création est possible : deux causes de l'erreur de certains philosophes sur ce sujet ; la première , qu'on n'a point d'idée claire de puissance ; la seconde , que l'étendue intelligible est éternelle et infinie, mais que l'étendue matérielle est créée. Que les esprits ne sont point des modifications particulières de la raison universelle; que n'ayant point d'idée claire de notre âme, nous ne pouvons éclaircir les difficultés qui la regardent,
1. 0 Verbe éternel! votre substance intelligible est infinie ; nul esprit fini ne la peut comprendre, mais tout esprit peut et doit s'en nourrir. Car j'ai appris que vous êtes seul la nourriture, la \ie, la raison de toutes les intelligences. Vous êtes même le Verbe ou la raison du Père aussi bien que la nôtre, quoique d'une manière fort différente. Ainsi, bien que je ne puisse comprendre la sagesse infinie que Dieu suit dans sa conduite, j'en puis toujours apprendre quelque chose en vous consultant. J'ai maintenant une difficulté qui m'embarrasse et que je vous prie de m'éclaircir. Comment se peut-il faire que vous ayez tiré du néant cette masse de matière qui semble n'avoir pas de bornes, et de laquelle vous avez formé ce monde visible? Y a-t-il quelque rapport entre le néant et la substance matérielle, et de rien se peut-il jamais faire quelque chose? On dit que nous tirons du néant notre origine. Mais, bien loin de comprendre cette vérité, je ne vois rien qui la rende vraisemblable ; car le néant et l'être sont deux termes que mon esprit ne peut joindre , et entre lesquels il ne peut découvrir aucun rapport.
2. Il n'y a point aussi, mon cher fils , de rapport entre le néant et l'être , et ce n'est point du néant que tu tires ton origine. C'est moi qui suis le principe de toutes choses, et c'est par la puissance infinie de Dieu que les créatures reçoivent leur existence. Tu voudrais bien comprendre comment la volonté de mon Père a tant d'efficace, qu'elle donne et conserve l'être à toutes choses. Mais c'est en vain que tu te tourmentes pour le savoir. Ne t'ai-je pas déjà dit que tu ne devais me consulter que sur ce que je renferme en qualité de
» 3 Reg. 10.
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sagesse éternelle et de raison universelle des esprits ? Lorsque tu m'as interrogé sur la conduite de Dieu , ne t'ai-je pas répondu à proportion que je te trouvais capable de porter ces grandes vérités ? Tu me demandais alors ce que je te devais donner en qualité de sagesse et de raison universelle des esprits. Mais tu veux savoir pourquoi une chose existe de cela seul que Dieu le veut. Tu me demandes une idée claire et distincte de cette efticace infinie qui donne et conserve l'être à toutes choses. Je n'ai point maintenant de réponse à te faire qui soit capable de te contenter; ta demande est indiscrète. Tu me consultes sur la puissance de Dieu ; consulte-moi sur sa sagesse, si tu yeux que je te satisfasse maintenant. Je ne donne point aux hommes d'idée distincte qui réponde au mot de puissance ou d'efficace, parce que Dieu n'a point donné de puissance véritable aux créatures , et que je ne dois donner des idées que pour faire connaître les ouvrages de Dieu et la sagesse de sa conduite. Les hommes remuent leurs bras par une puissance qui ne leur appartient pas et qui doit leur être inconnue. Tu ne découvriras jamais de rapport entre la volonté des intelligences et les moindres effets ; car, même si tu crois que Dieu fait ce qu'il veut , ce n'est point que tu voies clairement qu'il y a une liaison nécessaire entre la volonté de Dieu et les effets , puisque tu ne sais pas même ce que c'est que la volonté de Dieu, mais c'est qu'il est évident que Dieu ne serait pas tout-puissant si ses volontés absolues demeuraient inefficaces.
3. Que les philosophes sont stupides et ridicules! Ils s'imaginent que la création est impossible , parce qu'ils ne conçoivent pas que la puissance de Dieu soit assez grande pour faire de rien quelque chose. Mais conçoivent-ils bien que la puissance de Dieu soit capable de remuer un fétu? S'ils y prennent garde , ils ne conçoivent pas plus clairement l'un que l'autre, puisqu'ils n'ont point d'idée claire d'efficace ou de puissance ; de sorte que s'ils suivaient leurs faux principes y ils devraient assurer que Dieu n'est pas même assez puissant pour donner le mouvement à la matière. Mais cette fausse conclusion les engagerait dans des sentiments si impertinents et si impies, qu'ils deviendraient bientôt l'objet du mépris et de l'indignation des personnes même les moins éclairées ; car ils se trouveraient bientôt réduits à soutenir qu'il n'y a point de mouvement ou de changement dan? le monde, ou bien
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que tous ces changements n'ont point de cause qui les produise , ni de sagesse qui les règle.
4. Mais puisque tu souhaites quelques preuves que la matière n'est point incréée, je vais te le démontrer, sans te donner d'idée claire ni de puissance ni d'efficace. N'attends pas néanmoins de preuve positive qui répande dans ton esprit la lumière et l'évidence ; cela ne se peut sans le secours des idées claires. Attends-toi à des preuves négatives , mais assez fortes pour te persuader invinciblement de la vérité dont tu es en doute.
5. Si la matière était incréée , Dieu ne pourrait la mouvoir ni en former aucune chose ; car Dieu lie peut remuer la matière ni l'arranger avec sagesse sans la connaître. Or Dieu ne peut la connaître s'il ne lui donne l'être; car Dieu ne peut tirer ses connaissances que de lui-même ; rien ne peut agir en lui ni l'éclairer. Si Dieu ne voyait donc point en lui-même, et par la connaissance qu'il a de ses volontés, l'existence de la matière, elle lui serait éternellement inconnue. 11 ne pourrait donc pas l'arranger avec ordre ni en former aucun ouvrage. Or tes philosophes demeurent d'accord , aussi bien que toi, que Dieu peut remuer Jes corps. Ainsi, quoiqu'ils n'aient point d'idée claire de puissance ou d'efficace, quoiqu'ils ne voient nulle liaison entre la volonté de Dieu et la production des créatures , ils doivent reconnaître que Dieu a créé la matière, s'ils ne veulent le rendre impuissant et ignorant , ce qui est corrompre l'idée qu'on a de lui et nier son existence.
6. Si tu avais, mon cher disciple, une idée claire d'efficace ou de puissance , tu verrais clairement que la matière serait immobile si elle était incréée, parce que les corps ne sont capables de mouvement que parce que celui qui leur donne l'être le peut faire successivement en différents lieux aussi bien que dans le même. Car ne t'imagine pas que Dieu fasse les corps, et qu'ensuite il leur communique une force mouvante pour les mettre en mouvement *. Repasse dans ton esprit les vérités que je t'ai déjà démoritrées. La force mouvante des corps ne consiste que dans l'efficace de la volonté de celui qui leur donne l'être incessamment et successivement en différents lieux. La création et la conservation ne sont
« Méd. F.
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qu'une même action. Les corps sont, parce que Dieu veut qu'ils soient ; ils continuent d'être, parce que Dieu continue de vouloir qu'ils soient. Car si Dieu cessait de vouloir qu'il s fussent, ils cesseraient d'être ; autrement ils seraient indépendants ; Dieu ne pourrait même les anéantir, le néant ne pouvant être l'objet d'une volonté positive de Dieu. Enfin ils sont en mouvement, parce que Dieu veut qu'ils soient successivement en différents endroits. De sorte que, si Dieu ne donnait point l'être à la matière, il ne pourrait point la mouvoir; puisque, pour donner l'être de telle ou telle manière, il faut premièrement pouvoir donner l'être.
7. Mais comme les hommes s'imaginent qu'ils ont véritablement la puissance de remuer les corps, et qu'ils n'ont point celle de les produire, ils jugent que mouvoir et créer sont des effets de deux puissances bien différentes ; que celle de mouvoir n'est pas fort grande , mais que celle de créer est infinie. Et certains philosophes, qui prétendent raffiner sur les sentiments des autres, jugent témérairement que Dieu a la puissance de remuer les corps sans avoir celle de leur donner l'être; ce qui est la plus fausse de toutes les opinions. Tu dois être pleinement convaincu de tout ceci, si tu as bien compris que, hors de Dieu il n'y a point de puissance véritable , et que toute efficace, quelque petite qu'on la suppose, est quelque chose de divin et d'infini.
8. Il y a encore une raison qui porte les hommes à croire que la matière est incréée ; c'est que quand ils pensent à l'étendue ils ne peuvent s'empêcher de la regarder comme un être nécessaire. En effet, ils conçoivent que le monde a été créé dans des espaces immenses , que ces espaces n'ont jamais commencé , et que Dieu même ne peut les détruire; de sorte que, confondant la matière avec ces espaces , parce qu'effectivement la matière n'est rien autre chose que de l'espace ou de l'étendue, ils regardent la matière comme un être éternel.
9. Mais tu dois distinguer deux espèces d'étendue : Tune intelligible, l'autre matérielle. L'étendue intelligible est éternelle , immense, nécessaire2;. c'est l'immensité de l'Être divin, en tant qu'infiniment participante par la créature corporelle, entant que représentatif d'un matière immense;
« Mèd. V.
'l \ oy. les Entretiens sur la Métaphysique, entr. 8, n. 8.
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c'est, en un mot , l'idée intelligible d'une infinité de mondes possibles; c'est ce que ton esprit contemple lorsque tu penses à l'infini. C'est par cette étendue intelligible que tu connais ce monde visible , car le monde que Dieu a créé est invisible par lui-même. La matière ne peut agir dans ton esprit ni se représenter à lui ; elle n'est intelligible que par son idée, qui est l'étendue intelligible 1 ; elle n'est visible et sensible que parce qu'à la présence des corps , Dieu représente à l'esprit l'étendue intelligible, et la lui rend sensible par les différentes couleurs ou les autres sensations , qui ne sont que des modifications de ton être. Car il n'y a que Dieu qui agisse dans les esprits, il n'y a que lui qui puisse les éclairer et les toucher.
10. L'autre espèce d'étendue est la matière dont le monde est composé ; bien loin que tu l'aperçoives comme un être nécessaire 2, il n'y a que la foi qui t'apprenne son existence. Ce monde a commencé et il peut cesser d'être; il a certaines bornes qu'il peut ne point avoir. Tu penses le voir, et il est invisible, et tu lui attribues ce que tu aperçois lorsque tu ne vois rien qui lui appartienne. Prends donc garde à ne pas juger témérairement de ce que tu ne vois en aucune manière. L'étendue intelligible te paraît éternelle, nécessaire t infinie ; crois ce que tu vois. Mais ne crois pas que le monde soit éternel, ni que la matière qui le compose soit immense, éternelle, nécessaire ; n'attribue pas à la créature ce qui n'appartient qu'au Créateur, et ne confonds pas ma substance, que Dieu engendre par la nécessité de son être , avec mon ouvrage, que je produis avec le Père et le Saint-Esprit par une action entièrement libre.
11. 0 mon unique maître! voilà, ce me semble, mes doutes éclaircis. J'attribuais au monde matériel ce que je découvrais dans le monde intelligible , et je trouvais assez raisonnables les sentiments téméraires et impies qu'ont quelques philosophes sur l'efficace de vos volontés. J'avoue que je jugeais sans raison de la puissance de Dieu , puisque j'en jugeais sans idée. Mais, je vous prie, n'avais-je pas quelque sujet de croire que l'étendue est éternelle? Ne doit-on pas juger des choses par leurs idées? en peut-on juger autrement? Et, puisque je ne puis m'empêcher de regarder l'étendue in-
1 Voy. le deuxième Entretien sur la mort.
t Recherche de ta Vérité, éclaircissement sur l'existence des corps.
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tclligible comme immense , éternelle , nécessaire , n'avais-je pas sujet de penser que Fétendue matérielle a tous les mêmes attributs ?
12. Il faut, mon cher disciple , juger des choses par leurs idées; on ne doit en juger que par là; mais cela regarde leurs attributs essentiels, et nullement les circonstances de leur existence. L'idée que tu as de Fétendue te la représente divisible, mobile, impénétrable. Juge sans crainte qu'elle a essentiellement ces propriétés; mais ne juge pas qu'elle soit ni immense ni éternelle. Elle peut n'être point du tout , ou avoir des bornes fort étroites. Tu n'as pas raison de croire qu'il y ait seulement un pied d'étendue matérielle, quoique tu aies présente à l'esprit une immensité infinie d'étendue intelligible ; bien loin que tu en doives juger que le monde est infini , comme font quelques philosophes. Ne juge pas non plus que le monde est éternel, à cause que tu regardes l'étendue intelligible comme un un être nécessaire dont la durée n'a point de commencement et ne peut avoir de tin ; car, quoique tu doives juger de Fessence des êtres par les idées qui les représentent., tu ne dois jamais juger par elles de leur existence.
13. Qu'il est dangereux , mon fils, principalement dans la métaphysique, de ne comprendre les choses qu'à demi ! On croit souvent en savoir assez pour en juger, lors même qu'on n'y comprend rien ; et les moindres erreurs, dans cette partie de la philosophie , sont d'une conséquence infinie. Le misérable Spinosa a jugé que la création était impossible, et par là dans quels égarements n'est-il point tombé ? Plus on raisonne juste, plus on s'égare, lorsqu'on suit un faux principe. Un homme qui raisonne mal peut se redresser et reprendre par hasard et par préjugé les routes communes. Mais un homme exact et téméraire suit constamment l'erreur et se perd sans ressource , jamais l'erreur ne conduisant par elle-même à la vérité.
14. 0 mon Jésus! ne m'abandonnez jamais; que votre lumière conduise tous mes pas et règle toutes mes réflexions. Laissez-moi plutôt dans la simplicité de mon ignorance, soumis à l'autorité de votre parole et sous la conduite de ma Mère votre chère Epouse, que de me faire part de cette lumière qui éblouit et qui enflent les esprits lorsqu'ils manquent de charité et d'humilité. Les vérités métaphysiques
sont sublimes et délicates , et il est difficile à des hommes pétris de chair et de sang de s'arrêter fermes à la contemplation de ces vérités. Leur imagination les séduit, et, prenant pour des principes incontestables des sentiments qui flattent quelqu'une de leurs passions, imprudents, téméraires, impies, ils se font des systèmes qui renversent les fondements de la foi. 0 mon Sauveur ! faites-moi toujours bien distinguer le vrai du vraisemblable , et fortifiez mon attention afin que je ne consente jamais à rien avant que j'y sois forcé par l'évidence de votre lumière ou par l'autorité de votre parole! Mon corps appesantit mon esprit lorsqu'il s'élève aux vérités abstraites. 11 ne trouve point de prise dans des pensées qui n'ont rien de sensible, et, fatigué par ses efforts, il se repose et tâche de se consoler par une possession imaginaire de la vérité. Soutenez-moi dans mes recherches. Formez en moi des désirs assez grands pour mériter d'être exaucés; ou du moins, si mon amour pour la vérité n'est ni assez ardent ni assez pur pour la mériter, ne souffrez pas que, séduit par l'erreur, je vive content et sans inquiétude.
15. 0 ma force et ma lumière! puis-je obtenir de vous de savoir ce que je suis, et ce que c'est que cette substance que je sens en moi capable de connaître la vérité et d'aimer le bien? Je suis, mais depuis quel temps? Suis-je éternel, cesserai-je d'être? Je suis, mais que suis-je? Je pense, mais comment? Je sens que je veux , mais quoi , je ne connais point clairement ce que c'est que vouloir. Quand je pense aux corps , je vois bien ce dont ils sont capables, je les compare entre eux et j'en découvre les rapports. Mais, quelque effort que je fasse pour me représentera moi-même, je ne puis découvrir ce que je suis. Lorsque je souffre q uelque douleur, je le sais : mais, avant que de la souffrir, je ne comprenais pas que ma substance en fût capable ; et dans le même temps que je la souffre, je ne comprends ni ce que c'est, ni quel rapport elle peut avoir, ni avec moi ni avec ce qui m'environne. En un mot, je ne suis que ténèbres à moi-même, ma substance me paraît inintelligible ; et si vous ne m'éclairez de votre lumière, l'amour que j'ai pour la vérité me précipitera dans quelque erreur. Car je me sens porté à croire que ma substance est éternelle, que je fais partie de l'Etre divin , et que toutes mes diverses pensées ne . sont que des modifications particulières de la raison universelle.
16. Ah ! mon (ils, que tu conduis mal tes pensées ! et que tu serais téméraire, si tu entrais le moins du monde dans des sentiments si impies et si bizarres ! Le méchant esprit qui les a publiés croyait la création impossible, et c'est ce faux principe qui Ta engagé dans ces erreurs. Mais, pour toi, ne t'ai-je pas démontré qu'il est nécessaire d'attribuer à Dieu une puissance infinie, quoiqu'on n'en ait point d'idée claire? Ne crois, mon fils, que ce que tu conçois clairement, et ne quitte jamais les sentiments communs pour quelques raisons vraisemblables. Tu me demandes maintenant des lumières que je ne suis pas résolu de te communiquer. Mais, pour te contenter, je veux bien te rendre raison pourquoi je ne te donne point ce que tu me demandes. Ecoute-moi.
17. Tu peux connaître les choses en deux manières, ou par sentiment ou par idée. Le sentiment n'éclaire point l'esprit , mais les idées répandent tant de lumières qu'il ne tient qu'à ceux qui les contemplent de découvrir toutes les propriétés des objets qu'elles représentent. La raison pour laquelle tu connais si clairement l'étendue et toutes les modifications dont elle est capable, c'est que tu en as une idée claire, si tu peux comparer des grandeurs entre elles, et en mesurer exactement les rapports; si tu sais que le carré de la diagonale d'un carré est double de ce carré , et que cette diagonale est incommensurable avec ses côtés, c'est que tu as une idée claire de l'étendue , et qu'en la contemplant tu peux en découvrir les rapports. Or tu as une idée claire de l'étendue, parce que je te découvre l'étendue intelligible que je renferme, comme je t'ai déjà dit, et sur laquelle l'étendue matérielle est formée. Tu ne peux pas manquer de lumière, lorsque tu vois ma substance qui seule éclaire toutes les intelligences. Et si tu recherchais avec quelque attention les rapports de l'étendue, tu en découvrirais un si grand nombre , et tu verrais qu'il en resterait encore tant d'autres à découvrir, que tu demeurerais pleinement convaincu que si tu es dans l'ignorance d'un nombre infini de vérités géométriques, cela ne vient nullement du défaut de ton idée, mais uniquement de la faiblesse et de la petitesse de ton esprit. Ainsi les idées pures éclairent parfaitement l'esprit, et par elles on peut satisfaire sa curiosité à l'égard des objets qu'elles représentent.