‹ ŒuvresChapitre 39 sur 56 · sagesse divine , Verbe éternel du Père tout-puissant · texte numérisé non relu

sagesse divine , Verbe éternel du Père tout-puissant

MÉDITATIONS CHRETIENNES

vous voulez bien faire vos délices de converser parmi les hommes vous apprenez aux souverains à régner; vous inspirez aux législateurs les lois qu'ils établissent , mais les petits et les grands ont la liberté de vous consulter; vous êtes la raison universelle des esprits , et les anges, les hommes et les démons même, reçoivent de vous tout ce qu'ils ont de lumière et de connaissances. Le ciel, à la vérité, est le lieu principal de votre demeure et de vos faveurs ; mais il ne renferme point la substance intelligible de votre être, il ne donne point de bornes à votre bonté ; vous éclairez toute la terre; nous pouvons tous nous réjouira votre lumière et nous nourrir de votre substance; vous percez même les abîmes, vous pénétrez jusqu'aux enfers, et là, votre lumière, qui dans le ciel fait le bonheur des saints, et sur la terre l'espérance des justes, produit un feu qui dévore et qui désespère les démons et les damnés. Le soleil éclaire inégalement selon les saisons; la nuit le cache à nos yeux, il s'éclipse souvent et se couvre de taches: mais, Père des lumières, vous êtes toujours éclatant et lumineux ; vous êtes toujours prêt à dissiper les ténèbres de l'esprit; vous n'êtes point sujet au changement, ni à des révolutions fqui produisent successivement et les jours et les nuits *. Vous m'avez appris ces vérités, et je me fais un plaisir d'y penser souvent3. Mais, hélas ! que je suis aveugle! tout environné et tout pénétré que je suis de votre lumière, je me trouve souvent dans des ténèbres épaisses. Seigneur, faites que je voie, ouvrez-moi les yeux, apprenez-moi à marcher sûrement dans la voie qui conduit à la vie. Je ne puis rien sans le secours deAOtre grâce; mais que dois-je faire pour l'obtenir, comment puis-jela conserver, quel est l'usage que j'en dois faire , afin qu'elle opère en moi tout l'effet pour lequel vous me la donnez? Expliquez-moi, mon unique maître, mais dans le détail et d'une manière convaincante et sensible, les vérités par lesquelles je dois régler ma conduite, afin que j'entre dans le grand dessein que vous exécutez à la gloire de votre Père, et que je mérite d'avoir quelque part à l'héritage que vous préparez à vos élus. 2. Tu me donnes de la joie , mon cher fils, par la prière

1 Prov. 8.

» Jac. 1, 17 ? iUéd. / et //.

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que tu me fais. Ceux qui m'invoquent me font honneur, et ceux qui m'invoquent dans le dessein d'honorer mon Père , et pour s'instruire de leurs devoirs , me touchent vivement et tous les esprits bienheureux1. Tout est en joie dans le ciel lorsqu'un pécheur se convertit, parce que ceux qui aiment Tordre se réjouissent lorsqu'ils apprennent que les hommes tâchent de s'y conformer 2. Ne le sens-tu pas toi-même comme surpris de joie, lorsqu'on te raconte les actions héroïques des gens de bien? L'amour, quoique faible et imparfait, que tu as pour Tordre, s'étend alors jusqu'à ces âmes généreuses , tu les aimes, tu les honores, tu voudrais même leur donner des marques de ton estime et les secourir dans leurs misères. Juge donc parla, mon fils, de l'amour que j'ai pour toi, et situ dois craindre que, de mon côté, je manque à te donner toutes les lumières que tu désires et qui te sont nécessaires.

3. Je veux néanmoins que tu saches que maintenant tu ne peux sans travail et sans peine comprendre clairement les vérités que je vais t'expliquer. L'homme devenu pécheur est condamné à gagner sa vie à la sueur de son front \ Ne l'entends pas, mon fils, simplement de la vie du corps ; ton corps n'est pas ton être propre. Les riches ne travaillent pas pour gagner cette misérable vie. Entends, de la vie et de la nourriture de l'âme, l'arrêt irrévocable que Dieu a prononcé contre le pécheur; entends-le de la vérité qui est le pain dont l'esprit se nourrit et s'engraisse : car tu ne peux , sans le travail de la méditation, te nourrir des vérités qui doivent régler ta conduite et te préserver de la mort; tu ne peux les comprendre clairement sans une grande attention. Or, maintenant, toute attention qui a rapport auv vrais biens est pénible et désagréable, parce que depuis le péché le corps appesantit l'esprit 4. 11 l'interrompt sans cesse pour l'appliquer aux objets qui flattent les sens et les passions; il jette le trouble et la confusion dans toutes les idées de l'âme, et Ton ne peut sans une vigilance et une action continuelle discerner les vérités pures qui donnent à l'âme la force et la santé, de certaines vérités sensibles par lesquelles l'homme se conduit, pour se

■ Psal. 49, 15, 23.

5 Luc. 15, 7, 10.

3 Gen., 3, y. 19.

4 Sap. 9, 15.

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conserver une vie pleine de misères, et se faire quelque établissement dans le lieu de son exil.

4. Tu me demandes, mon fils, que je t'explique en détail les moyens par lesquels les hommes peuvent obtenir le secours de la grâce. Cette demande est bien générale. Avant que d'y répondre clairement et sans équivoque, il faut que j'attache aux termes qui l'expriment des idées particulières. Le mot de grâce signifie plusieurs choses différentes; mais, quand il n'y en aurait que d'une espèce, comme parmi les hommes il se trouve des justes et des pécheurs, on peut dire qu'il y a et en môme temps qu'il n'y a pas de moyens d'obtenir la grâce; car les justes peuvent ce que ne peuvent pas les pécheurs. La grâce n'est pas donnée selon les mérites 1 ; elle doit prévenir nos volontés. Les pécheurs ne peuvent donc point la mériter ou s'en rendre dignes ; ils ne peuvent par eux-mêmes l'obtenir. Mais la prière continuelle du juste peut beaucoup 2 ; car ceux qui demeurent unis avec moi par la charité obtiendront ce qu'ils demandent 3. Ainsi tu vois déjà en partie la nécessité qu'il y a de définir les termes et de résoudre par parties ta question indéterminée, afin que mes réponses ne te donnent point quelque occasion de tomber dans l'erreur.

5. Le principale grâce, celle qui rend juste et agréable à Dieu , c'est la charité ou l'amour de l'ordre , amour qui doit régner dans le cœur et auquel on doit sacrifier tous les autres amours; car Dieu ne regarde pas comme justes tous ceux qui ont quelque amour de l'ordre, puisqu'il n'y a point d'homme qui soit privé de cet amour. Personne n'est juste devant Dieu 4, si l'amour qu'il a pour l'ordre ne règne absolument et ne souffre point d'égal; et personne n'est parfaitement juste tant que l'amour qu'il a pour l'ordre n'est pas uniquement le principe de tous les mouvements de son cœur, ce qui ne se trouve que dans l'autre vie. Or l'amour de l'ordre, la charité ardente et dominante5, ne se peut acquérir par les forces du libre arbitre ; c'est une grâce que l'homme ne peut, obtenir que par le secours de la grâce. C'est une grâce habituelle , qui ne se peut obtenir que par le secours de la grâce

» Iïom. 9.

2 Jac. b, 16.

3 Joan. 15, 7.

4 Matth. 10, 37.

5 Si non ex Deo charitas sed ex honrnibus, vïceruot Peîagiani : si autem ex Deo, vicimus Pelagianos. Aug , De grat. et liberoarb., c. 18.

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actuelle, ou par le baptême, à l'égard des enfants, qui certainement n'ont nul pouvoir de se le procurer. Et tu souhaites de savoir quels sont les moyens par lesquels on peut obtenir les secours nécessaires pour acquérir cette grâce excellente, qui nous rend agréables aux yeux de Dieu.

6. Afin que tu te satisfasses pleinement sur ce que tu souhaites de connaître , au Heu de me consulter, tourne-toi vers toi-même et consulte le sentiment intérieur que tu as de ce qui se passe en toi. Quand tu commences à aimer quelque objet, que sens-tu en toi qui donne la naissance à ce nouveau mouvement d'amour? N'est-ce pas ou que tu découvres par une vue claire de l'esprit, ou que tu juges par le sentiment confus de quelque plaisir, que cet objet est un bien à ton égard? Si tu aimes les vrais biens, les biens de l'esprit > n'estce pas que tu reconnais quïls sont aimables? Si tu aimes les corps, n'est-ce pas à cause que, dans leur approche, tu te sens touché de Quelque plaisir? Consulte ta mémoire pour y découvrir le principe de toutes les inclinations qui te dominent ou qui t'ont dominé, et tu reconnaîtras qu'elles doivent toutes leur naissance ou à la lumière ou au sentiment, ou à l'un et à l'autre de ces principes de toutes les déterminations des volontés. Ainsi les deux grâces actuelles, qui servent à produire dans le cœur de l'homme la grâce habituelle ou la charité dominante, se réduisent, en général, ou à des grâces de lumière, ou à des grâces de sentiment, ou plutôt à des grâces de lumière et de sentiment jointes ensemble. 11 est maintenant question de t'expliquer quels sont les moyens par lesquels tu peux obtenir ces sortes de grâces.

7. Tu sais bien, mon fils, qu'il n'y a que Dieu qui agisse immédiatement dans les esprits *; que c'est lui seul qui les éclaire par la lumière qu'il répand en eux, et qui les anime et les agite par les divers sentiments dont il modifie leur substance. Il est donc nécessaire, pour obtenir le secours de la grâce, de savoir quels sont les moyens par lesquels on fait en sorte que Dieu agisse dans les esprits.

Or il n'y a, en général, que deux de ces moyens. Le premier, c'est la nécessité de l'ordre; car Dieu ne manque jamais à exécuter ce que l'ordre demande. Le second moyen, ce sont les causes occasionnelles que Dieu a établies pour exécuter

1 Cor. 5, 5.

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ses desseins ; car l'efficace de la volonté de Dieu, dans Tordre de la nature et dans celui de la grâce , doit être déterminée par l'action de quelque cause occasionnelle, ainsi que je t'ai déjà dit et que je t'expliquerai plus au long.

8. Le premier moyen est absolument inutile aux pécheurs ; car ils ne peuvent faire en sorte que l'ordre et la justice de* mandent que Dieu leur fasse grâce. Certainement on ne peut, par les forces du libre arbitre, faire la moindre action qui soit méritoire des vrais biens. Tous les pécheurs peuvent, à la vérité, mériter quelque récompense, parce qu'il n'y en a point, quelque corrompus qu'ils soient, qui n'aient quelque idée, et même quelque amour pour l'ordre *; mais ils ne peuvent rien mériter qui conduise à la possession des vrais biens, parce que l'amour naturel qu'ils ont pour Tordre est trop faible pour vaincre Tamour-propre et le sacrifier à la vérité et à la justice. Ainsi, les pécheurs ne pouvant mériter la grâce, ils ne peuvent obliger Dieu, par Tamour invincible qu'il a pour Tordre et pour la justice., à leur donner les secours dont ils ont besoin.

9. Mais comme les justes sont animés de la charité, ils sont en état de mériter. Ils peuvent, par la force invincible de la justice, et en conséquence des promesses que je leur ai faites, obliger Dieu à augmenter leur grâce ; ils le peuvent en faisant bon usage de celle qu'ils ont reçue. Néanmoins, si Dieu ne donnait aux justes précisément que ce qu'ils méritent par la nécessité de Tordre , bien loin de croître en charité , ils ne persévéreraient pas longtemps dans la justice: tant est grande la faiblesse que le péché leur a causée. 11 est nécessaire, mon fils, que je prie sans cesse pour les élus, et que j'aie pour eux un soin particulier; car, quoique Dieu ne les abandonne jamais le premier, ils tombent souvent et périraient, sans des secours extraordinaires et en tout sens de pure grâce s. De sorte qu'on peut dire que Dieu abandonne les justes, lorsqu'il ne leur donne précisément que les secours qui leur sont nécessaires pour vaincre leurs ennemis ; parce que les hommes ne sont pas longtemps* à me manquer de fidélité. Ainsi le premier moyen n'est pas d'un fort grand usage à l'égard des hommes, dans l'état misérable où ils sont réduits. Mais, pour

• Voy. le Traité de morale, première partie, ch. 5.

2 C'est en ce sens qu'il faut prendre quelques passages des l'ères qui disent que Dieu abandonne quelquefois les justes.

le second moyen, qui consiste dans la cause occasionnelle que Dieu a établie pour déterminer l'efficace de ses lois ou de ses volontés générales, il est d'un très-grand usage à l'égard de tous ceux qui croient en moi, qui m'invoquent, qui suivent mes conseils, qui fréquentent les sacrements que j'ai institués. Je t'expliquerai tout ceci ; mais reprends et repasse dans ton esprit ce que je t'ai déjà dit.

10. La lumière et le sentiment sont en général les deux principes des déterminations des volontés. Afin que tu aimes , l'ordre, il faut que tu en voies la beauté et que tu la goûtes. Tu ne peux ni voir ni goûter cette beauté si Dieu ne f éclaire de quelque lumière et ne te modifie ou ne te touche de quelque plaisir ; et, afin que Dieu agisse en toi et te donne la connaissance et le goût de la beauté et de Tordre, il faut que tu détermines l'efficace de sa volonté par la cause occasionnelle qu'il a établie pour te sanctifier et pour former son ouvrage d'une manière sage, uniforme, constante, et qui porte le caractère de ses attributs. C'est moi qui suis cette cause occasionnelle; ce n'est que par moi que l'on va au Père ; quiconque m'invoque sera sauvé. Tout ceci est vrai, mais encore si général et si indéterminé que tu aurais tort d'en être pleinement satisfait.

11. En effet, mon fils, consulte le sentiment intérieur que tu as de ce qui se passe en toi ; ne sens-tu pas que tu penses à ce que tu veux? Lorsque tu souhaites de résoudre un problème de géométrie ou de pousser quelque principe de métaphysique, ne vois-tu pas que la lumière se répand en toi à proportion de tes désirs? Tu peux donc conclure que sites volontés ne sont pas les causes véritables de tes connaissances, que du moins elles en sont les causes occasionnelles, et qu'ainsi l'attention de l'esprit est une prière naturelle qui obtient immédiatement de Dieu la lumière et l'intelligence des vérités les plus relevées, sans qu'il soit nécessaire que je m'en mêle en qualité de médiateur, d'auteur de la grâce, de chef de l'Église.

12. 11 est vrai, mon fils, que je ne suis pas toujours cause occasionnelle ou naturelle de la lumière qui éclaire les esprits. Comme sagesse éternelle et raison universelle des intelligences, je suis cause véritable de la lumière. J'en suis aussi, comme homme, cause méritoire; car ce n'est qu'en moi que subsiste l'ouvrage de Dieu. Mais je n'en suis pas toujours

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cause occasionnelle. Tu penses à ce que tu veux; tes volontés sont souvent exaucées. Qu'elles le soient même toujours à l'égard de la présence des idées, j'y consens. En un mot, je veux que tes désirs soient les causes occasionnelles ou naturelles de tes connaissances. Mais sache que c'est moi qui forme en toi le désir ardent que tu as de contempler la beauté de Tordre; sache que c'est moi qui produis dans ton cœur, par le plaisir que j'y excite, l'amour que tu as pour les vrais biens; et que personne ne peut même souhaiter, comme il faut; saguérison, chercher et invoquer son médecin, si je ne le délivre de l'assoupissement et de l'insensibilité où le péché l'a réduit. La vanité et la curiosité peuvent fournir assez d'attention pour résoudre un problème. On peut aimer par les forces du libre arbitre les vérités spéculatives, et même les vérités de pratique lorsqu'elles peuvent s'accorder avec ses propres inclinations; car les pécheurs ne haïssent pas Tordre et la justice en toutes choses. Mais sans mon secours on ne peut penser sérieusement à se convertir. On ne peut pas par ses propres forces se pré parer à combattre contre soi-même. On veut invinciblement être heureux; on ne peut donc, sans une foi vive et une grande confiance sur les promesses de Dieu, sacrifier le plaisir qui rend actuellement heureux à des biens qu'on ne goûte et même qu'on ne voit point.

13. Il faut, mon fils, que tu saches que le premier homme, avant sa chute, était animé de la charité, et que, par la force de cette charité, il était le maître de son esprit et de ses pensées. N'ayant point alors de concupiscence, ses sens, son imagination et ses passions demeuraient dans un silence respectueux et ne troublaient jamais ses idées. L'ordre voulait que cela fût ainsi, et le même ordre, quoique immuable en lui-même, veut maintenant le contraire ; parce qu'alors il était juste que le corps fût soumis à l'esprit, et que maintenant il n'est pas juste que Dieu suspende les lois de la nature en faveur d'un criminel. Adam était donc en tout sens parfaitement libre; il était le maître de son attention; il pouvait contempler la beauté de Tordre et se nourrir uniquement et paisiblement de ma substance; il n'avait aucun besoin pour m'aimer que je prévinsse sa volonté par quelque plaisir, car il n'avait point de plaisir contraire à combattre, et la douceur de la joie qu'il goûtait, dans l'état heureux où je l'avais mis,

MÉDITATIONS CHRKTlENNfcS.

devait suffire pour le contenter jusqu'au jour de sa pleine et entière, récompense.

14. Mais l'homme n'est plus dans le même état. Ses désirs, il est vrai, sont encore aujourd'hui causes occasionnelles de ses idées, mais il n'est pas toujours le maître de ses désirs; sa concupiscence en excite une infinité malgré lui. Les objets de ses désirs indélibérés se présentent à l'âme \ ils la surprennent, ils la caressent, ils la séduisent; elle résiste quelquefois par le travail de l'attention et elle court après la vérité qui s'échappe ; mais elle se fatigue bientôt, car elle aime trop le repos; elle n'est pas longtemps sans se rendre au plaisir, car elle veut invinciblement être heureuse. Ainsi, mon fils,, il est nécessaire que la grâce prévienne la volonté et forme en elle de bons désirs par une espèce d'instinct et de sentiment prévenant; autrement jamais la lumière ne serait ni assez grande ni assez vive pour changer les déterminations déréglées du cœur humain ; et parce que la concupiscence agit sans cesse et produit dans les justes mêmes, par des plaisirs prévenants, mille désirs indélibérés qui affaiblissent peu à peu la charité, la grâce actuelle de la délectation est encore nécessaire pour soutenir et pour augmenter la charité habituelle. De sorte que la grâce de sentiment doit être jointe à la lumière pour acquérir et pour conserver jusqu'à la fin l'amour dominant de l'ordre et de la justice.

15. Mon disciple bien-aimé a dit par mon esprit que l'onction de la grâce enseigne toute vérité, et que ceux qui en sont oints n'ont besoin de personne pour les instruire1. L'onction produit la lumière; car lorsqu'on pense avec plaisir à quelque objet, on y pense avec attention. Or l'attention de l'esprit ne manque jamais d'être récompensée de la vue de la vérité, autant qu'elle le peut être, pourvu qu'elle soit constante et sérieuse 2 ; et cette même onction ne manque pas aussi de produire et d'entretenir la charité, parce que l'on ne manque jamais d'aimer un objet lorsqu'il a tous les caractères du vrai bien, lorsqu'il est beau à voir et agréable au goût, c'est-à-dire lorsque l'esprit reconnaît, par une lumière évidente, que c'est un bien, etqu'il en est convaincu par le sentiment du goût.

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