‹ ŒuvresChapitre 40 sur 56 · Or je suis non-seulement la cause véritable et la cause · texte numérisé non relu

Or je suis non-seulement la cause véritable et la cause

' i Joan. 2, 27.

2 Med. III.

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méritoire de cette onction ou de cette délectation de la grâce, en un mot de toutes les espèces de grâce de sentiment qui sont en grand nombre J'en suis encore, comme je te l'ai dit, la cause seconde, occasionnelle, physique, naturelle, distributive, car tous ces termes signifient ici une même chose1 ; je vais ^expliquer ce que les hommes doivent faire, afin qu'ils me déterminent à les toucher vivement et à répandre cette onction salutaire et efficace qui fait naître et qui entretient la charité dans les cœurs.

17. Je suppose deux choses: la première que les hommes croient en moi, la seconde qu'ils désirent déjà les vrais biens. 11 faut qu'ils croieutenmoi, autrement ils ne peuvent m'invoquer ; il faut qu'ils désirent les vrais biens, autrement ils ne me les demanderont jamais, quelque persuadés qu'ils soient que c'est moi qui les distribue. Cela est clair. Ainsi il est certain que je donne aux hommes ces premières grâces sans qu'ils s'en mêlent ou sans qu'ils puissent le mériter en aucune manière. Mais il n'en est pas toujours de même à l'égard de ceux qui ont déjà reçu la foi et le désir de leur conversion. Ils peuvent se préparer à recevoir la grâce et me solliciter, comme en étant la cause naturelle, à agir en eux ; ou, pour parler plus clairement, ils peuvent m'obliger, par l'amour que je porte aux pécheurs, à former quelques désirs par rapport à eux, lesquels désirs ne manquent jamais d'être suivis de la pluie de la grâce. Enfin ceux qui ont la charité justifiante peuvent attirer sur eux la grâce en deux manières plus efficaces. Ils le peuvent par la nécessité de l'ordre, qui à l'égard de Dieu est une loi inviolable ; puisqu'ils peuvent par le bon usage des secours qui accompaguent toujours la charité mériter sans cesse de nouvelles grâces : et parce que je ne suis pas seulement l'architecte de l'Eglise, mais encore et le chef et l'époux, et que j'aime davantage les vrais fidèles qui ne font avec moi qu'un même corps que les infidèles et les pécheurs qui ne sont point encore unis avec moi par la charité, les justes peuvent plus facilement me déterminer à prier pour leur sanctification que les autres hommes. Les justes peuvent donc en général obtenir la grâce par deux voies fort efficaces : et par le mérite de leurs prières, Tordre et la justice étant la règle inviolable des volontés divines; et par la faveur particulière

1 Mcd. X et XII ; Traité de la Nature et de la Grâce , deuxième discours,

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qu'ils ont auprès de moi, qui répands la pluie de la grâce selon mes désirs, comme étant établi souverain prêtre des biens futurs par là loi générale de la grâce ls par laquelle Dieu veut sauver tous les hommes ou son Fils2. Supposé donc que du moins les hommes sentent la corruption de leur cœur et h cruelle servitude où le péché les a réduits, supposé qu'ils croient que je puis les en délivrer et qu'ils le désirent, voici ce qu'ils doivent et peuvent faire pour obtenir et pour augmenter les secours soit de lumière, soit de sentiment dont ils ont besoin. Je commence par les secours de lumière.

18. Comme tout homme a du moins quelque idée de l'ordre ou de son devoir, quoique souvent il n'y pense pas, il faut qu'il considère avec attention cette idée. 11 faut qu'il me prie par son attention, qui est la prière naturelle, aussi bien que par l'invocation, qui est la prière de la foi et de la grâce, car la grâce suppose la nature, et la nature doit servir à la grâce. Il faut, dis-je, qu'il me prie en toutes les manières qui lui sont possibles, que je lui donne une idée claire de l'ordre, afin qu'il reconnaisse à sa lumière ses propres défauts. On ne peut guère contempler la beauté de Tordre, sans avoir horreur de soi-même, sans se trouver insupportable à soi-même. Mais, lorsqu'on reconnaît bien sa laideur et sa difformité , on ne manque pas d'en avoir honte. On aime à se cacher; on se méprise, on s'humile, on se hait même en quelque manière ; enfin on veut s'anéantir, en ce sens qu'on voudrait bien, du moins en partie,*si cela se pouvait sans peine, cesser d'être ce qu'on est. Mais, parce que l'on ne peut aimer le néant lorsqu'on espère de guérir, celui qui croit que je suis le sauveur des hommes, et que je puis les délivrer de la servitude du péché, se sent pressé, par la force de son amour-propre éclairé, à m'invoquer; et cela avec d'autant plus de force et de persévérance, qu'il réveille et soutient davantage par la vue de l'ordre le désir que je lui inspire de sa guérison.

19. Mais, parce que l'idée de l'ordre est abstraite et n'a rien de sensible, elle s'échappe facilement ; il faut de l'attention, et une attention sérieuse et pénible, pour l'arrêter fixe devant les yeux de l'esprit. Pour remédier à cela, il faut tâcher de se la rendre sensible, en considérant les actions vertueuses et héroïques des gens de bien. La beauté de l'ordre, revê-

' Hcbr. 9, 11.

2 Jean. 14, 6.

M É D 1T AT iOrs S CH RÉ f l EN N ES .

tue, pour ainsi dire, des personnes qu'elle rend tout éclatantes, ^rappe, par les sens, l'esprit des plus grossiers et des plus stupides, et ne manque presque jamais de se faire aimer, lorsqu'elle brille dans nos amis ou dans nos parents.

20. Ainsi il faut lire souvent les vies des saints Pères ; il faut avoir beaucoup de commerce avec les gens de bien ; et lorsqu'on a un ami ou un parent que l'on voit animé de Famour de la justice, il faut en considérer toutes les démarches, afin que sa conduite toute visible nous excite au bien par nos sens. Mais parce que les hommes, quelque saints qu'ils soient, ont toujours des défauts, tu ne dois pas tant les regarder comme des modèles sur lesquels on peut se former, que comme des miroirs où l'on peut considérer avec plaisir la beauté de Tordre, laquelle seule doit être l'objet de ton amour et la règle inviolable de ta conduite.

21. Néanmoins, mon fils, si tu veux un modèle sans défaut, regarde la vie que j'ai menée parmi les hommes. Tu ne peux trop considérer ce modèle. Mais sache qu'afin que tu t'y conformes plus sûrement, tu dois encore consulter l'ordre tel qu'il est en lui-même. Car ce n'est pas m'imiter que de faire ce que j'ai fait. Pour m'imiter il faut faire ce que j'ai fait, mais dans le même esprit et de semblables circonstances, ce qui ne se peut, si l'on ne quitte Tordre rendu sensible aux hommes par des actions qui frappent leurs sens, et si Ton ne rentre souvent en soi-même pour contempler Tordre intelligible, la justice, la raison, la loi éternelle et inviolable de toutes les intelligences.

22. Comme la plupart des hommes ne sont point faits au travail de la méditation, et ne peuvent rentrer en eux-mêmes pour écouter en silence la voix purement intelligible de la raison, ils doivent s'instruire de leurs devoirs par la lecture des livres saints, et régler leurs sentiments par l'autorité infaillible de ma parole. J'aime les hommes, je connais leurs misères , je sais les remèdes dont ils ont besoin; ils doivent donc suivre mes conseils sans hésiter. Je suis sage, mais je suis bon ; puis-je les tromper ? Qu'ils lisent donc avec une foi respectueuse les paroles de mon Evangile. Qu'ils observent ce que j'y prescris; et, quelque grossiers et stupides qu'ils puissent être, ils apprendront plus de vérités, ou du moins ils ne seront pas si sujets à Terreur, que les libertins et les voluptueux les plus éclairés.

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23. Lorsqu'on n'est point en état de travailler, on doit profiler des travaux des autres. Les saints Pères, pleins d'amour pour la religion, méditaient jour et nuit la loi de Dieu. 11 faut que celui qui n'est point en état de découvrir les vérités sublimes que je leur ai enseignées profite de leurs travaux. Néanmoins il ne faut pas tellement les croire à leur parole, qu'on ne me consulte souvent, pour voir si je parle à l'esprit , comme ils font aux yeux. Ils ont été hommes et sujets à l'erreur. Lorsqu'ils parlent comme témoins de la doctrine de leur siècle, il faut se rendre à leur témoignage , et respecter ma parole dans la tradition de l'Eglise. Mais lorsqu'ils proposent leurs propres sentiments, tu dois les écouter avec quelque espèce de défiance, et ne te rendre jamais entièrement que je ne l'ordonne.

24. Les conseils et les exemples que je donne dans Y Evangile ne sont aussi utiles qu'à ceux qui le lisent avec foi et avec attention. Sans cela personne n'en peut faire larègle de sa conduite. Pour la lecture des ouvrages de piété, la prédication, la conversation avec des personnes vertueuses, les bons exemples, leur principale utilité c'est qu'ils rendent sensible la beauté intelligible de l'ordre ; beauté par elle-même trop pure et trop chaste pour solliciter des cœurs corrompus, forme trop abstraite et trop relevée pour plaire aux hommes et pour les réformer, si je ne la proportionne à leur faiblesse.

25. 0 mon unique maître, je suis convaincu que l'ordre doit être seul la règle de ma conduite et ma loi inviolable; et je vois bien que tout ce que vous avez fait sur la terre ç'a été pour m'en découvrir la beauté et me la rendre aimable sur toutes choses. 0 amour dominant de l'ordre et de la justice ! 0 charité, qui seule peut me donner la vie, et me rendre agréable aux yeux de Dieu, régnez dans mon cœur, détruisez tous ces amours déréglés que de fausses beautés ont fait naître en moi. Sagesse éternelle, vous êtes la lumière et la raison de l'homme, mais après sa chute vous êtes encore son sauveur : car en cet état il lui faut un sauveur, parce qu'il ne peut plus ni voir fixement la lumière, ni suivre constamment la raison. La vie de l'àme c'est l'amour dominant de l'ordre ; mais si l'homme peut voir en partie la beauté de l'ordre, il ne peut sans vous la contempler avec plaisir. 11 ne peut en être assez louché pour la préférer à toutes choses, si vous ne la lui rendez aimable par la douceur de votre grâce.

Apprenez-moi donc, mon Sauveur, ce que je dois faire pour obtenir celte délectation intérieure qui doit produire et entretenir la charité dans mon cœur. Je vois bien ce qu'il faut faire pour obtenir les secours de lumière; mais je ne sais point les moyens d'obtenir les secours de sentiment, qui sont les plus propres et les plus efficaces pour me remplir de votre amour.

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