‹ ŒuvresChapitre 41 sur 56 · QUATORZIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME MÉDITATION

De la grâce de sentiment, on de la délectation intérieure. Elle est maintenant nécessaire pour produire et entretenir la charité contre les efforts de la concupiscence. Jésus-Christ, comme homme, est la cause occasionnelle et naturelle de cette espèce de grâce, selon les trois qualité; qu'il porte, de médiateur entre Dieu et les hommes, d'architecte du temple éternel , et de chef de l'Eglise.

Je veux aujourd'hui, mon cher disciple, te- déclarer des vérités essentielles à la religion que tu professes, et par là te faire comprendre, autant que tu en es capable, ce que tu désires de savoir. Ecoute-moi donc avec tout le respect et toute l'attention que tu dois à ma parole.

1. L'homme n'est pas fait seulement pour connaître la vérité, mais encore pour aimer le bien : il est capable d'amour aussi bien que de raison. Je suis sa raison 4, tu le sais ; il n'y a que moi qui l'éclairé et qui le rende raisonnable. Mais qui penses-tu qui ranime d'amour pour Tordre? Sache, mon fils, que c'est le Saint-Esprit. Tout esprit est naturellement raisonnable; tout esprit a aussi naturellement de l'amour pour l'ordre. Nul esprit ne peut être raisonnable que par la sagesse éternelle; nul esprit ne peut aussi aimer l'ordre que par l'action de l'amour substantiel et divin. Tu subsistes, mon fils, par la puissance du Père. Tu connais la vérité par la lumière du Fils ; tu aimes l'ordre par l'inspiration du Saint-Esprit. Tu es fait par la Trinité sainte chaque personne divine t'a imprimé son propre caractère, et tu ne peux être une créature agréable à Dieu, que tu ne sois parfaitement réformé sur ton modèle. Car, depuis le péché, l'homme n'est plus qu'une image vive et expresse de la Trinité sainte, les traits que Dieu avait formés ne paraissent presque plus; et cette image est si noble et si parfaite, que nul autre ne la peut réformer, nul autre ne la peut finir, que celui qui, même en la créant, ne l'avait encore qu'ébauchée.

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MÉDITATIONS CHRÉTIENNES

2. L'homme après le péché demeure encore uni à la raison. Il lui reste aussi quelque mouvement d'amour pour le bien. Car si l'homme était entièrement séparé delà raison, il serait absolument sans intelligence; si le Saint-Esprit n'agissait point en lui, il n'aurait aucun mouvement d'amour pour le bien , parce que l'homme n'est à lui-même ni le principe de son amour, ni celui de ses connaissances. Mais que serait-ce qu'un esprit sans intelligence et sans amour? Un être sage peut-il créer, peut-il conserver une semblable créature ? Le pécheur porte donc encore aujourd'hui des marques de son origine, et le caractère des personnes de la Trinité qui lui donnent l'être. Il est toujours l'image de Dieu, mais une image dont les traits sont presque tout effacés. Image, encore un coup, qui doit être réparée, qui doit être perfectionnée; et qui ne le peut être que par la raison universelle des intelligences, et que par l'amour substantiel, principe général de tous les mouvements des esprits. Car, retiens bien que comme Dieu n'éclaire les créatures que de sa propre lumière, comme il ne peut les rendre raisonnables que par la raison, il ne peut aussi le^animer que par l'amour qu'il a pour lui-même: il ne peut les porter que vers lui ; il ne peut agir que pour lui; il ne peut faire aimer que le bien.

3. Comme la lumière précède l'amour, j'ai dû commencer la réformation de l'homme, et lui donner des préceptes et des conseils d'une manière proportionnée à sa faiblesse. J'ai donc pris un corps pour instruire les hommes d'une manière sensible ; et par le sacrifice que j'ai fait à Dieu de ce corps, j'ai mérité d'être assis à la droite du Tout-Puissant, et d'envoyer ensuite le Saint-Esprit, pour être dans mon ouvrage, comme dans la Trinité sainte, la perfection et la conformation de toutes choses. Il est \rai que, par la dignité de ma personne, j'ai toujours eu droit de mission à l'égard du Saint-Esprit, comme mon Père à mon égard; puisqu'il procède de moi, comme je suis engendré de mon Père. Mais, afin que je pusse l'envoyer aux hommes, il fallait qu'ils fussent réconciliés avec Dieu en ma personne. Il fallait aussi qu'ils fussent préparés par les instructions nécessaires; car l'amour des intelligences créées, à l'exemple de l'amour substantiel et divin, ne peut naître avant la lumière : il la suppose, il en procède , il en est produit.

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