‹ Œuvres nouvelles de Des Forges MaillardChapitre 100 sur 134 · SUR LA MORT DE BOUGUER · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DE BOUGUER

^OUGUER est mort. Il étoit de mon âme, Pendant qu'il a vécu, la plus chère moitié ; Et la noire Atropos, qui vint couper sa trame. N'a pu rompre les nœuds de ma tendre amitié.

Ses immenses talens,de mémoire immortelle, N'égaloient point encor la bonté de son cœur : Accompli, né sans fard, prévenant et fidèle ', Tous ceux qui l'ont connu connoissoient sa candeur.

Éclairés en tous lieux par son sçavoir sublime, Le ciel, la terre et Teau lui doivent des regrets. Et jamais des humains la plus célèbre estime Ne pourra payer ses bienfaits.

* Journal de Verdun de lySS, t. II, Décembre, p. 44^.

POESIES MOUVEI.I ES 79

Ah ! ce n'est point assez que d'être désolée, O patrie ! où son âme, à l'étude immolée, Fit éclore les fruits de son premier travail ;

Tu lui devois un mausolée Où le jaspe eût à l'or assorti son émail.

Le ciel, ainsi qu'à toi, me fit don de la vie Dans ces lieux avant nous inconnus aux neuf Sœurs; Mais dès tes jeunes ans la sçavante Uranie, A ses plus hauts desseins réservant ton génie, D'un rivage, où les vents brûlent toutes nos fleurs, T'enleva couronné de ses lauriers vainqueurs.

Pour moi, dans cet exil peut-être irrévocable. Où presque tout mon bien fut ma Muse et mes mœurs, Abandonné sans toi par un astre implacable, Je n'y retrouvai plus mes premières douceurs ; Et fixé sur ces bords, mon cœur inconsolable T'élève, cher ami, ce monument durable De ma constance et de mes pleurs !

NOTES

I. Le titre complet de cette pièce, dans le Journal de Verdun, porte : « Vers sur la mort de M. Bouguer, né au Croisic, en Bretagne, de l'Académie royale des Sciences, de la Société

0E<; FORGES MAILLARD

royale de Londres, honoraire de l'Académie de Marine et de l'Académie royale de Bordeaux. » Bouguer mourut le i5 août lySS, comme on l'a déjà dit en parlant de lui dans les notes de la pièce n'XlII, ci-dessus, p. 43.

2. « L'auteur de ces vers ayant été lié dès l'enfance avec M. Bouguer par une intime amitié qui ne souffrit jamais ni refroidissement ni interruption, personne n'a mieux connu les excellentes qualités du cœur de ce vraiment utile et sçavant homme. Eclairé par ses lumières, l'univers sçaittoutle reste. i> (Note de Des Forges Maillard, dans le Journal de Verdun de 1758, II, p. 448.)

Page 1