‹ Œuvres nouvelles de Des Forges MaillardChapitre 108 sur 134 · CHANSONS · texte numérisé non relu

CHANSONS

Faites et chantées à table par Af"= de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en différens repas donnés à l'occasion du mariage de sa cousine, iW"" de Kerdin Audet, avec M. Haringthon, chevalier de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-La:{are.

Le dimanche i6 novembre, che\ M. de Pradel Audet i, conseiller du Roi. (Menuet.)

ORSQUE deux cœurs Qu'unit un charmant mariage, Lorsque deux cœurs Éprouvent les mêmes ardeurs, Tout l'embarras du ménage Ne fait encor qu'augmenter leur amour, Et l'on ne sçait, dans ce tendre esclavage, Lequel vaut mieux de la nuit ou du jour.

Mercure de i73ï, décembre, i" vol., p. i56ï.

Vois-tu ses yeux Son nez fin, sa bouche adorable?

Vois-tu ses yeux?

C'est Vénus qui brille en ces lieux.

Si cette déesse aimable Eût sçu choisir un époux tel que toi.

Mars eût en vain d'un commerce durable Voulu briser entre eux la douce loi.

Un tendre hymen.

Cher oncle, à ma tante te lie ;

Un tendre hymen Tient toujours l'Amour par la main.

Fils bien né, fille jolie, A chaque instant vous t'ont chérir vos nœuds. Qu'en cinquante ans nous puissions, pleins de vie, Boire avec vous à vos triples neveux !

Le lundi, che:{ M. de la Piquelière '. Air de /'.\llure.

Dites-nous, Haringthon, tout de bon,

Si votre valeur dure, Tentez-vous sans affront, tout de bon, La galante aventure, Tout de bon.

Voilà, compagnon, l'Allure, compagnon.

Voilà, compagnon, l'Allure!

DES KORGES MAIUf.ARI)

Déjà de Jeanneton', tout de bon,

Le petit cœur murmure De voir mon Apollon, tout de bon, Curieux sans mesure Tout de bon.

Voilà, compagnon, etc.

Son noble vermillon, tout de bon,

Confirme mon augure, Et son œil plus fripon, tout de bon, De vos exploits m'assure Tout de bon.

Voilà, etc.

Avouez, sans façon, tout de bon,

Cousin, que la nature Vous fait en elle un don, tout de bon, D'une rare structure Tout de bon. .

Voilà, etc.

Vous sçavez, Haringthon, tout de bon.

Seconder sa figure, Appas, esprit, raison, tout de bon, Sont en vous, je le jure Tout de bon.

Voilà, etc.

POESIES NOUVELLES Io3

En neuf mois un garçon, tout de bon.

Lui rendra sa ceinture ; De vous deux ce poupon, tout de bon, Sera la portraiture Tout de bon.

Voilà, etc.

Donnons sur ce jambon, tout de bon,

L'hôte nous en conjure; Epargner son flacon, tout de bon, Seroit lui faire injure Tout de bon.

Voilà, etc.

Sa dame a sur son front, tout de bon,

Les Grâces en peinture ; Au corps l'àme répond, tout de bon, C'est la franchise pure.

Tout de bon.

Voilà, etc.

Le mardi, che\ M. de Morvan *, sur l'air : En Cana festin notable, etc., ou bien : Croyez-vous que l'Amour m'attrape, etc.

Nous volons de fête en fête, Partout nouvelles douceurs;

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Bacchus nous bout dans la tête,

L'Amour enflamme nos cœurs.

Quel sort charmant les assemble I Quel aimable accord entre eux !

Faisons-les bien vivre ensemble, Ils nous feront vivre heureux.

Haringthon chante et soupire.

De sa belle épouse épris ; L'Amour, dans tout son empire.

N'a point d'amants de leur prix L'époux dément l'axiome Que prônent de sots docteurs, Disant qu'à table un grand homme N'est point un grand homme ailleurs.

Le maître qui nous régale Fait les honneurs à charmer; La maîtresse, qui l'égale.

En tous lieux se fait aimer.

Au cabinet, à la table.

Que Morvan brille à propos !

Là, par sa plume admirable, A table par ses bons mots.

POESIES NOUVELLES Io5

NOTES

1. Audet, S' de Pradel, oncle maternel du poète Des Forges Maillard.

2. M. Goupil de la Piquelière est un homme de distinction du Croisic, qui a commandé les plus grands vaisseaux de la rivière de Nantes avec commission en guerre. Il y a deux ans qu'il est marié à une jeune et aimable dame. (Note du Mercure de décembre 1732.)

3. Jeanne est le nom de baptême de Madame Haringthon. (Note du Mercure.)

4. Ancien maire, major de notre ville (du Croisic), et subdélégué de M. l'Intendant. Il est homme de lettres et proche parent de M. l'abbé de Bellegarde, qui a écrit plusieurs beaux ouvrages en prose. (Note de Des Forges Maillard, sous le nom de Malcrais, dans le Mercure de décembre 1732.)

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EPITRE

A Monsieur le chevalier de la Haye de Sil^, capitaine réformé du régiment d'En^hien, pour V inviter à tenir la parole qu'il avoit donnée à M. Des Forges Maillard, de le venir voir au Croisic.

E pense et m'exprime sans art ;

Sincérité, c'est ma devise !

Chevalier, — tes talens ù part ■ Puisque ton cœur est né sans fard, Avec le mien il sympathise.

Monte donc Alfane ou Bayard, Pars, galope, et vers le rivage Dirige ta course. Viens voir Ton tendre ami dans son manoir

'Journal JeVerdmi, 1766, t. I»' p. 38i, mai.

Sans faste, comme au premier âge :

Tout est prêt pour t'y recevoir.

Dans un salon clair, oîi la bise Ne souffle point l'air des frimats, Cher chevalier, tu trouveras Près d'un bon feu la nappe mise, Et dans deux ou trois petits plats, Des mets plus sains que délicats.

Mais un hiver qui nous étonne.

Immodéré dans sa rigueur Et sans bornes dans sa longueur, Ayant gâté les fruits d'automne Qui restoient dans mon magasin Et dont Vertumne avec Pomone Avoit enrichi mon jardin.

Pour en réparer la disette.

Châtaignes, raisin sec, noisette, Composeront notre dessert — Sobre régal d'anachorète Qui s'égare dans le désert, — Et pour faire chère complè'te, Nous rimerons une ariette Sur le vieux air de Jean de Vert • Ou bien de Ma Tourelourette ', Qu'animera le dieu Bacchus, Dont Lorisque ', de sa main nette.

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Souriant à la chansonnette, Te versera le plus doux jus.

Encore aimable de figure, Ma femme, honnête en son maintien, De quelques traits de sa lecture Embellira notre entretien.

Et, du grand et fameux Voltaire Ma fille amante — après son père, — De Zdire et de l'Orphelin Et de ses diverses merveilles Nous déclamera des morceaux, Qu'on peut égaler aux plus beaux Des Racines et des Corneilles *.

Ami digne d'être choyé Comme le roitelet d'Ithaque, Ou comme son fils Télémaque Chez Calypso fut festoyé.

Deux nymphes en jupes légères, L'une aux yeux noirs, l'autre aux yeux bleus. Chez moi te serviront, comme eux :

Non de ces nymphes bocagères.

Dryades ou nymphes des eaux.

Le front couronné de roseaux, Mais gentes nymphes potagères '.

Ne m'amène point de laquais :

Ce sont censeurs, gourmands à gage, Que la paresse et ses attraits Ont dérobés au labourage.

Ces espions de nos propos Couvent souvent l'ingratitude Et, s'occupani de cette étude, Comptent nos morceaux et nos mots.

Pars donc vite ! Vers le rivage Dirige ta course. Viens voir Ton tendre ami dans son manoir.

De grand cœur — comme au premier âge Tout e.st prêt pour te recevoir.

NOTES

1. «Jean de Vert, commandant les troupes impériales, fut pris, au mois de mars i638, par le duc de Veymar. On fit alors plusieurs couplets, dont Jean de Vert e'tait le refrain. De là le proverbe, dont on se sert encore aujourd'hui : o Je m'en soucie comme de Jean de Vert. » (Note du Journal de Verdun.)

2. Ma Tourelourette, refrain d'une vieille chanson mentionnée dans une pièce de Sarrasin, intitulée le Mélancolique,^ laquelle renvoie le Journal de Verdun, et où se trouve en effet le passage suivant {Œuvres de Sarrasin, édit. i658, Poésies, p. 100) :

no

DES FORCES MAILLAJ<D

Philis, me voilà donc du nombre Des gens que l'humeur froide et sombre Fait prendre pour des loups-garous, a Et le tout pour l'amour de vous, a Ma gentille Tourelourette. »

N'achevez pas la chansonnette Qui dit: « Autant en/ere^-vou, a Ma gentille Tourelourou. »

3. Lorisque semble être le surnom d'une personne de la famille de Des Forges, d'une de ses filles probablement.

4. On voit là s'il est vrai, comme on l'a dit encore récemment, que Des Forges eût gardé rancune à Voltaire de ses injures. Il ne lui avait que trop pardonné, même aux dépens de Racine et de Corneille, très fondés à se plaindre de la prétendue égalité qu'il établit entre leurs éternels chefsd'œuvre et la tragédie à ficelles de Voltaire.

5. « Les deux servantes de l'auteur. » (Note du Journal de Verdun.)

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