‹ Œuvres nouvelles de Des Forges MaillardChapitre 109 sur 134 · SONNETS AU ROI DE DANEMARK · texte numérisé non relu

SONNETS AU ROI DE DANEMARK

En envoyant à Sa Majesté le recueil de mes ouvrages ' .

RAVEAuguste du Nord, dontla vertu sublime !^ De l'Aurore au Couchant vole par l'Univers, ^^M Accepte d'un Breton les ouvrages divers Qu'enfanta son loisir sur un bord maritime.

Des droits de l'équité protecteur légitime, Tous les arts, à ta voix, ont traversé les mers ; L'urbanité Françoise, et la prose et les vers, Fleurissent dans ta cour, que ton exemple anime.

Journal de Verdun, 1766, II, p. îyS-JyS.

DES FOUOES MAILLARD

Ton esprit lumineux suffit à mille objets; Mars, Minerve, Apollon, secondant tes projets, Ont posé sur ton front une double couronne.

Mais, ô grand Frédéric, monarque des Danois, La plus belle, à mon gré, c'est celle que te donne Le cœur de tes sujets, qui chérissent tes lois I

A Voccasion des examens que le prince royal et le prince Frédéric, enfants du roi de Danemark, ont soutenus publiquement, avec une capacité et une intelligence supérieures à leur âge, sur la religion, le droit public et Phistoire.

O vous qu'enorgueillit une illustre naissance, Qui croyez qu'au-dessus du reste des mortels, Vous êtes assez haut par le rang, l'opulence. Pour mépriser l'esprit et ses fruits immortels,

Ces deux enfants de roi, montant par la science Aux sommets de l'esprit, au mérite réel, Confondent aujourd'hui — par un trait solennel ! ■ Votre vaine fierté, gothique extravagance.

POÉSIES NOUVELLES Il3

Oui, sage Frédéric, monarque glorieux, De tes fils, cultivés par tes mains, sous tes yeux, Il n'est rien de si grand que le monde n'espère.

Et les peuples, charmés de leurs jeunes talents, Disent : Enfants heureux d'être nés d'un tel père! Père heureux de renaître en de pareils enfants !

NOTE

I. Les relations de Des Forges Maillard avec l'ambassadeur et la cour de Danemark sont un e'pisode de la vie de notre poète trop curieux et trop ignore' à la fois, pour que nous n'ayons pas le devoir de le faire connaître. C'est pour cela surtout que nous donnons ici les deux sonnets au roi de Danemark, et que nous tenons à reproduire l'avertissement très explicatif qui les pre'cède dans \e Journal de Verdun (p. 372- 373) et qui est ainsi conçu :

« L'auteur (M. Des Forges Maillard) avoit destiné au feu roi de Danemark (Fréde'ric V, mort en 1766), un exemplaire du Recueil de ses ouvrages en deux volumes, relie's en maroquin couleur de feu, dore's sur la tranche et sur la couverture, doublés de satin bleu. Les sonnets suivanis avoient été transcrits sur quelques feuillets blancs que le relieur y avoit mis exprès; ils étoient suivis d'une ode intitulée l'Honneur littéraire, dédiée à ce monarque, et de l'épithalame du prince royal de Danemark et de la princesse d'Angleterre.

« M. le baron de Gleichen, ambassadeur de Danemark à la cour de France, prévenu du dessein de l'auteur, s'étoit fort obligeamment chargé de faire par\-enir ce petit présent entre les mains de son grand monarque. M. Fréron, qui vint à

Nantes, où il fut accueilli avec toute la distinction duc à un savant et bel esprit qui fait honneur à sa province, prit fort gracieusement, de son côté, la commission de remettre le paquet à M. l'ambassadeur. Nantes est sans contredit la ville de Bretagne où les gens de lettres sont reçus avec le plus de témoignages d'estime et de bienveillance, parce que, malgré le commerce de mer qui la rend célèbre dans toutes les parties du monde, les sciences et les lettres y sont plus cultivées qu'en aucune autre ville de cette province.

t Le sort voulut que les dépêches de l'auteur fussent à peine à Paris, qu'on y apprit la mort de ce digne roi, pleuré de ses peuples qui l'adoroient, et regretté des sçavans et des gens de lettres qu'il protégeoit. Il fit alors sur cette mort une élégie qu'il envoya à M. le baron de Gleichen, qui s'est fait distinguer à la cour de France par son zèle intelligent pour les affaires de son maître, et dont l'affabilité et la politesse naturelle pourroient servir d'exemple à plusieurs de nos grands seigneurs et de nos petits maîtres. Il le pria d'envoyer à Copenhague et de vouloir bien faire présenter les livres et l'élégie au jeune roi (Christian VII), si célèbre dès les premiers jours du printemps de son âge par l'étendue de ses connoissances et par ses talens, que la voix de la Renommée a fait retentir au delà des bornes de l'Europe.

« Le roi de Danemark a fait un accueil favorable à cette élégie et au présent littéraire dont elle étoit accompagnée : c'est ce qu'on verra par les remercîmens que l'auteur reçut de Sa Majesté dans la lettre de M. le baron de Bernsdorf, cet habile ministre qui sçait tenir la balance entre le prince et le peuple avec cette rare égalité et cette clairvoyante sagesse qui sont si désirables pour la gloire et la félicité des royaumes.

Lettre du baron de Bernsdorf.

« Monsieur, j'ai présenté au roi l'exemplaire du Recueil de « vos ouvrages destiné au feu roi, son auguste père, aussi n bien que l'élégie que vous avez faite sur son décès prémaa turé *. Sa Majesté a reçu l'un et l'autre avec bonté, et elle

* Frédéric V, mort ea 1766, était né en 17:3 ; Christian ou Christiern VII, qui lui succédait, étant né en 1749, n'avait alors que dix-sept ans.

« m'ordonne de vous en faire ses remercîmens. — En mon « particulier, je vous suis très obligé, Monsieur, de l'exem- 0 plaire que vous m'avez envoyé ; je serois charmé de trouver « l'occasion de vous en marquer ma reconnoissance et l'estime « distinguée avec laquelle je suis. Monsieur, votre, etc. A Coll. penhague, le 8 de juillet ij66. Signé : Bernsdorp. >>

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