Œuvres àe Des Forges, édit. lySo, I, préface, p. xvi
INTRODUCTION
Bayonne, où il était capitaine en second. Leur mère, pour laquelle Des Forges montre la plus vive et la plus respectueuse affection, s'était vouée uniquement à sa nombreuse famille et partageait tout son temps entre les œuvres de piété et le soin de sa maison. Quant au père, il était, dit notre poète,
Sçavant, inge'nieux, l'ornement et la gloire De la société.
Versé dans la connaissance des lettres, de l'histoire et du droit, il n'en usait que pour rendre service à ses compatriotes et à sa ville natale, à laquelle « il prodiguait « (comme maire du Croisic) et son temps et son bien «. ..
L'autre pièce est un groupe de trois <. Chansons faites et chantées à table par Mn» de Malcrais, du Croisic, dans diffe'rens repas donnés à l'occasion du mariage de sa cousine A/iio de Kerdin Audet avec M. Haringthon. » On spécifiele jour et l'occasion où chacune de ces chansons fut chantée, la première « le dimanche i6 novembre, « chez M. de Pradel Audet, conseiller du roi,., oncle maternel de l'auteur; la seconde «le lundi, chez M. Goupil de la « Piquelière, homme de distinction du Croisic, quia com- '< mandé les plus grands navires de la rivière de Nantes
I. La plupart de ces détails ne se trouvent que dans l'édition complète de cette ode, publiée dans le Mercure de fe'vrier 1732, p. 265-274. Dans la version que reproduisent les Poésies de Malcrais, 1735, et les deux édiiions'des Œuvres de Des Forges (1750 et 1759), ils ont été retranchés. Voir ci-dessous p. gS à 99 du présent volume, la partie de celte ode qui n'a pas été recueillie dans les Œuvres du poète, et dont nous avons formé le n" XXX de ses Poésies nouvelles.
XXVI DES FOKGES MAILLARD
M avec commission de guerre ; » la troisième « le mardi, « chez M. de Morvan, ancien maire du Croisic et subdé- « légué de l'Intendant, homme de lettres et proche parent Cl de M. l'abbé de Bellegarde, qui a écrit plusieurs beaux « ouvrages en prose '. »
Avec les indications si précises concernant l'auteur et sa famille, contenues dans ces trois chansons et dans l'ode sur la mort du père de Malcrais — indications que le Mercure répandit partout, — on se demande comment personne n'arriva à découvrir le vrai nom de la soi-disant Muse croisicaise. Il était facile, ce semble, de savoir celui de cet ancien maire du Croisic, père de Malcrais et de douze autres enfants, dont l'un venait de mourir aux côtes d'Afrique, capitaine en second sur une frégate de Bayonne. Et quand il aurait été constaté que cet officier de marine avait pour frère, et ce maire du Croisic pour fils le poète Des Forges Maillard, déjà connu par nombre de pièces publiées dans le Mercure et dans le Journal de Verdun, l'identité de Malcrais et de Des Forges eût éclaté de façon à crever les yeux. D'autant plus que, dans l'une des chansons de noces mentionnées ci-dessus, certains passages étaient bien de nature à inspirer des soupçons sur le sexe de l'auteur : car, malgré la grande liberté de langage alors admise dans les vers, il y a là — de la part d'une jeune demoiselle — des choses un peu osées.
Des Forges dit bien qu'au Croisic, en dehors de ceux dont la discrétion était assurée — y compris ledirecteur de la poste, — personne ne lisait le Mercure, en sorte que toutes les questions venues du dehors sur ce sujet se bri-
\. Mercure de 1732, de'cembre,i" vol., p 2f>62 à 2566 ; et cidessous, p. 100 à \ob. Poésies nouvelles de Des Forges, noxxxi.
INTRODUCTION
saient contre une ignorance invincible '. Mais ici, cette allégation est-elle suffisante ? Nous en doutons. Ce qui est vrai, c'est qu'à Paris l'existence de M"« de Malcrais était dès lors si bien établie, si bien admise par tout le monde, que nul ne songeait seulement à faire une enquête.
La grande puissance littéraire du temps, Voltaire qui trônait déjà « sur le Parnasse, » bien qu'il n'y exerçât pas encore la dictature où il parvint plus tard. Voltaire venait lui- même de rendre hommage à la Muse du Croisic.
Le Mercure de juillet 1732 avait publié une quarantaine de vers en style marotique, adressés « A M. Arou'ét de Voltaire, sur son poème épique de Hf.nry le Grand et sur la vie de Charles XH, roi de Suède, par M"" Materais de la Vigne ». > Dans cette épître Charles XII et Henri IV viennent « du sombre bord » remercier Voltaire de les avoir célébrés et lui apportent, en témoignage de reconnaissance, les « titres de noblesse > qu'Auguste avait jadis donnés à Virgile. C'est Virgile qui fait ce présent à Voltaire ; Auguste a inscrit son consentement sur la pièce; Henri IV et Charles XII, en y apposant leurs sceaux, l'ont authentiquée. - On le voit, l'idée est bizarre, la forme ne la relève pas beaucoup. Mais pourvu qu'il y eût de l'encens. Voltaire ne regardait pas à l'encensoir, surtout quand il était, comme ici, tenu par une main gracieuse, qu'on croyait celle d'une jeune fille déjà en possession de la célébrité. Aussi lui envoya-t-il promptement un exemplaire de sa HenriaJe, de son Histoire de Charles XII,