Œuvres de Des Forges Maillard, édit. 1759 I, préface
p. SVIIXVIIL
2. Mercure àt 1732, juillet, p. i5ii ; et Poésies de Malcrais, p. 199.
de ses tragédies à'Œdipe, de Marianne et de Brutus, et outre cela une belle épître', probablement en réserve depuis quelque temps dans son tiroir, mais où il cousit, en tète et en queue, deux jolis madrigaux à Malcrais. Voici celui du début :
Toi dont la voix brillante a volé sur nos rives, Toi qui tiens dans Paris nos Muses attentives,
Qui sçais si bien associer
Et la science et l'art de plaire,
Et les talens de Deshoulière
Et les e'tudes de Dacier :
J'ose envoyer aux pieds de ta Muse divine Quelques foibles e'crits, enfans de mon repos; Charles fut seulement l'objet de mes travaux,
Henri Quatre fut mon he'ros.
Et tu seras mon héroïne.
En te donnant mes vers je te veux avouer Ce que je suis, ce que je voudrois être, Te peindre ici mon àme et te faire connaître
Celui que tu daignas louer.
Suit une soixantaine de vers, où il décrit ses goîîts, ses travaux, ses occupations littéraires, artistiques et scientifiques, en un mot où il parle uniquement de lui. Puis vers la fin, après avoir dit :
I. Dans la notice qu'il a mise en tète du choix de Poésies diverses de Des Forges Maillard édité à Paris par A. Quantin (1880, in-8''), M. Honoré Bonhomme dit que l'épitre de Voltaire fut provoquée par VOde à M. de Voltaire sur sa Henriade, imprimée en lySS dans les Poésiesde .Wn» de Malcrais, p. 6-8, mais qui aurait été d'abord publiée dans le Mercure de 1732. C'est une légère inexactitude. Celte ode n'avait paru nulle part avant ly^S, et n'avait pu provoquer l'épitre de Voltaire, qui, elle, figure positivement dans le Mercure de septembre 1732, p. 1887-1891.
INTRODUCTION
L'amour dans mes plaisirs ne mêle plus ses peines, J'ai quitté prudemment ce dieu qui m'a quitté,
il termine par un second madrigal à l'adresse de Malcrais :
Je fais ce que je puis, hélas ! pour être sage,
Pour amuser ma liberté ;
Mais si quelque jeune beauté.
Empruntant ta vivacité,
Me parloit ton charmant langage, Je rentrerois bientôt dans ma captivité.
A Paris, le i5 août ij3i.
Cette épître de Voltairecommuniqua une force nouvelle, une nouvelle impulsion au flot montant qui, après avoir donné la vogue au nom de Malcrais, le poussait alors de plus en plus vers la grande célébrité. Jusque-là on pouvait avoir quelque doute sur la légitimité d'un succès si prompt, si vivement improvisé. Maintenant l'arbitre du« Parnasse» avait parlé, il avait sacré la dixième Muse, tout le peuple parnassien, suivant son chef, s'empressait de venir défiler devant elle et brûler de l'encens sur ses autels.
C'est l'Ombre de Des Houlières qu'on évoque de l'autre monde pour lui rendre hommage '. C'est le Chevalier de Leucotèce qui, lance au poing, fièrement campé sur son di;xtrier, force tous venants à confesser la perfection sans égale, en génie comme en beauté, de l'infante Malcrais, dont seul il se prétend digne de posséder le cœur'. Mais l'ardent Carrelet d'Hautefeuille — un dévot
i . Mercure de novembre 1732, p. 2327, et Poésies de Malcrais, p. 256.
2. Mercure de 1732 décembre, i" vol. p. 2570, et Poésies de Malcrais, p. i 36. Leucotèce, pseudonyme tiré de Lucotitia, forme primitive de Luletia, Lutèce ou Paris.
de la première heure — le lui dispute vivement. Sommevesle les met dos à dos, car si Malcrais est pour lui une » Sapho adorable, » c'est une Sapho épurée, « tout esprit et sans faiblesse '. » Pour Neufville de Montador, elle est bien plus, elle n'est pas seulement la dixième Muse, elle remplace toutes les Muses et Apollon: Montador ne les invoquera plus, il n'invoquera que Malcrais et ne prendra que d'elle ses inspirations -.
Ce n'est plus de l'enthousiasme, c'est un culte, — cela va devenir tout à l'heure un fanatisme.
Au plus fort de l'engouement, au moment où le Mercure publiait l'épître de Voltaire, un poète de Marseille, esprit délié, avait pourtant soupçonné la fraude ; il formula ses soupçons dans un dizain bien tourné, daté de Marseille 3 septembre 1782 et signé des initiales V. D. G. :
Docte Malcrais, dont les gentils écrits Dans le Mercure obtiennent toujours place, Lorsque je lis vos vers remplis de grâce, Certain soupçon se forme en mes esprits. Je vous le dis, quand devrois vous déplaire : Vous n'êtes femme en aucune façon.
Si fin génie et sçavoir si profond Dans votre sexe est extraordinaire.
Ainsi je vois, confirmant mon soupçon.
Que Malcrais n'est qu'un être imaginaire '.