‹ Œuvres nouvelles de Des Forges MaillardChapitre 16 sur 134 · Mercure de 1733, mars, p · texte numérisé non relu

Mercure de 1733, mars, p

Vercingétorix dans l'histoire de IVIUe de Malcrais ! Et Combarnazat !... Qui diantre s'en serait douté ?

Pendant que les dévots de la dixième Muse se livraient à ces excès d'enthousiasme, que devenait l'objet de leur culte ?

Le talent de Malcrais, malheureusement, ne suivait pas la même progression que le zèle incandescent et toujours croissant de ses adorateurs. Empêtré dans les réponses qu'il fallait faire à ces mille hommages, épîtres, compliments et madrigaux, il se délayait, s'affadissait dans tous ces petits vers, il ne retrouvait plus que rarement la franche veine comique du Feint Organiste, de l'Almanach Nantais et des Critiques du Mercure, ou le coloris frais et naturel de ses premières idylles. Cependant, au commencement de 1/33, Malcrais en publia une nouvelle qui fit grand bruit, l'idylle des Coquillages '.

Ne pouvant répondre aux galantes déclarations de La Roque ni même lui envoyer son portrait qu'il avait demandé, la Muse du Croisic, pour reconnaître l'accueil empressé, enthousiaste, qu'il faisait à toutes ses productions, cueillit sur les grèves bretonnes de jolies coquilles, en remplit une petite caisse, et la remit au messager de Paris, à l'adresse du directeur du Mercure. La boîte s'égara en route et n'arriva à destination qu'au bout de

I. Mercure de 1733, février, p. 285, et Poésies de Malcrais, p. 83.

INTRODUCTION

deux mois ; dans l'intervalle on la crut perdue : incident qui donna lieu à l'idylle, dont le début est assez original ;

Mes pauvres petits coquillages, Que pour le cher La Roque, avec tant de plaisir,

Mes mains prirent peine à choisir Sur les sablons dorés qui bordent nos rivages;

Mes pauvres petits coquillages.

Vous voilà donc perdus ! Un perfide courrier,

Un sce'lérat aventurier, En allant à Paris, vous a vendus pour boire;

Et pour deux coups de vin clairet, Dont l'appas triomphant a se'duit sa me'moire, Vous restez en otage au fond d'un cabaret !

Le style de ce début tient moins de l'idylle que de l'épître familière et pittoresque •, — et il n'en vaut que mieux. Le reste de la pièce rentre dans le genre grave, sérieux, guindé et même, par endroits, philosophique... Malgré leurs prétentions à la gravité, les Coquillages de Malcrais lui valurent un madrigal — comme toujours, très-laudatif, — mais d'une < galanterie un peu trop nue, » au point que La Roque, » ce vieux reître • (lui-même s'intitulait de la sorte), n'osa pas le mettre au Mercure et se crut même obligé, en l'envoyant à Malcrais, d'y remplacer deux vers par deux lignes de points : gaze, d'ailleurs, comme dit Des Forges, absolument transparente, qui laissait tout voir ou tout deviner -.

A côté de ces triomphants Coquillages, dans le même cahier du Mercure, se trouvait une autre pièce de vers à

1. Dans les e'ditions des Œuvres de Des Forges de lySo et de lySg, ce de'but a été enlevé et remplacé par un autre, qui selon nous ne le vaut pas.

2. Voir Œuvres de Des Forges, édit. 1769, 1, préface, p. xix.

laquelle nul ne prit garde, une imitation française de l'ode XIX du premier livre d'Horace « par M. Des Forges Maillard, A. A. P. D. B. * > (avocat au Parlement de Bretagne). Ainsi Des Forges tenait à pousser jusqu'au bout, à constater pul'iquement pour la postérité, la mystification qu'il infligeait à La Roque. Que n'eut-il aussi l'idée de lui envoyer quelque beau madrigal, quelque déclaration bien enflammée, signée de son vrai nom, à l'adresse de MUe de Malcrais ? Le tour eût été exquis. Le Mercure eût inséré ce morceau, comme tout le reste, sans nul scrupule, car La Roque ne se doutait de rien. Le 3o juin 1733, il écrivait encore toute une lettre de compliments à son « illustre et incomparable Bretonne*. » Et le moyen pour lui de douter de l'existence d'une Muse, qui savait si bien amener l'eau, la vogue, les chalands à son moulin ?

Signalons encore, en cette année 1/33, un petit conte de Malcrais assez drôle, les Avocats charitables ', et une lettre en prose où elle combat, avec autant d'esprit que de raison, le projet inepte de donner une édition de Montaigne en style du XVIIIe siècle : projet développé par un anonyme dans le Mercure de juin, avec un spécimen de ce travestissement appliqué à trois chapitres di.s Essais, condamnation décisive de cette idée grotesque. — La réfutation de Malcrais, qui est fort agréable, parut dans le Mercure de septembre <.

1. Mercure de février 1 733, p. 228; et Œuvres de Des Forges, e'dit. 1759, II, p. 174.

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