‹ Œuvres nouvelles de Des Forges MaillardChapitre 2 sur 134 · I. Revue critique, m» du g octobre 18S2, p · texte numérisé non relu

I. Revue critique, m» du g octobre 18S2, p

INTRODUCTION

ES Forges Maillard a eu, comme poète, une double existence. De ses deux vies littéraires celle qui a illuminé l'autre, qui a donné au personnage la notoriété, on peut même dire la célébrité dont il jouit encore dans le monde des lettres, est celle qu'il se donna fictivement pendant quatre ans (de 1730 à 1734) en publiant dans le Mercure de France quantité de prose et de vers sous le nom de Mademoiselle de Malcrais de la Vigne.

Ce travestissement, dans l'idée de Des Forges, n'était autre chose qu'un pseudonyme littéraire ; mais le jupon dont il s'était affublé, se trouvant joint à un talent réel, tourna la tète à tous les « Parnassiens » de l'époque. Non

seulement les poétereaux et poétillons, mais avec eux les poètes d'un grand nom, d'un vrai talent, tous vinrent comme à l'envi se prendre d'eux-mêmes à la glu de cette mystification qui n'était nullement (on le verra) dirigée contre eux. Le plus illustre. Voltaire, y donna tête baissée comme les autres, plus que les autres. Il fut le seul à s'en fâcher, non sur l'heure, ce qui eût encore été pardonnable, mais à la réflexion, plus de vingt ans après, ce qui est ridicule, et avec des procédés assez vilains.

Cette curieuse histoire, digne d'être connue en détail, forme la première partie de notre Introduction ; on y trouvera beaucoup de traits nouveaux, ignorés jusqu'ici, et même (ce qui est assez piquant) plus d'une rectification au récit publié par Des Forges lui-même vingt-cinq ans après les faits ', et où il avait laissé beaucoup de lacunes, même plus d'une erreur de dates que nous avons pu combler et redresser par le témoignage irréfutable du Mercure, où l'histoire de M"" de Malcrais est écrite, en quelque sorte, jour par jour.

La seconde partie de notre Introduction concerne la vie de Des Forges Maillard après la disparition de M"» de Malcrais, c'est-à-dire après qu'il eut quitté ce pseudonyme en en révélant le secret.

Cette période de l'existence de notre auteur, la plus longue (1735 à 1772), la moins connue, n'est pas moins curieuse que la première. On y voit un caractère d'homme et de poète vraiment original, plein de contrastes et même

I . Ce récit, placé en tête du t. I des Œuvres de Des Forges Maillard, édition de 1739, est intitulé Préface et mémoires historiques de l'auteur; il forme lix pages chiffrées en romain ; nous citons ce morceau tantôt sous le titre de Mémoires, tantôt sous celui de Préface : c'est la même chose.

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de contradictions, quelquefois un peu léger, d'autres fois se laissant dominer par des impressions trop vives, mais toujours honnête, élevé, sincère, primesautier, — se développant dans une double sphère, d'une part dans le monde lettré par les nombreuses relations et correspondances de Des Forges avec les principaux écrivains de l'époque, de l'autre dans un coin de province, au Croisic, où il se plaint vivement d'être rélégué, mais où il mène en somme une vie fort douce, à laquelle il se résigne au fond bien plus aisément qu'il ne lui convient de le dire et même de se l'avouer à lui-même.

Nous avons eu l'occasion d'étudier ailleurs *, en grand détail, cette seconde partie de la vie de Des Forges Maillard. Le développement donné dans la présente Introduction à la première partie, concernant MUe de Malcrais, nous force d'abréger la seconde. Nous n'y avons omis toutefois rien d'essentiel, aucun trait caractéristique du personnage, aucune des indications utiles au lecteur pour contrôler et compléter, s'il le veut, nos recherches par lui-même. Nous y avons joint une étude d'ensemble des œuvres de notre auteur.

Cette Introduction n'est donc en définitive qu'une notice biographique et littéraire sur Des Forges Maillard, avec développement spécial de l'histoire de M"o de Malcrais ; développement commandé par notre sujet, car c'est ici — ou jamais — le lieu de mettre dans tout son jour, avec toute la précision possible, ce curieux et amusant épisode de l'histoire des lettres françaises, dont le héros est un Breton.

I. Dans notre Galerie bretonne historique et littéraire (Rennes, Plihon, iSvSi, in-12). p. 143 à 224.

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