‹ Œuvres nouvelles de Des Forges MaillardChapitre 22 sur 134 · I. ŒuvrM d'Alexis Piron ; Paris, Duchesne, lySS, t. III, p · texte numérisé non relu

I. ŒuvrM d'Alexis Piron ; Paris, Duchesne, lySS, t. III, p

nom, à sa personne par l'histoire de Malcrais, pour publier un recueil de ses œuvres. Rien de plus naturel ; mais de quel nom signer ce volume ? Malcrais ou Des Forges ? Sur les conseils de quelques amis, il se décida pour le premier, et le recueil parut en décembre 1734, sous forme d'un indouze de 280 pages avec la date de 173 5 et le titre de Poésies de Mademoiselle de Malcrais de la Vigne >. Ce titre pouvait prêter à la critique : d'abord il n'était pas fort exact, car sur i3o pièces de notre poète que contient ce volume, 49 seulement avaient paru dans le Mercure avec la signature de Malcrais ; le reste, c'est-à-dire près des deux tiers, n'avaient pas encore vu le jour, et comme à ce moment tout le monde savait que M"" de Malcrais n'existait point, il était vraiment assez singulier de prétendre lui attribuer tant de vers qui n'avaient jamais paru sous son nom, d'autant que plusieurs d'entre eux, venant d'une jeune demoiselle, avaient de quoi étonner. Puis, à prolonger outre mesure une comédie désormais achevée et qui ne trompait plus personne, n'y avait-il pas quelque affectation et comme une apparence de vouloir braver les victimes de cette mystification ? Des Forges lui-même, après l'événement, semble s'être aperçu de sa maladresse, car à deux reprises, en racontant l'histoire de Mlle de Malcrais, il a éprouvé le besoin de la justifier = sans y

1. Le Mercure de 1734, décembre vol. II, p. 2874, contient cette annonce : 0 Les Poésies de 3/"« de Malcrais de la Vigne, dont on attendoit l'impression avec impatience, se vendent à Paris chez la veuve Pissot, quai de Conti, chez Chaubert, Clousier, Kully et Ribou. Le prix est de 3o sols en brochure. »

2. D'abord dans la lettre à M. de B*** du 29 décembre 1736, insérée au tome X des A musemens du cœur et de l'esprit, p. 121 et suiv. {von Lettres nouvelles ie Des Forges Maillard, p. 32); puis dans les Œuvres de Des Forges, édit. 1759, t. I, préface p. xxvii.

INTRODUCTION

réussir très bien. Cette maladresse fut relevée dès lors par le Journal des Savants qui, après avoir constaté le succès des vers de Malcrais dans le Mercure de France, ajoutait : •I M. Des Forges, voyant la réputation de ses vers suffi- (I samment établie, est venu enfin depuis quelque tems à « Paris, où il s'est avisé de se démasquer, au grand étonnet ment de tous les galans de M"e de Malcrais. Ce qu'il y

I a de singulier, c'est qu'il a cru pouvoir reprendre son

II masque pour l'impression des mêmes pièces, mais l'arti- I! fice n'a plus réussi '. »

Ce journal note également certaines pièces du volume d'une allure toute masculine, et s'étonne de « l'opinion de « ceux qui, après les avoir lues dans le Mercure, n'ont pas " laissé de croire que ces poésies avaient pour auteur une « demoiselle, — à moins qu'ils n'ayent eu de la dcmoi- «1 selle une idée bien singulière =. » Mais cette observation porte à faux ; car les pièces en question ' n'avaient point paru dans le Mercure, et quand on put les lire dans le volume des Poésies de M'" de Malcrais, tout le monde savait que « la demoiselle » avoit toujours porté des culottes. — Malgré ces critiques, le Journal des Savants ne conteste pas le succès des vers de Des Forges ; il fait des éloges de plusieurs pièces avec nombreuses citations ; il consacre au volume un article dont l'étendue ^ atteste l'importance littéraire du livre.

Dans le Mercure c'est mieux encore, le compte rendu dégénère en panégyrique :

Page 1