‹ Œuvres nouvelles de Des Forges MaillardChapitre 23 sur 134 · Huit pages, de p. jgg à · texte numérisé non relu

Huit pages, de p. jgg à

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« Les applaudissements que le public avoit si justement donnés aux ouvrages de M'" de Malcrais qui avoient paru dans les Mercures et qui lui avoient me'rité les éloges des meilleures plumes de notre siècle, exigeoient sans doute qu'elle présentât à ce même public, non seulement le recueil des pièces déjà imprimées dans différens endroits, mais encore un nombre d'autres qui n'avoient jamais paru... ce qui compose un volume in-12 de 3oo pages environ. — Je ne vous dis rien des ouvrages que vous connaissez déjà ; je me contente de rapporter quelques traits choisis parmi ceux qui paroissent pour la première fois, et je suis persuadé que vous ne trouverez dans ceux-ci ni moins d'élévation ni moins de délicatesse et de sentimens. — On a peu vu de ces heureux génies qui se soutiennent également dans le grand, le simple, le tendre et le badin ; il étoit réservé à une fille d'allier tous ces talents. Les La Motte, les Voltaire, les Destouches et tant d'autres en ont été frappez et n'ont pu retenir leurjuste admiration *... »

Le Mercure, je le sais, avait été en quelque sorte le Moniteur officiel de Mlle de Malcrais ; mais l'article si élogieux, dont je viens de reproduire quelques lignes, n'émane ni de la direction ni de la rédaction ordinaire ; il avait été expédié tout chaud du fond de la Provence (d'Arles) par un admirateur de Malcrais, persistant dans son admiration bien qu'il siàt, à n'en pouvoir douter, que Malcrais portait des culottes.

Les méridionaux, soit, dira-t-on peut-être, on sait comme ils s'enflamment facilement. Mais ailleurs ? — Ailleurs, c'était la même chose. Ecoutez ce Normand, qui a pris le temps d'y réfléchir, car c'est quelques années après l'apparition du volume qu'il envoie au Mercure cette " Epigramme, pour mettre à la fin du Recueil de CI Poésies imprimé sous le nom de M"" de Malcrais de la « Vigne : »

I. L'article a quinze pages, dans le Mercure de lySS, février, p. 3i2 à 327.

INTRODUCTION , , j

Lorsque Maillard, en fille dc'gulsé, S'en fit conler sur les bords du Permesse, Ce ne fut point son sexe suppose' Qui m'obligea de lui faire caresse.

Non, cher lecteur, sa verve enchanteresse De mon encens eut une bonne part.

Et si Malcrais usurpa ma tendresse, Je donne encor mon estime à Maillard «.

Et pendant ce temps, un autre amateur, un Nantais, mais qui ne connaissait pas notre poète, inscrivait en tête du même recueil des Poésies de Malcrais le rondeau suivant :

En fait d'esprit, qu'on soit mâle ou femelle, Qu'impone-t-il pourvu que l'on excelle?

Malcrais te joue une farce nouvelle, Lecteur, ris-en et prends-moi pour modèle : Il me suffit que son livre soit bon En fait d'esprit.

Que Malcrais porte ou jupe ou caleçon, Ni plus ni moins, chacun sur l'Hélicon Rendra justice à sa Muse immortelle En fait d'esprit ^.

Voilà donc — comme nous l'avions promis — des témoignages certains et précis, qui nous montrent quelle fut en

1. Mercure de France ds i 739, juillet, p. i532. Cette épigramme est signée Frigot ; il était du Cotentin et se déclare l'auteur d'un rondeau inséré dans les Poésies de Malcrais, p. 242, et signé F. M. F.

2. « Rondeau par M. Gr***, de Najites, . dans le Mercure de 1738, mai, p. i532. L'auteur doit être Gresland, qui a composé l'article Nantes, inséré dans le Dictionnaire de la France d'Expilly.

réalité, sur Des Forges et son talent, l'opinion du public et des gens de lettres au lendemain du jour où tout le monde avait été édifié sur le vrai nom et le vrai sexe de M"^ de Malcrais. Dire — avec les biographies et les histoires littéraires — que la découverte de ce mystère fit tomber notre poète en complet discrédit, c'est précisément — on le voit — le contraire du vrai.

L'honorable renom littéraire ainsi acquis et gardé par lui après la disparition de Malcrais, Des Forges sut le conserver pendant toute sa carrière. Nous en pourrions citer de nombreuses preuves, nous nous bornerons à quelquesunes.

En 1738, Jean-Baptiste Rousseau, le célèbre lyrique, écrivait à Titon du Tillet, chez qui Des Forges était encore logé à ce moment :

« J'admire, cher Titon, le riche monument ' Qui signale si bien ton goût pour l'harmonie ; Mais je prise encor plus ton noble attachement

Pour cet estimable ge'nie Qui, sous un nom d'emprunt autrefois si charmant, Sous le sien se produit encor plus dignement.

Vous voyez bien que ces vers ne peuvent être appliqués qu'à M. Des Forées Maillard. »

I. Lettre e'crite de Bruxelles le i" août lySS, publiée dans le Mercure de lySo, août, p. 126. — Ce « riche monument, » c'est le Parnasse de bronze de Titon du Tillet.

INTRODUCTION

Quelques années après, c'est Voltaire. En janvier 1745, Des Forges étant à Paris alla le voir. Voltaire le reçut » comme il l'avoit toujours fait, avec les marquas d'une <i véritable affection ; il lui fit des offres de service et « l'assura qu'il n'omettroit de tout ce qu'il pourroit faire « pour l'obliger. .. Si bien que de retour en Bretagne, Des Forges qui postulait un emploi dans les finances, écrivit à Voltaire pour le prier d'appuyer sa requête auprès du contrôleur général. Voltaire lui répondit (en avril 1745) :

n Les fréquentes maladies dont je suis accablé, Monsieur, m'ont empêché de répondre plus tôt à votre prose et à vos vers. Mais elles ne m'ôtent rien de ma sensibilité pour tout ce qui vous regarde. Je me souviens toujours des coquetteries de iV/li» de Materais, malgré votre barbe et la mienne ; et s'il n'y a pas moyen de vous faire des déclarations, je cherche celui de vous rendre service. Je compte voir cet été M. le Contrôleur-général, et je me croirai trop heureux si je puis obtenir quelque chose du Plutus de Versailles en faveur de VApollon de Bretagne '. »

Si ces expressions mythologiques nous semblent aujourd'hui un peu singnlières, du moins ne peuvent-elles laisser aucun doute sur les sentiments d'estime et de bienveillante amitié ouvertement professés par Voltaire pour Des Forges.

L'année suivante (i 746), celui-ci fut élu membre de l'Académie royale de la Rochelle ; dans la séance du 27 avril, le directeur de cette compagnie, après avoir exprimé ses regrets pour le prédécesseur de Des Forges, ajoutait :

« Cette perte a été réparée par l'acquisition d'un nouvel associé, dont le nom est fameux dans la république des lettres. M.

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