I. Œuvres de Des Forges Maillard, édit. 1759, I, p. xlvh
Des Forges Maillard n'a rien perdu à se faire connaître : le pu blic éclairé lui a prodigué les mêmes éloges qu'il donnait à M"' de Materais de la Vigne, célébrée par de grands poètes. Personne n'ignore aujourd'hui que notre nouveau confrère s'étoit caché sous ce nom. Un recueil de Poésies diverses portera à la postérité le souvenir de cette innocente et ingénieuse supercherie ' . u
En 1750, notre poète publie une nouvelle édition de ses œuvres sous le titre de Poésies diverses de M. Des Forges Maillard; les journaux en rendent compte avec éloge ; voici quelques lignes de celui de Verdun ;
« II seroit inutile de relever le mérite de l'auteur ; il y a longtemps que ses poésies ont reçu le tribut de louanges qui leur étoit dû. Connu d'abord sous le nom de Mlle de Malcrais, il a été encensé par nos plus fameux poètes, et depuis qu'il a paru sous son véritable nom, il a dû s'apercevoir que les éloges n'ont pas discontinué et qu'ils n'étoient pas de simples compliments qu'on est naturellement porté à prodiguer au beau sexe '. »
Ainsi la légende de Malcrais continue de faire corps, en quelque sorte, avec la personnalité de Des Forges Maillard ; dès que le nom de celui-ci est prononcé, le nom de la dixième Muse fait écho et son souvenir se réveille. Mais on ne jette pas ce souvenir à notre poète pour l'accabler, pour opposer les triomphes fraudés et éphémères de Malcrais à la juste et honteuse chute que Maillard aurait subie après avoir repris ses culottes. Tout au contraire : on lui fait honneur de cette aventure comme d'une ingénieuse supercherie (Voltaire disait 11 un excellent tour, ■> voir ci-dessus p. lui), et l'on affirme sur tous les tons que « les éloges n'ont pas discontinué. »