Journal de Verdun de 1760, II, p
INTRCnuCTION
Tel était dans le public, dans k monde lettré, l'opinion universelle quinze ans après l'événement. Ce n'est point une affirmation gratuite, nous venons d'en fournir des preuves certaines. Toutes les dénégations qu'on voudra y opposer désormais seront vaincs : elles sont infirmées d'avance.
Mais si ces dénégations émanent d'un des plus ardents panégyristes du génie de Malcrais, et qui, le mystèredécouvert, avait continué pendant dix ans de témoigner vivement à Des Forges son estime pour son talent et son amitié pour sa personne, quel nom donner à l'auteur d'une telle palinodie ?
Il ne peut guère en avoir qu'un dans toutes les langues : farceur! Et parce qu'il est un des plus grands écrivains de la France, et parce qu'il s'appelle Voltaire, il n'en est pas moins farceur pour cela — au contraire.
Voici comme la chose advint.
En 1738-1739, le libraire Etienne Ledet publia à Amsterdam une édition des Œuvres de Voltaire. C'est là que celui-ci fit pour la première fois figurer parmi ses œuvres l'épître adressée par lui à M"» de Malcrais, laquelle avait déjà été imprimée deux fois, d'abord en 1732 dans le Mercure de septembre (p. 1887-1891), puis en 1735 dans le recueil des Poésies de Malcrais, p. 2 13. Mais cette troisième édition diffère fort des deux premières. Cette épître, nous l'avons dit, consiste essentiellement dans la description des talents, des goûts et des occupations littéraires et scientifiques de l'auteur, le tout nécessairement
DES FOKGES MAILLARD
assaisonné de louanges indirectes qu'il se donne. C'est là le fond de la pièce, formant une soixantaine de vers, qui sans doute dormaient depuis quelque temps dans le tiroir du poète, quand il trouva une belle occasion de les placer comme réponse aux vers louangeurs de M^e de Malcrais insérés dans le Aferc«re de juillet 1782 (p. i5ii)' : pour les approprier à cette destination, il y ajouta, en tête et en queue, deux madrigaux, le premier d'onze vers, le second de six, que nous avons reproduit plus haut '.
En 1739, Voltaire était agacé par le succès de la grande comédie de Piron, la Métromanie, jouée pour la première fois l'année précédente, dont le succès ne faisait que grandir, et où l'auteur avait finement enchâssé l'épisode de Ml'*-' de Malcrais ^, pour faire pièce, disait-on, à Voltaire, qu'il n'aimait pas et qui le lui rendait. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que Voltaire, en publiant alors son épître, en ait retranché les deux madrigaux et, au lieu de mettre en tête le nom de Malcrais, lui ait simplement donné pour titre : A Mad"' ***. C'est sous cette forme en effet qu'elle se présente dfns l'édition d'Etienne Ledet 4.
L'année suivante (1740), dans un Recueil de pièces fugitives en prose et en vers de M. de V"*, sans lieu d'impression, on retrouve l'épître à Malcrais avec le même texte qu'en 1739, mais avec ce nouveau titre : Réponse à une
1. Reproduits dans les Poésies de Malcrais, édit. I735, p. 199.