‹ Œuvres nouvelles de Des Forges MaillardChapitre 27 sur 134 · I. Voir ci-dessous p · texte numérisé non relu

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INTRODUrnON

rôle de Tirésias t, mais encore depuis que j'ai reparu au Parnasse avec ma toge virile et ma barbe ; si vous pouvez être un peu flatté du suffrage de quelqu'un qui vous est attaché par les sentimens d'une sincère estime et d'une juste vénération, vous trouverez bon que je vous dise avec combien de plaisir je viens de lire le VIIl» volume de vos Œuvres imprime'es en lySi. Vers ou prose, vos ouvrages ont un caractère de beauté qui leur est propre et qui fait partout reconnoitre M. de Voltaire. Ces solitaires campagnardes, qui croyoient que Don Quichotte étoit le seul livre qui fût au monde et qu'ayant lu Don Quichotte on avoit tout lu », ne se fussent pas trompées si elles avoient possédé le recueil de vos Œuvres, où l'on trouve morale, histoire, philosophie, critique, poésies sublimes, légères, et toujours exquises ; en un mot, où l'on trouve tout ce qui peut instruire et délasser l'esprit et le cœur '. »

Voltaire, on le sait, lisait avec soin, surtout dans les publications en vogue comme le Mercure, tout ce qui le concernait. Il connut donc certainement cette lettre et les sentiments si vivement exprimés à son égard par Des Forges. Cela ne l'empêcha pas, quelques mois après, de reproduire sa méchante note dans le tome III (p. 117) de l'édition de ses Œuvres en sept volumes in-S», publiée à Dresde parWalther avec la date de 1/52, mais achevée l'année suivante. Nous laissons à la conscience des honnêtes gens le soin de juger un tel procédé. Ce fut enfin par cette

1. Ce célèbre devin aurait, selon la Fable, possédé successivement les deux sexes. Allusion à l'histoire de Malcrais.

2. Allusion à une plaisante anecdote que Des Forges raconte un peu plus loin.

3. Œuvres de Des Forges, édit. 1759, II, p. 257-259; et Mercure de France, septembre 1752, p. 9 à 33. Cette pièce est datée du Croisic, 10 juin 1752, en voici le titre complet : n Lettre à M. de Voltaire sur quelques endroits du VIII» vol. de ses Œuvres in- 12, édition de 1751. »

dernière édition de Dresde, et vers le milieu de l'année 1753, que Des Forges connut cette note méprisante.

Si elle était méprisante, elle était méprisable, surtout pour sa fausseté, — et par les contemporains, qui en connaissaient le mensonge, aussi fut-elle, nous le verrons, parfaitement dédaignée. Mais celui qui eût dû la dédaigner de plus haut — puisqu'il avait les moyens d'en confondre la fourbe — est celui qui la prit le plus au sérieux : ce fut le pauvre Des Forges.

Quoique ami de Titon du Tillet, son culte pour le génie de Voltaire était sans fissure, sans limite et sans macule. Il l'adorait sincèrement, de cœur et d'esprit, comme le dieu de la poésie et de la prose ; et, sans partager ses idées philosophiques, il lui prêtait de confiance un grand nombre de vertus. En lisant la méchante note, il dut donc éprouver la sensation d'un dévot humblement prosterné devant son idole, qui verrait tout à coup le dieu adoré par lui descendre de son piédestal et venir, de sa main divine, lui frotter les côtes et lui filouter sa montre : il y aurait bien là de quoi devenir fou. Aussi Des Forges semble-t-il au premier moment avoir perdu la tête. Qu'on en juge par quelques extraits de ses lettres intimes. Le 18 juin ijSS, en sortant de lire la note, il écrivait à Titon du Tillet :

0 Vousnesçavez peut-être pas que ce Voltaire qui a dit de vous : Un homme s'avisa, etc. (insolence qui a révolte' tous les gens de goût et de mérite), vous ne sçavez pas, dis-je, que ce Voltaire s'est servi à mon sujet des mêmes termes injurieux et qu'il me désigne de cette manière dans une note qu'il a mise au bas de

INTRODUCTION

l'Epître qu'il m'adressa sous le nom de M"e de Malcrais et qu'il a intitulée, dans la dernière édition de ses œuvres : A une dame ou soi-disant telle. Voici la note qui est au bas de la page : En 1 7^2, il y eut un homme de Bretagne qui s'avisa, etc.

« C'est un grand coquin, ce Voltaire, de m'avoir fait tant d'amitiés depuis que je me suis démasqué, pour me venir ensuite insulter de gaîté de cœur. Dans la nouvelle édition de mes Œuvres que je prépare, je ferai imprimer sa lettre que voici, pour prouver la méchanceté de son caractù-re. [Suit le texte de la lettre d'avril 1745, imprimée ci-dessus, p. lxi.]

« Vous voyez comme il faut se tier à l'amitié de ce galant homme. Ce qui me console, c'est qu'en se servant pour m'insulter des mêmes termes dont il s'est servi contre vous, il semble qu'il connoisse l'union qui est entre nous et soit fâché de notre intime amitié. Nous sommes tous deux des hommes qui nous avisons...^ Et qu'est-il, lui ? La foible esquisse d'un homme, qui n'a ni sentiment ni caractère, et dont les vers nobles ne sont que le masque d'une âme basse et sordide. Son esprit est donc le singe de son cœur, et l'on doit avec raison mépriser un homme dont le cœur fait honte à l'esprit'. »

Quelques jours après (21 juin lySS), ayant été invité à faire l'ouverture du cours de poésie à l'université de Nantes, il écrivit du Croisic, pour s'excuser, à M. de Beauvais, professeur au collège de l'Oratoire, une lettre où, après quelques détails rétrospectifs sur l'histoire de M"" de Malcrais, il dit que « son amitié avec Titon du Tillet « lui a attiré la haine de Voltaire, qui l'accable d'injures « aujourd'hui après l'avoir comblé d'éloges, " et il continue ainsi :

■ Il faut qu'il soit bien double, bien vain et bien mauvais, d'en avoir agi avec moi de cette manière. Je me console, n'é-

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