Voir ci-dessous, p
ristes de Malcrais qui ait jamais prétendu retirer ses éloges — Voltaire, — il est clair que c'est à Voltaire seul et à sa note que ce discours s'adresse.
Cette note ne fit donc aucun tort à Des Forges auprès de ses contemporains. On s'en aperçut encore mieux peut-être quelques années après, quand il publia, en 1759, la troisième édition de ses Œuvres. Si le public s'était rendu à l'opinion de Voltaire, il n'eût vu en notre poète qu'un homme de Bretagne, méchant mystificateur qui ne comptait pas dans le monde des lettres et ne valait même pas la peine d'être nommé, et nul ne se fût occupé de ses deux volumes.
Au contraire, tous les journaux littéraires en parlent : trois, entre autres, fort répandus, lui consacrent des articles très développés : le Journal des Savants, V Année littéraire et le Journal de Trévoux.
De la part du premier, le fait est assez étonnant : cette feuille était alors sous la dépendance de la coterie voltairienne ; dès lors, elle eût dû considérer Des Forges comme un non-ètre dans la république des lettres et ne pas dire un mot de son livre. Mais ce livre faisait du bruit, grâce surtout à la préface qui racontait d'une manière piquante l'histoire de Malcrais et les relations accidentées de l'auteur avec Voltaire : impossible de l'étouffer par le silence, et même, vu l'accueil favorable du public, impossible de Véreinter (comme on dirait de nos jours) sans susciter des protestations. Mais il était du moins possible d'égratigner l'auteur, défaire un compte rendu aigre-doux, contenant avec quelques compliments beaucoup de méchancetés ; on s'arrêta à ce parti. Omission très significative : le Journal des Savants ne parle même pas de la méchante note de Voltaire, à peine y fait-il de loin une allusion très-vague, et voici ce qu'il dit de la préface de
INTRODUCTION
Des Forges dont l'objet principal — ne l'oublions pas — est de faire connaître dans leur vérité, mais non à l'avantage de Voltaire, les relations de notre poète avec ce dernier :
« A l'occasion de la singulière histoire de son déguisement (en M"" de Malcrais), M. Des Foi'ges Maillard raconte celle de toutes ses liaisons littéraires. Ce récit est gai, mais rempli d'une multitude de petits agréments sur lesquels le goût n'a point été consulté. On lit cependant cette préface avec plaisir. Elle peint avantageusement l'Jiumeur et le caractère de l'auteur ; mais l'estime qu'elle inspire pour l'une et pour l'autre ne s'étendroit point jusqu'à ses talens, si on ne savoit pas par ailleurs qu'ils en sont dignes '. »
Caresses et coups de griffes mêlés, c'est le caractère de l'article. Voici d'ailleurs les deux principaux passages, contenant l'appréciation générale sur le mérite de l'auteur et celui du livre :
« Les Œuvres rassemblées dans ce Recueil prouvent les liaisons de l'auteur avec une foule de personnes, ou distinguées par leur rang, ou recommandables par leurs talens en tout genre. L'auteur leur prodigue à tous les éloges qui leur sont dûs. Par là il prouve son amour pour le mérite, amour qui ne paroît dirigé ni modifié par aucune intrigue littéraire, par aucun de ces petits intérêts qui dégradent quelquefois les jugemens de tant d'hommes de lettres
« Le recueil des Œuvres de M. Des Forges Maillard présente des productions dans tous les genres; mais son génie, quoique souple et facile, ne se plie pas également bien à tous les tons. Il ne s'élève qu'avec peine jusqu'à la majesté du poème, jusqu'à la chaleur impétueuse de l'ode. Mais dans les ouvrages agréables, il est varié, fécond, ingénieux, quoique inégal, familier, quelquefois raboteux dans sa poésie, et presque toujours très diffus
ï. Journal des Savants, année 1761, janvier, p. 21.
dans sa prose, où des idées excellentes et propres à l'auteur se trouvent souvent noyées et perdues dans un océan de paroles '. »
Egratigner en flattant, le système est bien suivi. Mais de la part d'amis de Voltaire, de pareilles appréciations, arrachées par l'évidence et le cri de l'opinion, valent tous les éloges. D'ailleurs l'étendue de l'article, qui a cinq â six pages, prouverait seule l'importance de l'adversaire, contre lequel on était réduit à l'usage de ces sucreries empoisonnées.
Le Journal de Trévoux, lui, n'a que des éloges :
« On distribue ici (à Paris) un recueil des Œuvres en vers et en prose de M. Des Forges Maillard, ce poète qui a si longtemps amusé le public sous le nom de M"* de Malcrais de la Vigne. On voit à la tite du recueil une préface où tout ce petit manège est expliqué. [Suit un abrégé de l'histoire de Malcrais.] ...Enfin le voile fut levé : M. Des Forges Maillard se fit connoître à M. Titon du Tillet, l'ami très tendre et très généreux de tous les hommes de lettres. Un voyage de Paris acheva de dévoiler le mystère. Tout le monde voulut voir le chantre du Croisic et éprouver si ses chants se soutiendroient après que la métamorphose avoit cessé. — M. Des Forges Maillard est véritablement né poète, tout son recueil en fait foi. On y trouve des odes sacrées et profanes, des élégies, des idylles, des épigrarames, des fables, des épîtres, des traductions, des mélanges de vers et de prose, etc., et partout des traits de génie, de la douceur, de la littérature, de la facilité... La prose de M. D. F. M. est légère, agréable, savante même, surtout dans ses lettres et dans ses discours de réception aux Académies de Chàlons, de Nancy, de Caen ', etc. »
L'Année littéraire a sur les Œuvres de Des Forges (édi-