Œuvres, II, p
2. Hunauld (François-Joseph) e'tait né à Châteaubriant le 24 février 1701 ; mais son père habitait Saint-Malo. Notre Hunauld mourut à Paris le i5 de'cembre 1742.
XCIV DES FOKGES MAILLARD
Hunauld lui prodigua tous ses soins, le visitant deux fois par jour. Titon revint sur les entrefaites, se constitua garde-malade de notre poète, et le fit, dès qu'il fut possible, transporter chez lui.
Si bien soigné, dorloté et médicamenté, Des Forges entra en convalescence. Dès qu'il put sortir, il courut à l'hôtel Richelieu pour remercier Hunauld; le docteur était absent, le poète prit un bout de papier et le laissa pour carte de visite, après y avoir inscrit ces vers :
Maillard convalescent à Hunauld, qu'il vient voir. Fait des remercîments sans nombre.
Jeune et docte Esculape, hélas! sans ton savoir, Tu ne pourrois aujourd'hui recevoir Que la visite de son ombre.
Esculape est un peu mythologique, c'était le style du temps ; d'ailleurs, l'impromptu est bien tourné.
Si notre poète était rerais de sa pleurésie, sa santé restait fort ébranlée. Pour la raffermir, Hunauld lui prescrivit d'aller respirer l'air natal, et Des Forges quitta Paris dans les derniers jours de juillet 1738, pour retourner au Croisic.
Malgré la maladie qui était venue le tourmenter si mal à propos, Des Forges, dans ce second séjour à Paris, forma de nouvelles relations qui tiennent dans sa vie une place notable : d'abord, avec un littérateur estimé, l'abbé Philippe «, qui venait de fonder un recueil littéraire très répandu malgré son titre un peu singulier (les Amusetnens du cœur et de l'esprit), et auquel notre poète collabora fréquem-
I. Phili^jpe de Prétot (Etienne-André), dit l'abbé Philippe, né à Paris vers 1708, mort en 1787. Voir Lettres nouvelles de Des Forges Mailard, p. 104, 107, iBg, 192.
INTRODUCTION XCV
ment ; puis, avec la belle et aimable madame du Hallay, voisine de Titon du Tillet, qui la voyait souvent ainsi que son mari, et pour laquelle Des Forges conçut une admiration mêlée de tendresse, qui ne cessa jamais d'être respectueuse et donna lieu pendant quelques années à une correspondance dont plusieurs lettres sont fort curieuses '.
Mme du Hallay habitait la petite rue de la Cerisaie, qui existe encore aujourd'hui non loin de l'Arsenal ; Titon logeait aussi dans ce quartier ; nous avons même sous les yeux deux lettres inédites de Des Forges Maillard, l'une de 1735 (11 août), l'autre de 1740 (19 mars), toutes deux adressées « à Monsieur Titon du Tillet, ancien commis- « saire provincial des guerres, rue de la Cerisaye, près « l'Arsenal, à Paris. « Cette rue était donc doublement chère à notre poète, qui l'a célébrée en vers et en prose dans la lettre suivante, écrite du Croisic, le 26 décembre 1738, à M">« du Hallay :
11 Je regrette Paris parce que vous y êtes. Ce n'est point dans le sein de cette superbe capitale que je voudrois être transporté, mais seulement dans la petite rue de la Cerisaye où vous demeurez, et où la maison que vous habitez est plus belle à mes yeux que le palais de nos rois.
Place Royale, endroits fameux,
Lieux consacrés à la Vutoire, Vous, dont les monuments et les titres pompeux Etalent aux regards et le faste et la gloire,
I. Voir Lettres nouvelles de Des Forges Maillard, p. 56, 64, 70, 79, 91 ; et dans le présent volume, p. 162, i63, '.64 cidessous.
XCVl DES FORGES MAILLARD
Cédez au moindre des quartiers, A la petite rue à qui des cerisiers Donnèrent par hasard le nom de Cerisaye. Oui, le brillant jardin, qui — si l'histoire est vraie ■ Porta des pommes d'or, étoit moins précieux
Et dut être moins glorieux Que vous, ô Cerisaye autrefois ignorée, Et célèbre depuis qu'on vous sait honorée De la robe, des pas, de l'haleine et des yeux De l'illustre Hallay, qui doit être adorée... t
Des Forges était de retour au Croisic le i3 août 1738,
comme on le voit par une lettre de lui à l'abbé Philippe du 26 du même mois, et où on lit :
(( Je vous ai promis, monsieur moii cher abbé, de vous donner de mes nouvelles quelque temps après que je serois arrivé dans ma patrie, et je vous tiens parole. Il y aura demain (27 août 1-38) quinze jours que je suis ici, après avoir employé un pareil espace de temps à faire mon voyag-e... J'ai encore du ressentiment dans le côté affecté (de la pleurésie), quoique je sois plus vigoureux qu'à Paris. 11 me falloit du repos pour me remettre, et j'espère que je serai bientôt en état de travailler tout de bon à quelque ouvrage de longue haleine '. »
D'août 1738 à octobre 1741, notre poète demeura en Bretagne et d'ordinaire au Croisic, sans incident notable