‹ Œuvres nouvelles de Des Forges MaillardChapitre 5 sur 134 · Journal de Verdun de 1727, t. II, p. 298-300 (octobre · texte numérisé non relu

Journal de Verdun de 1727, t. II, p. 298-300 (octobre

Jamais soleil plus beau n'avait lui sur la France, Ce ne sont que fiîles, que jeux ; Les peuples allument des feux,

Tout rit, tout est en joye, et la riche Abondance Semble verser ses flots sur eux.

La cantate était alors à la mode. Connme jadis, dans la vogue du madrigal, on avait réduit en madrigaux l'histoire romaine, maintenant on mettait tout en cantate, témoin cette autre soi-disant cantate de Des Forges, publiée aussi d'abord dans le Journal de Verdun (en 1728) et qui vaut bien au moins une douzaine de cantates proprement dites, car c'est un malin petit conte bien tourné, l'Epoux mourant ' :

Un pauvre époux déjà touchoit aux sombres portes Qui mènent les humains au royaume des morts. Sa femme étoit en pleurs. Les douleurs les plus fortes Ne sont qu'un vain crayon de ses cuisans transports. Son mouchoir à la main, sa coèffe rabattue. Elle étoit sur son lit dans son appartement ; Et n'osant vers les cieux porter sa triste vue, Elle exprimoit ainsi l'excès de son tourment :

— (1 Mort barbare, épargne la vie

Du plus précieux des époux !

Sur moi plutôt, sur moi, de ta faulx ennemie

Hâte-toi de tourner les coups ! »

Semant sur ses pas l'épouvante,

La Mort, levant sa faulx sanglante.

Se montre à ses regards, et d'un ton furieux : — « Qu'entends-je ? que veut-on ?Me voici : qui m'appelle ?»

— « Pardonnez-moi, c'est mon époux, » dit-elle, Avec ses belles mains essuyant ses beaux yeux.

Page 1