bid., p. 140 et
Le retour de Bouguer en 1744, après les rudes fatigues de son expédition, donna lieu à une nouvelle épître de Des Forges, dont le fond vaut mieux que la forme *.
Notre poète se lia aussi, lors de ce voyage, avec un autre Breton célèbre, le critique Fréron, âgé de vingtcinq ans, dont le talent perçait déjà ; il plut beaucoup à Robien qui le fit dîner avec lui à l'hôtel d'Entragues.
Voltaire, que Des Forges n'oublia point et à qui il fit plusieurs visites, le reçut fort amicalement et lui offrit ses services pour trouver une place ; c'est quelques mois après ce voyage qu'il lui écrivait : « Je verrai cet été le « contrôleur-général, et je me croirai trop heureux si je « puis obtenir quelque chose du Plutus de Versailles Il pour l'Apollon de Bretagne =. »
Le président de Robien passa^quatre mois à Paris. Puis, sans avoir vu la fin de son procès, il fut obligé par ses affaires de repartir pour la Bretagne vers la mi-janvier 1746 et il ramena notre poète avec lui. Tous deux arrivèrent à Rennes le 26 janvier au soir '. Des Forges y resta dix jours sous le toit du président. Le 6 février il partit pour
1. Œuvres, 1759, I, p. i35. Voir aussi, dans le présent volume, le n' XIII des Poésies nouvelles de D. F. M., p. 41-44 cidessous.
2. Mémoires de Des Forges, p. xlv, xlvii, xlviii. — Cette lettre de Voltaire est d'avril 1745, comme nous l'avons dit plus haut, p. Lxi, où nous la citons presque tout entière. Les divers éditeurs de la correspondance de Voltaire la mettent à tort en 1735 ; voir à ce sujet VAppendice du présent volume, n" v.
3. Des Forges écrit de Rennes à Titon du Tillet, le 28 janvier 1745 : 0 Nous sommes arrivez à Rennes de mardi au soir. » (Lettres de Des Forges Maillard, Supplément inédit, n° X.) En 1745, le i" janvier tombant un vendredi, le 28 était un jeudi, et le mardi précédent était le 26 de ce mois.
INTRODUCTION
le Croisic.où à peine de retour il se mit à écrire, en prose et en vers, un plaisant récit du Voyage de Paris en Bretagne qu'il venait de faire en compagnie de Robien, à qui il l'envoya le 1 5 du même mois •.
Quand Des Forges fut rentré au Croisic, il attendit le résultat de ses dernières démarches et des promesses qu'on lui avait faites. Au bout de quelques mois, ne voyant rien venir, il lui fallut bien renoncer, comme à une chimère, à cette vie de Paris tant désirée, et accepter pour séjour normal, habituel, sinon constant, ce qu'il appelle fréquemment, en vers et en prose, sa .. solitude natale. »
Cette solitude était-elle donc si vide et si triste ? Des Forges s'y trouvait-il aussi mal qu'il se plaît à le répéter sans cesse ? Il est permis d'en douter.
Au Croisic il était au milieu des siens, et les affections de famille tenaient chez lui une grande place, il les ressentait vivement. Ayant perdu son père de bonne heure, en 1 73 1 ', il k pleura dans une ode un peu guindée, mais où, sous l'enflure des mots, on voit le cœur saigner 3.
1. Ce Voyage est dans les Œuvres de Des Forges, édition 1759, I, p. 396 3414.
2. D'après les recherches faites par M. Maillard, maire du Croisic, on ne trouve plus mention du père de notre poète dans les registres du Croisic après le 4 mai 173 1 ; il dut mourir quelques mois après, au plus tard en octobre; cf. p. xxiv et XXV ci-dessus.