Mercure de 1748, décembre, vol. I, p
IHTRODUCTION CXXVIl
quête de l'inspiration, rôdant alentour de son château, à travers ses bois et ses jardins, coiffé d'un grand bonnet de laine en forme de coqueluchon. Maniaque de santé comme de poésie, il ne voulait faire qu'un repas par jour, mais excellent : lapereaux, perdrix, râles, cailles, volailles magnifiques servies dans des plats d'argent, couvraient sa table ; aussi d'habitude, avant le fruit, le digne homme était forcé de lâcher un bouton. Toujours par raison de santé, il ne buvait que de l'eau, qu'il trouvait détestable bien que Des Forges se tuât à lui répéter que c'était dé l'onde du Permesse, dont une branche, détournée de Grèce en Anjou, coulait en fontaine dans son jardin Mais 11 avait le bon goût de faire boire à ses hôtes d'excellent vin.
Sorinière voulut introduire Des Forges sur le Parnasse angevin ; il le présenta à MM. de la Tullais et Corvoisier, l'un chancelier, l'autre secrétaire de l'Académie d'Angers, qui offrirent à notre poète l'honneur d'entrer dans leur corps '. Il le mena aussi voir la Muse angevine la belle Mme du Marais, qui, au dire de Sorinière luimême, passait le temps à bâiller sur Sénèque en compagme de son mari. Cette visite eut pour notre poète des suites funestes. On était allé en promenant, par un grand soleil ; ,1 revint avec une forte insolation, qui lui donna une grosse fièvre, dont il eut pas mal de peine à se débarrasser. Sitôt guéri, il retourna en Bretagne dare-dare, jurant ,n petto que l'ami Sorinière • malgré ses festins de roi — ne l'y reprendrait pas.
I. Il y fut admis le 20 novembre 1748, d'après une lettre de Bertrand à René Chevaye. i^Revue desProJces de lOueTvi P- 470 ' '
CXXVIU DES FORGES MAlLLARfl
En pariant id des amis de Des Foires, nous roulons en ce moment, bien entendu, nous restreindre à ceux de son Toisinage et de sa province, qu'il pouvait aisément — au Croisic ou du Croisic — visiter et fréquenter en personne. Des autres la litanie serait trop longue : outre les Bretons de Paris, comme Bouguer, Fréron, etc., il y aurait, par exemple, FonteneDe, Destonches, J.-B. Rousseau, Montesquieu, Bouhier, Gresset. Racine le fils, Rollin. Réaumur, Gonjet, La Grange-Chancel, le cardinal Quirini, les PP. Bmmoy, Du Cerceau, et encore bien d'autres ■ illustres» (comme on disait alors\ dont l'amitié resta fidèle à notre poète en tout temps, par toute fortune, malgré toutes les attaques.
Après le mariage de Des Forges et la naissance de ses quatre enfants, on sait peu de chose de sa vie.
Grâce à l'ancienneté et à l'honorabilité de sa famille, à l'emploi qu'il occupait, surtout à son caractère et à son talent personnel, il semble avoir tenu dans sa ville natale une place assez importante. En 1754 et ijSS, quand le duc d'Aiguillon, commandant pour le roi en Bretagne, vint au Croisic, Des Forges le harangua sans invoquer d'autre titre que celui d'homme de lettres, et le duc agréa en outre les compliments en vers que notre poète lui fit adresser en ces deux circonstances par l'aîné de ses fils, Paul ou Paulet, âgé de neuf ans *.
1. Voir Mercure de France de 175+, juin, vol. I. p. 76-7S ; JoKnutl de Verdun de 175?, p. 374-375, novembre; si Lettres iMMoeUesde Des Foires, p. 218-220.
INTRODUCTION
Dix jours avant la venue de M. d'Aiguillon en lySS, on prit auprès du Croisic, dans les rochers de la côte, un <i monstre amphibie », long de trois pieds et demi, avec des moustaches de tigre, des dents aigiies, des yeux saillants, pleins de feu, ombragés de sourcils, une voix enrouée, et poussant des rugissements comme un mâtin en colère. On crut y reconnaître la femelle d'un lion marin. On la conserva vivante jusqu'à l'arrivée du duc, qui la fit dessiner. Des Forges, dans son compliment, y fait allusion :
Et Neptune ravi te députe un Triton.
Il décrit ce « monstre » avec détail dans une lettre curieuse, insérée au Journal de Verdun «.
Le Mercure de France et le Journal de Verdun étaient alors les deux journaux littéraires les plus répandus. Des Forges, depuis son retour au Croisic jusqu'à l'édition définitive de ses Œuvres (ijSg), y collabora fort activement. Jusqu'en 1751, il n'envoya de pièces qu'au Mercure; mais à partir de cette année, sa collaboration à ce journal se ralentit beaucoup; en ij55, elle cessa tout à fait». A partir de lySi, au contraire, il donna fréquemment des pièces au Journal de Verdun. Nous faisons connaître plus loin l'importance de sa collaboration à ces deux recueils dans notre Bibliographie des œuvres et des travaux littéraires de Des Forges Maillard '.
Notre auteur, comme on l'a vu plus haut, avaitfaitparaître
1. Année 1755, p. 370-374, novembre; et Lettres nouvelles de Des Forges Maillard, p. 214-220.
2. On trouve encore cependant une pièce de lui dans le Mercure de février 1708, p. 22-24.