‹ Œuvres nouvelles de Des Forges MaillardChapitre 68 sur 134 · I. Œuvres, édit. 1769, I, p · texte numérisé non relu

I. Œuvres, édit. 1769, I, p

CXXXa DES FORGES MAILLARD

sonnets à la gloire de la sainte Vierge sont de Des Forges Maillard, jugez-en par celui-ci en l'honneur de l'Assomption :

L'aurore à pleines mains semoit l'ambre et l'émail Sur les fruits mûrissans et sur les fleurs écloses, Et le soleil jaloux opposoit à ses roses Le diamant et l'or sur un fond de corail.

Ouvrant à ses coursiers son superbe portail, Il redonnoit la vie et la couleur aux choses, Et partout, enfantant mille métamorphoses, Excitoit la nature et hàtoit son travail :

Quand, brisant les liens de la Mort étonne'e, La Vierge, au haut des airs, d'anges environnée. D'un torrent de lumière éclaira son réveil.

Alors, l'astre du jour ne parut devant elle

Que comme un roi vaincu, dont le riche appareil

Embellit du vainqueur la pompe solennelle '.

Les amateurs pourront rapprocher cette pièce du sonnet de la Belle Matineuse de Malleville, célèbre au XVIIe siècle, et auquel celui-ci nous semble, pour le fond et la forme, très supérieur.

On trouve même à glaner dans les Réflexions morales^ car sous le caprice de Des Forges, le quatrain de Pibrac se transforme parfois en épigramme :

Une amitié de gendre est un soleil d'hiver, Une amitié de femme une chaleur d'orage,

I. Œuv.-es, II, p. 36; nous donnons, au second vers, une variante trouvée dans les lettres inédites de Des Forges. — L'autre sonnet est à la p. 33 du même volume.

INTRODUCTION. CYXXIII

Une amitié d'enfant un fruit moins doux qu'amer : L'amitié' n'est ailleurs qu'un vain nom, un langage'.

Mais tout cela n'est qu'exception. Dans presque toutes ses poésies du genre noble, pompeux, mythologique ou sentimental, on sent le défaut de naturel et de sincérité, le travail plus ou moins pénible, l'absence de verve et d'entrain.

Quelle différence dans ses contes, ses fables, ses épigrammes, ses voyages et ses fantaisies burlesques ! Ici le vers coule de source, le poète est dans son élément ; évidemment ce qu'il aime, c'est peindre le petit monde qui l'entoure, avec ses couleurs na'ives, ses traits saillants, plaisants, pittoresques.

Voici, par exemple, ses voisins du bourg de Batz, Bretons bretonnants, paludiers aux chapeaux à grands bords et aux amples manteaux ; ils viennent d'acheter pour leur belle église un orgue, il leur faut un organiste. Un étranger se présente, parlant avec assurance, se disant bon musicien et demandant qu'on l'indemnise des frais qu'il a faits à venir de l'autre bout de la France au bourg de Batz, tout exprès pour le service des paroissiens. Ceuxci, gens naifs, confiants, crédules, lui paient six mois d'avance de ses gages. — Le dimanche arrive, où l'orgue doit être inauguré, une foule énorme se presse dans l'église ;

C'étoit les sept merveilles Tout à la fois, que de voir ameutés

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