Œuvres, lySg, i, p
INTRODUCT/ON
Cette excuse semble excellente, on se calme, on convient qu'il choisira lui-même son souffleur et recommencera l'épreuve à vêpres.
Avant vêpres, il file avec l'argent. — C'était un voleur.
S'il peint de la sorte les paludiers et les paysans, Des Forges s'exerce aussi volontiers sur les autres conditions. Guérande était, à cette époque, un nid de gentilshommes pauvres, de maigres cadets, gueux comme Job, fiers comme Artaban.
Entre eux et les marins armateurs du Croisic, il y avait antipathie séculaire, comme entre Rome et Carthage ; ils devaient naturellement exciter la verve de notre poète':
Grands tueurs de lapins, cinq ou six hobereaux S'entretenoient de leur noblesse;
C'e'tait de ces cadets qui font les tyranneaux,
Dont nature, à son dam, fait provigner l'espèce...
Ecoutez-les jaser dans leur burlesque ivresse :
Leur cabane champêtre est toujours Men château...
Les susdits Rodomonis, se coupant la parole Pour s'encenser à tour de rôle,
Se traitoient de barons, de comtes, de marquis :
Aujourd'hui gentilhomme est un nom de bas prix. . .
n Feu mon sextisayeul, disoit un de ces gens
Fut écuyer de Charlemagnc ; Le monarque avec lui vivoit en compagnon,
Et ce brave à trois poils, quand le vin de Champagne
Avoit mis sa verve en campagne, Parbleu! faisoit la barbe aux quatre rtls Aymon ! » L'autre, élevant la voix, disoit: « Lorsque je pense
A la déconhture immense Que fit à Tolbiac, sous le grand roi Clovis, Un des miens si vanté dans nos chartes antiques. J'en frémis étonné... J'ai lu, dans les chroniques,' Qu'il tua de sa main mille et deux ennemis I Il en eût, ventrebleu, tué bien davantage Si son sabre fumant, par le sang émoussé, De fortune pour eux, ne se fût fracassé I »
DFS FOKGES MAILLARD
Il oppose à ces hâbleurs un homme sensé et modeste
Qui riotoit sous cape et levoit les épaules Au re'cit de leurs fariboles '.
Il a écrit, dans le même sentiment, une pièce très amusante, chaude de verve et de malice, et qui pourrait bien être son chef-d'œuvre, intitulée : Le Gentilhomme campagnard qui se prépare à marcher à t' arrière-ban, fantaisie burlesque. Les deux derniers mots le disent, c'est une caricature. Mais si les détails de l'équipement du campagnard sont burlesques, ils n'en sont pas moins pleins de réalisme. La fin surtout est très bonne. — Tant qu'il a fait ses préparatifs, le campagnard n'a songé qu'à la gloire dont il va bientôt se couvrir. Mais au moment de partir, de mettre le pied hors du logis pour courir les aventures, la crainte se glisse en son cœur :
Si pourtant un fatal acier Me faisoit dans le flanc une large blessure ? Ceci n'est pas un jeu... Quel subit embarras !.. . Partirai-je, mon cœur ? Eh quoi, mon cœur, tu bats I Que de fantômes noirs, épouvantant ma vue,
Frappent mon âme irrésolue !
Tu partirois, cruel ?. . . Et quoi ! tu resterois.
Cœur de poule ! . . . Tu partirois ?. . . Tu resterois ?.. . Oui-dà ! que t'importe la gloire De vivre, toi défunt, spectre vain, célébré
Dans la gazette et dans l'histoire, Quand tes enfants, ta femme — ô cœur dénaturé ! —
Branlant à vide la mâchoire,
Pleureront un pauvre enterré ?
Mais le vin, Jeannot, est tiré;
Allons, courage, il faut le boire.