Marini (Jean-Baptiste), né à Naples en iSjg, morten
« L'auteur, dans son premier chant, embarque Adonis dans une chaloupe ou quelque chose de moins encore, puisqu'il l'appelle palischermo qui signifie une barquette. Voulant égarer son berger sur les ondes et le faire aborder ensuite à l'île de l'Amour, il ne lui falloit qu'un léger orage, ou seulement les ténèbres de la nuit ou de quelque brouillard. Cependant il soulève, contre toute raison, la plus furieuse tempête qu'on puisse imaginer : — « La mer (dit-il), mugissant dans ses « gouffres profonds élève ses flots bouillonnants de colère ; « son orgueil indigné franchit ses barrières et porte jusqu'aux « astres ses ondes menaçantes... L'oiseau nage, le poisson « vole ; les eaux soulevées contre les eaux, les vents déchaînés « contre les vents, les nuées s'entrechoquent avec fureur ; « tous les éléments mêlés et confondus vont replonger l'uni- « vers dans les horreurs du chaos. » — La verve impétueuse du poète agite la mer d'une force si terrible, qu'au lieu d'un simple bateau elle eût englouti dans ses abimes plusieurs armées navales !
0 Dans le second chant, intitulé le Palais d'amour, les trois déesses (Junon, Pallas et Vénus) attendent le jugement de Pâ ris qui doit donner la pomme à la plus belle. — « Pour les « contempler le soleil arrête sa course, la terre pousse des « fleurs, les pins portent des pommes délicieuses, les buissons « se parent de violettes, les oiseaux cessent de chanter, les « ruisseaux interrompent leur murmure, toute la nature est « attentive. » — Mais après toutes ces jolies choses, le poète amène les vipères à ce spectacle et salit l'imagination par d'indécentes apostrophes. On s'étonne qu'il n'y ait point aussi appelé les araignées, suspendues entre les branches des arbustes, pour avoir occasion de décrire, à cette vue, leurs transports amoureux.
(( Dans le sixième chant, qui a pour titre le Jardin du plaisir, le cavalier Marin promène Adonis et Vénus accompagnés de Mercure. Ce dieu, pour amuser Adonis, lui fait une description anatomique de l'œil qui occupe plus de 80 vers, et il le récrée encore par une description du nez... Dans la iS?* stance, sous les yeux d'Adonis, on voit le pieux éloge de la grenadille, fleur où la superstition s'est persuadée que les instrumcns de la Passion étoient empreints. La description de cette fleur est si diffuse. Mercure et l'auteur y sont tellement
INTRODUCTION CXLI
confondus, qu'il sennble que ce soit Mercure qui donne des larmes et des soupirs à la Passion du Sauveur, et qui invite les anges à descendre en forme d'abeilles sur la grenadille. . . Tout cela en présence du favori de Vénus ! — Le poème, où on trouve des peintures si dévotes, est d'ailleurs parsemé de galanteries, dont l'auteur ne s'est pas mis en peine de voiler les nudités...
(1 ...Néanmoins, après Ovide, il est peu d'auteurs que le cavalier Marin n'égale par l'esprit et l'imagination. On trouve dans son œuvre des choses non seulement d'une grâce et d'une légèreté charmantes, mais encore d'une beauté et d'une force admirables. L'esprit y abonde, mais le goût y manque... Son immense poème ressemble à un prodigieux animal qui auroit la tète d'une sirène, les yeux d'un lynx, les ailes d'un aigle, la peau d'un tigre et la queue d'un paon *. u
Nous n'avons encore rien dit des Epîtres en vers, qui forment une assez grosse part du bagage de notre poète. Les unes sont « philosophiques », et les autres, en plus grand nombre, « familières ». Les premières appartiennent au genre guindé, les secondes au genre lâché. Des F'orges les composait très promptement, avec la plus grande facilité, et ne corrigeait guère son premier jet. — Aussi ces pièces sont pour la plupart assez prolixes. Elles ont le mérite de fournir beaucoup de détails sur la vie, les amis, les habitudes du poète ; nous nous en sommes déjà servi à ce point de vue. Elles mettent aussi au courant de son caractère.
Imagination mobile et impressionnable, esprit éveillé,