VERS
Sur la maladie de M. Des Forges Maillard '
AiLLARD, ce fameux nourrisson Des doctes Filles de Mémoire, Qui, du sein du climat breton, Sous le nom de Malcrais s'est acquis tant de gloire, Sur les bords que la Seine arrose de ses flots Languissoit accablé d'une langueur mortelle,
Et l'inexorable Atropos L'alloit précipiter dans la nuit éternelle. Quand le grand Apollon, à qui n'est rien caché De tout ce qui se fait sous la voûte céleste :
— Eh ! quoi, dit-il, le cœur touché D'une aventure si funeste, Un poète célèbre, enrichi par les dieux De leurs dons les plus précieux,
* Mercure ds lySS, mai, p. loii.
Dans Tavril de ses ans verroit sa vie éteinte, Tandis que, de la terre inutile fardeau, D'imbéciles humains, plus mûrs pour le tombeau, De la Parque vingt fois ont évité l'atteinte ! Est-ce pour le punir d'avoir, sur mes autels, Fait fumer plus d'encens que les autres mortels ?
Et ma puissance tant prônée Pour calmer, pour bannir les maux les plus cruels, Seroit-elle aujourd'hui plus foible et plus bornée ?
Non, non, je ne souffrirai pas Cet indigne trépas !
Je vais me transporter moi-même Dans la cité fameuse où mon ami languit. Et d'un art, que jamais le succès ne trahit, Montrer en sa faveur la puissance suprême. Mais non... le vif éclat de ma divinité Eblouiroit les yeux par son trop de clarté. Et je craindrois d'ailleurs de réveiller l'envie
D'une troupe de vains rivaux, Qui n'ont pu, sans frémir de rage et de furie, Voir le brillant succès de ses jeunes travaux.
Faisons mieux : les dieux favorables Se plaisent à cacher leurs dons les plus chéris.
Je vais prendre des traits semblables
A quelqu'un de mes favoris, Et je veux, sous son nom, achever cette cure. —
A ces mots, de Hunaud - il revêt la figure,
POESIES ÎJOUVEI.LES
Et, par lui, de son art déployant les secrets Il arrache au trépas et Maillard et Malcrais.
NOTE
I. Ces vers sont de René Chevaye, auditeur à la Chambre des Comptes de Nantes, ami de Des Forges Maillard
2. C'est M. Hunaud, des Académies de Paris et de Londres qui a guéri M. Des Forges Maillard. (Note du Mercure ) '