‹ Œuvres nouvelles de Des Forges MaillardChapitre 91 sur 134 · LA PLAINTE DE L'Y · texte numérisé non relu

LA PLAINTE DE L'Y

Enigme.

MI *, je vais partir et m'éloigner de toi. Accablé de chagrin, je m'évite >Mo/-inétne, Je ne sçais où je suis, je me cache d'effroi. Ecoute mes malheurs, plains mon sort, et conçoi Combien sa rigueur est extrême.

. On me chasse, et pour fuir on m'a défendu même De monter sur mon palefroi.

Dans la France honoré du droit de bourgeoisie, J'aidois, digne assesseur, à publier sa loi,

Jusqu'à ce que, par fantaisie.

De subtils novateurs une troupe choisie, Assurant qu'il falloit que je fusse sans /o/, j S'efforça de concert de me priver d'emploi.

* Mercure de 1746. Décembre, 2° vol. p. iSg.

4C DES FORGES MAILT-ARD

Quoique, exempt jusqu'alors du poison de l'envie, J'eusse toujours servi garde-du-corps du Roi,

On m'arracha de Vabbaïe

Où i'étois impatronisé.

Que de durs traitements! Je fus tnartirisé ; On me rendit aveugle, et je perdis l'ouïe. Cela fondé sur quoi ? Sur une rêverie : J'avois eu, disoit-on, commerce avec Laïs,

Et j'étois né dans son pais.

Je tends les bras au ciel, pour demander vengeance De l'injure et du tort que me fait, dans la France,

La captieuse nouveauté.

Louis, le grand Louis, avec plus d'équité

Apprécia mon vieux usage.

En disant à d'Hozier qui vint lui présenter

La dédicace d'un ouvrage :

« Rendez à votre Ror ce qu'on lui veut ôter. »

NOTE

I. Ce mot et tous les autres imprimés en italique dans cette pièce, sont ceux auxquels la nouvelle orthographe, contre laquelle proteste Des Forges, ôtoit Vy : car on écrivait alors amy, tqy, moy, effroy, palefroy, loy, foy, employ, roy. ouye, où Vy a été abandonné, tout aussi bien qu'abbaye et martyrisé, où il a persisté jusqu'à nos jours : l'emploi n'en est logique que dans le dernier de tous ces mots.

Page 1