‹ Œuvres nouvelles de Des Forges MaillardChapitre 92 sur 134 · ETRENNES · texte numérisé non relu

ETRENNES

A M. Titon du Tillet '

E beau Titon, dans sa verte jeunesse, Fut de TAurore éperdùment aimé -.

Il devint vieux, et sa tendre déesse Fit qu'en cigale il se vit transformé.

Notre Titon, favori renommé Des doctes Sœurs, doit être un jour par elles. Volant aux cieux, en cygne transmué.

Mais puisse-t-il, sur terre habitué, Y vivre encor, paré de fleurs nouvelles. Trente ans gaillard et bien constitué.

En attendant qu'il lui vienne des aîles !

* Mercure de 1747. Janvier, p. 3o.

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NOTES

1. Voici le titre complet de cette pièce, comme il est au Mercure : «Vers pour le premier jour de l'année 1747, à M. Titon du Tillet, maître d'hôtel de feue Madame la Dauphine, mère du Roi, auteur du Parnasse François exécuté en bronze, de la Description de ce magnifique monument, de VHistoire des Poètes de notre nation, et des Essais sur les honneurs accordés aux illustres Sçavans dans tous les siècles. » — Titon du Tillet (Evrard) né à Paris en 1677, mort en 1762. Sur ce personnage, voir Œuvres nouvelles de Des Forges Maillard, I!, p. 42.

2. Ici, comme dans beaucoup d'autres pièces adressées à Titon du Tillet, Des Forges joue sur la synonymie de ce personnage et du vieux Tithon, époux de l'Aurore, selon la mythologie gréco-latine.

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EPITRE

A M. de la Sorinière «

ORINIÈRE,

Mes amours, La carrière

Singulière, Où tu cours Intrépide Et sans guide.

Me fait peur

Du soleil Qui t'éclaire Le vermeil Luminaire Ne voit pas, Dans sa ronde

Mercure de 174S, mai, p. 6i.

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Sur ce monde, De climats Où la rime Ne soit point De tout point En estime.

Oui, mon cher, Les sauvages Des rivages D'outre-mer ; D'Amérique Et d'Afrique Les colons Vagabonds, Quand ils chassent Surles monts.

Se délassent En rimant Joliment.

La rime est Et paraît De Nature Toute pure Un présent Séduisant ;

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Elle étaye Le charmant

Sentiment ; Elle est gaye ; Un enfant La bégaye Au maillot, Aussitôt Qu'il essaye Quelque mot.

Si, seulette, Fanchonnette Ou Catin ' S'en retourne Du moulin, Elle tourne En chemin Et marmotte.

Pour Colin Ou Jacquin, Quelque note.

Un captif Morosif, Aux galères, Croit charmer Ses misères

A rimer.

Puis chantonne Et fredonne Par instant, Sa ferraille Cadençant Sa rimaille En sonnant.

Mais la Nuit, Qui s'avance Et s'enfuit, Reconduit Le Silence Qui la suit, Et le bruit Recommence.

Du matin, Dans ma chambre, Déjà Tambre Vif et fin Par ma vitre S'introduit; Mon pupitre En reluit.

Ma chandelle Va finir :

Parallèle

Trop fidèle !

Souvenir !

O bougie !

O crayon

Du rayon

De la vie,

Qui d'abord

Naît et sort

— Clarté sombre —

Et dans Tombre

Se rendort !

Sorinière, Sans lumière Je ne puis Que te dire Et t'écrire Que je suis — Sans chandelle Comme au jour — Plein d'amour Et de zèle Et, sans fard, Ton fidèle Paul Maillard.

NOTES

1. Cette Épître, dont nous ne donnons qu'un extrait, avait pour but de de'tourner l'angevin Sorinière, poète (?) bizarre, ami de Des Forges, de la manie qui l'avait pris de faire des vers blancs, comme le prouve le titre complet de la présente pièce dans le Mercure, titre ainsi conçu : o Epître à M. de la Sorinière, au sujet de celle en vers blancs ou non rime's, qu'il a donne'e dans le second volume du Mercure du mois de décembre dernier. » — Sur ce Sorinière, voirnotre Introduction.

2. Ce n'est ici autre chose qu'un diminutif familier du nom de Catherine, comme dans le vieux noël bien connu où, parmi les bergers et bergères qui vont adorer l'Enfant Je'sus dans sa crèche, figure honorablement et en bonne place 0 Notre Catin pleine de cceur » etc.

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