‹ Œuvres ophthalmologiques de Thomas YoungChapitre 25 sur 34 · Image d'un point très éloigné vu par mon œil · texte numérisé non relu

Image d'un point très éloigné vu par mon œil

que la manière dont la lumière est distribuée change considérablement : le bord est bien plus éclairé que le milieu, de manière à ce

que le tout ressemble à un anneau ovale (Fig. 62).

Si je regarde [le point lumineux éloigné] à travers les fentes de l'optomètre, les ombres me paraissentparfaitement droites, tant que l'œil reste en état de repos ;

Fig. <a Aspect d'un point lumineux éloigné, l'œil étant y divisent l'ûValelumiaccommode pour un point très-voisin.

neux en bandes parallèl es, dans n'importe quelle direction (Fig. 63, 65). Mais aussitôt que j'accommode, elles deviennent courbes, et cela d'autant plus qu'elles

sont plus éloignées du centre (Fig. 64, 66). — Si au contraire le point lumineux se trouve bien en dedans du foyer,

l'accommodation augmente l'éclat du centre et diminue celui du bord. On observe les mêmes phénomènes après avoir neutralisé l'action de la cornée en plongeant l'œil dans l'eau, et la seule manière imaginable de se rendre compte du changement est d'admettre que les parties centrales du cristallin deviennent plus convexes que les parties périphériques. Il est

Fig- 63

Fig. 64

Fig. 65 Fig. 66

Fig. 63, 65. Ombres que forment des fds parallèles dans

l'image d'un point éloigné, l'œil étant en état de repos.

Fig. 64, 66. Les mêmes ombres rendues courbes par un

changement de la forme du cristallin.

absolument impossible qu'un changement de la distance de la rétine sans changement de la réfraction du cristallin puisse produire la courbure de ces ombres, qui en état de repos sont parfaitement droites ; l'application de l'eau montre que ni la forme ni la situation relative de la cornée ne jouent là aucun rôle.

L'optomètre confirme pleinement cette explication. En regardant à travers les quatre fentes, sans accommodation, je vois toujours les lignes se rencontrer en un point, mais lorsque je rapproche l'intersection par un effort d'accommodation, les deux lignes extérieures se rencontrent à une distance bien plus grande que les lignes internes, et les deux lignes du même côté s'entre-croisent à une distance encore plus grande (Fig. 67).

Cette expérience ne réussira pas pour tous les yeux : ou ne peut pas s'attendre à ce qu'un tel défaut soit général ; mais un seul cas suffit pour établir l'argument, même si l'on n'en trouve pas un deuxième. Je ne doute pas, du reste, qu'on observerait très souvent l'aberration chez des personnes qui ont de grandes pupilles. L'œil du docteur Wollaston ne montrait pas ces phénomènes, mais M. Koenig décrivit sans être prévenu les intersections exactement comme je les vois. Il est plus facile de déterminer la réfraction latérale en couvrant les parties centrales de la pupille avec un bande pointue de carton et en déterminant le point d'entre-croisement le plus rapproché des lignes, vues par les parties périphériques seulement. Lorsque l'intersection la vue Par mon œil>

lorsque son foyer

plus éloignée était à 38, je pouvais la rapprocher à estie plus court [en 22 avec deux fentes étroites ; tandis qu'avec la bande étaf. d'"°da-

T tion maximaj.

de carton je ne pouvais la porter que jusqu'à 29. Ces faits nous permettent de déterminer assez exactement la forme que prend le cristallin, en admettant que les deux surfaces subissent des changements de courbure proportionnels, et en prenant

Fig. 67 Aspect des quatre images de la ligne,

pour bases les dimensions que nous avons déjà admises : car avec les aberrations latérales ainsi données, la Prop. III nous permet de trouver les sous tangentes à environ [Vio"] 2,5mm de l'axe, et nous avons déjà trouvé que les rayons de courbure des s mimets doivent être d'environ 5,33mm et 3,8lmm [0",21 et 0",15] (page 160). Il s'ensuit que la surface antérieure doit être une partie d'un hyperboloïde dont le grand axe est d'environ 127mm [50"] ; la surface postérieure aurait une forme presque parabolique. Ainsi le changement peut s'effectuer sans aucune diminution du diamètre transversal, et l'allongement de l'axe du cristallin ne dépasse pas 0,5mm [0",02]. Avec notre supposition, ce serait surtout la surface postérieure qui se bomberait, de manière à ce que la forme du cristallin accommodé fût à peu près celle de la fig. 69, l'état de repos étant représenté par la fig. 68. Pourtant, si l'on trouvait pré-

Fig. 6S Fig. G9

Fig. 68. Contours du cristallin en état de repos.

D'après des observations faites avec mon propre œil, comparées avec les mesures de M. Petit, et en admettant que l'état du cristallin mort corresponde à l'état de repos.

Fig. 69. Contours du cristallin ayant subi un changement qui suffit pour produire la distance focale minima de l'œil [c'est-à-dire en état d'accommodation maxiniaj.

férable d'admettre un changement plus grand de la surface antérieure, à cause de la rigidité des parties internes ou pour d'autres raisons, il n'est pas impossible que ce changement ne puisse avoir lieu sans que la surface vienne toucher à l'iris ; il est possible

aussi qu'elle pousse cette membrane un peu en avant sans aucun changement visible de l'aspect extérieur de l'œil.

On sait que Hueck a plus tard réussi à observer la protrusion de l'iris pendant l'accommodation, en faisant diriger le regard de l'observé vers une surface lumineuse, le ciel par exemple, et en lui faisant faire un puissant effort d'accommodation. D'après Volkmann, le phénomène était très prononcé dans l'œil de Hueck lui-même.

Il est facile de comprendre pourquoi et dans quels cas ce défaut de la réfraction latérale doit exister, si l'on considère la manière dont le cristallin est attaché à sa capsule vers le bord. Car, si la courbure près de l'axe augmente considérablement, cette augmentation de courbure ne peut pas se continuer très loin vers le bord, sans que le diamètre du cristallin diminue et sans que les ramifications que le corps ciliaire envoie dans le cristallin (voir page 203) se déchirentMl ne semble pas non plus que la contraction pupillaire frappanBë, qui accompagne tout effort de voir de près, soit explicable autrement que par la nécessité d'exclure les rayons latéraux et de prévenir ainsi la confusion de l'image, qui résulterait de leur réfraction insuffisante.

Cette note, que Young a ajoutée à la deuxième édition, perd son importance du moment que les ramifications en question n'existent pas.

Ces dernières expériences de Young ne semblent jamais avoir été bien comprises ; en tout cas elles n'ont attiré que très peu d'attention, v. Helmholtz est, ,à ce que je sache, le seul qui les ait répétées, et cela sans succès. Comme j'ai l'intention de traiter ces questions dans un travail spécial l, je me bornerai ici à faire les remarques nécessaires pour faire comprendre les expériences de Young, et à mentionner quelques observations personnelles qui confirment les siennes.

On sait que les surfaces sphériques ainsi que nos lentilles ordinaires sont plus réfringentes vers le bord, ce qui constitue l'aberration de sphéricité. Dans la figure 70 j'ai représenté la réfraction que subissent des rayons parallèles qui rencontrent une surface sphérique séparant deux milieux dont les indices sont dans le rapport 3 : 2 (verre et l'air). On voit que les rayons périphériques rencontrent l'axe plus près de la surface que ne font les rayons centraux.

Faisons maintenant l'expérience suivante. Plaçons une flamme à quelques mètres de distance, et après avoir formé l'image de la flamme

1 Etude sur le mécanisme de l'accommodation. Arch. de physiologie. Janv. 1894.

Fig. 70. T.

Réfraction d'un faisceau de rayons parallèles par une surface sphérique. Aberration de

sphéricité. En A les rayons sont entassés vers le bord, en JB vers l'axe du faisceau.

p. q. Deux aiguilles.

sur l'écran au moyen d'une lentille de 15 ou 20 dioptries, éloignons un peu la lentille. L'image de la flamme se change alors en un cercle de diffusion, et on remarquera que la lumière n'est pas régulièrement distribuée sur toute la surface, le centre étant bien plus brillant que la périphérie. — Si, au contraire, on rapproche la lentille de l'écran, c'est le bord de la tache lumineuse qui est brillant, le milieu étant bien plus sombre. — La figure 70 nous en donne l'explication : on voit en effet qu'à A les rayons sont entassés vers le bord, à B vers le milieu.

Répétons ensuite l'expérience en plaçant devant la lentille une aiguille à tricoter ; on remarquera que l'ombre que forme l'aiguille dans le cercle de diffusion n'est droite que. tant que la position de l'aiguille correspond à un diamètre de la lentille ; autrement l'ombre est courbe, tournant sa concavité vers le milieu, lorsque l'écran se trouve en dedans du foyer, tandis que le contraire a lieu lorsque l'écran est au delà du foyer. Sa déformation est plus prononcée dans le dernier cas. — On appelle la première déformation, déformation en barillet, et la deuxième, déformation en croissant, expressions, dont on comprend la justesse, surtout si, au lieu d'une seule aiguille on se sert de plusieurs, placées parallèlement.

C'est encore l'aberration de sphéricité qui est la cause de ces phénomènes. Figurons-nous en effet la surface de la lentille divisée en zones concentriques de largeur égale. Une section quelconque du faisceau réfracté montrerait alors des zones analogues, mais elles ne seraient pas de largeur égale. Dans une section faite en B (Fig. 70), au delà du foyer, les zones augmenteraient de largeur vers la périphérie, tandis que dans une section faite en A c'est le contraire qui

aurait lieu. — Dans la fig. 71, I montre une section du faisceau avant la réfraction, divisée en zones concentriques de largeur égale. Les deux droites représentent deux aiguilles. II représente une section du faisceau entre la surface et le foyer. On voit que les cercles périphéri-

Fig. 71. T.

Déformation des ombres, II en barillet, III en croissant.

Sections successives du faisceau de la lig. 70.

La section I est supposée faite en C ( Fig. 70 ) ;

la section II en A, et la section III en B, les deux dernières grossies.

ab Une aiguille, a'b' et a"b" ses ombres.

ques sont plus rétrécis que les cercles centraux, et l'on conçoit que le point a' soit relativement plus rapproché au centre que le point b', ce qui donne à la ligne sa forme courbe. Enfin III représente une section au delà du foyer.

On comprend maintenant, sans autre explication, que si l'aberration était corrigée de manière à ce que tous les rayons vinssent se rencontrer en un foyer complet, les cercles de diffusion seraient uniformément éclairés, les zones resteraient de largeur égale et les ombres garderaient leur direction droite. Si l'on surcorrige l'aberration, on aura tous les phénomènes décrits ci-dessus, mais en ordre inverse.

Je n'ai pas besoin d'insister sur l'analogie entre les observations de Young et ces expériences. En observant un point éloigné à travers ses fentes en laissant l'œil en repos, Young voyait les ombres parfaitement droites, d'où il tirait la conclusion que son œil était exempt d'aberration. Les figures 43 — 46 pourraient pourtant sembler indiquer qu'il en avait un léger degré. — J'ai répété cette expérience avec un certain nombre de personnes en me servant d'une petite grille, analogue aux fentes de Young ; rendu légèrement myope, le sujet regardait une flamme éloignée. J'ai ainsi été à même de constater des différences assez grandes. Environ la moitié de mes observés, parmi lesquels les Drs. Parent et Chibret, voyaient les ombres droites, et n'avaient par conséquent pas d'aberration sensible, au moins tant que la pupille n'était pas dilatée. La plupart des autres voyaient la

déformation en croissant plus ou moins prononcée. Les figures 72 I et 73 I en montrent des exemples. M. Trépied, le savant directeur de l'observatoire d'ALGER, voyait les ombres droites, la grille étant placée

I Fig. 72. T. II

Fig. 72. I. Déformation des ombres en croissant dans un œil à forte aberration de sphéricité. — Repos

II. Même œil accommodé. L'aberration est presque corrigée pendant l'accommodation. (Œil droit du docteur Antonelli, emmétrope. Avec + 4,5. Flamme à l'infini.)

I Fig. 73. T. II

Fig. 73. Déformation en croissant (I), changeant en déformation en barillet (II) pendant l'accommodation.

( Œil droit de Mme T Myopie de 6 dioptries. Sans verre. Flamme à l'infini. )

verticalement, mais en la plaçant horizontalement, il remarquait une déformation en croissant assez prononcée. L'aberration était donc corrigée dans le méridien horizontal, mais pas dans le méridien vertical.

Les cas de ce genre sont remarquables. Si l'on suppose l'espace pupillaire divisé en zones concentriques, il en résulte un astigmatisme différent dans les différentes zones, ce qui dans certains cas peut faire croire à un spasme astigmatique (Voir Tscherning, L'influence de V aberration de sphéricité sur la réfraction de l'œil. Arch. d'ophthalm. 1890). — Quelques-uns, parmi lesquels mon maître M. Javal observaient au contraire une légère déformation en barillet (Fig. 74), ce qui indique une surcorrection de l'aberration — et j'ai même observé quelques cas très curieux où les ombres centrales

Fig. 74. T. Fig. 75. T.

Fig. 74. Déformation des ombres en barillet dans un œil à aberration surcorrigée .

( Œil droit de M. G Myopie de S dioptries ; avec + 3,5. Flamme à l'infini. )

Fig. 75. Déformation mixte, en croissant au milieu, en barillet vers la périphérie, indi quant une surcorrection des parties périphériques.

( Œil droit de Mme S , emmétrope, avec + 3,5. Flamme à L'infini. )

étaient déformées en croissant, les ombres périphériques en barillet (Fig. 75). Ceci est probablement dû à une forme spéciale de la cornée, où la partie centrale est presque sphérique, et où l'aplatissement vers la périphérie survient brusquement.

L'examen de la distribution de la lumière dans les cercles de diffusion confirmait en général le résultat de l'examen à la grille (Fig. 76).

L'optomètre de Young fournit une troisième méthode pour constater l'existence de l'aberration. La figure 77,1 montre la forme que prend la ligne, vue à travers les quatre fentes, lorsque l'œil a une aberration prononcée. En comparant cette figure à la fig. 67 de Young, on voit que ce dernier a réussi cette expérience beaucoup mieux que j'ai pu le faire. Dans sa figure, les quatre lignes restent distinctes partout, tandis que dans la mienne elles se confondent vers

I Fig. 76. T. II

Fig. 76. Distribution de la lumière du cercle de diffusion dans un œil à forte aberration ( Antonelli ). I avec + 4,5. II avec — 7,00.

Fig. 77. T.

Intersection des lignes de l'optomètre.

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