‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 105 sur 552 · Matth., :xiv, ai. 2. De Ch-it.Dei.Yih.XlV.CAp.XMi · texte numérisé non relu

Matth., :xiv, ai. 2. De Ch-it.Dei.Yih.XlV.CAp.XMi

I'l2 PANWiVRIQl'E

3 eux, qu'ils a\ aient aveuglés par leur amour-propre. C'est ce que nous voyons en la personne de notre apôtre. Il a vu que son amour Favait trompé. Il se figurait Cju'il était ferme parce qu'il se sentait ardent, et il se fiait sur cette ardeur ; mais, ayant reconnu par expérience que cette ardeur n'était pas constante tant que la nature s'en mêlait, il a purifié son cœur pour n'y laisser brûler que la charité toute seule. Et la raison en est évidente : car, de même que, dans la comparaison que j'ai déjà faite d'un homme dispos qui court dans la même carrière avec un autre pesant et tardif, l'expérience ayant appris au premier que le second l'empêche et le fait tomber, l'oblige aussi à rompre les liens qui l'attachaient avec lui ; ainsi, l'apôtre saint Pierre ayant reconnu que le mélange des sentiments naturels rendait sa charité moins active, et enfin en avait éteint toute la lumière, il a séparé bien loin toutes ces affections qui venaient du fonds de la nature, pour laisser aller la charité toute seule. Que me sert, disait-il en pleurant amèrement sa chute honteuse, que me sert cette ardeur indiscrète à laquelle je me suis laissé séduire ? II faut éteindre ce feu volage, qui s'exhale par son propre effort et se consume par sa propre violence, et ne laisser agir en mon âme que celui de la charité, qui s'accroît continuellement par son exercice. C'est ce (pii lui fait dire, aussi bien qu'à son collègue saint Paul : « Si nous avons connu Jésus-Christ selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus de cette sorte : Et si cognov'imns seciindiDn carncni CJirhtum, sed nunc javi non novlnuis\ » La chair, cjui se plaît dans la pompe du monde, ne veut voir Jésus-Christ que dans sa gloire, et ne peut supporter son ignominie ; mais la charité ne l'aime pas moins sur le Calvaire que sur le Thabor ; et je devais avoir dit du premier ce que j'ai dit autrefois de l'autre : « 11 nous est bon d'être ici : Boniim est nos hic Cffsc '. »

\'oiIà donc saint Pierre changé, et sa chute l'a rendu savant. Car, sachant qu'un empire très noble et très souverain était préparé à notre Sauveur, il ne pouvait comprendre qu'il le pût jamais conserver au milieu des

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