‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 106 sur 552 · II Cor., v^iù. -2. Muttb., :cvii · texte numérisé non relu

II Cor., v^iù. -2. Muttb., :cvii

ignominies auxquelles il disait si souvent lui-même que sa sainte humanité était destinée : si bien que, ne pouvant concilier ces deux vérités, le désir ardent qu'il avait de voir Jésus-Christ régnant l'empêchait de reconnaître Jésus-Christ souffrant. Mais sa chute Ta désabusé de cette erreur ; car, dans la chaleur de son crime, ayant senti son cœur amolli par un seul regard de son maître, il est. convaincu par sa propre expérience qu'il n'a rien perdu de sa puissance, pour être entre les mains des bourreaux. Il voit ce Jésus méprisé, ce Jésus abandonné aux soldats, régner en victorieux sur les cœurs les plus endurcis. Il croyait qu'il perdrait son empire parmi les supplices ; et il sent par expérience que jamais il n'a régné plus absolument. Ses yeux, C|uoique déjà tout meurtris, ne laissent pas, par un seul regard, de faire couler des larmes amères. Ainsi, persuadé par sa chute et par les larmes de sa pénitence que le royaume de Jésus-Christ se conserve et s'établit par sa croix, il purifie son amour par cette pensée ; et lui, qui avait tant de répugnance à considérer Jésus-Christ en croix, reconnaît avec une fermeté incroyable que son règne et son pouvoir est en la croix. « Que toute la maison d'Israël sache donc très certainement que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié : Certissime sciât ergo omnis doinus Israël quia et Dominum eiun et Christian fecit Deiis liunc Jesnm (luern vos interemislis \ ■»

Voilà donc saint Pierre chanué, le voilà fortifié par la pénitence. Son amour n'est plus faible, parce qu'il n'est plus présomptueux ; et il n'est plus présomptueux, parce que ce n'est plus un amour mêlé des inclinations naturelles, mais une charité toute pure, laquelle, comme dit saint Paul ", n'est jamais superbe ni ambitieuse. Cet amour imparfait et son orgueil tout ensemble ont été brisés par sa chute ; et, étant devenu humble, il devient ensuite invincible. Il n'avait pas eu la force de résister à une servante, et le voilà qui tient tête à tous les magistrats de Jérusalem. Là, il n'ose pas confesser son maître ; ici, il répond constamment que non seulement il no veut pas, mais encore qu'il ne peut pas refuser sa

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