PURIFICATION DE LA SAINTE VIERGE
mais, nous l'avons déjà fait remarquer (t. III, p. 594), le sermon du Louvre pour la Purification, au lieu d'être le dernier que l'auteur ait résumé par écrit, est le premier de la période suivante ; et le sommaire qu'on y rapportait est celui d'un sermon perdu, composé sur !e même plan, l'année précédente, pour le carême des ("armélites.
Le présent discours, comme tous ceux de la station royale, a été composé avec une application que justifiait la solennité des circonstances. Nous rencontrerons en quelques endroits les traces d'un brouillon antérieur à la rédaction déiinitve (3*' point, fo^* llf), 116). Dès le début, on se trouve en face d'un double avant-propos. Les modifications apportées à la première rédaction paraissent d'abord si peu significatives, qu'on hésite ici à reconnaître laquelle des deux pages contient la dernière expression de la pensée de Bossuet. Mais, une fois que, par un examen approfondi des ratures et de la conformation même des deux manuscrits, on a déterminé ce point important (et cela dans un sens contraire aux conclusions de Lâchât et même de Gandar) , on s'aperçoit que, jusque dans les moindres détails, il n'y a rien d'indifférent. En condensant sa rédaction dans la plupart des corrections, en la développant au contraire par exception en quelques endroits, sur lesquels il croit devoir insister, l'orateur a pris une dernière fois ses sûretés. Plus préoccupé de fortifier son discours que de l'embellir, il se met au-dessus de tous les reproches, même de ceux qu'il serait seul sans doute à s'adresser, et il tâche de se rendre ce ministre parfait de la divine parole, dont saint Paul traçait le portrait à son disciple saint Tiniothée : Oi)ciarium incoiifusibilcm, recte tractantcni verbinn ccritatis. (II ïim., ii, 15.)
Tulcrunt illum in J erugaliitn ut siatercni cinn Domino.
(Luc, II, 22.)
r.e crucifiement ^ de Jésus-Christ a paru sur le Calvaire à la vue du monde ~, mais il y avait déjà longtemps que le mystère en avait été commencé et se continuait invisibleinent. Jésus-Christ n'a jamais été sans sa croix, parce qu'il n'a jamais été sans avancer l'œuvre ^ de notre salut. Ce roi pense sans relâche "* aux biens de ses peuples; ce médecin a l'esprit toujours occupé des besoins et des faiblesses de ses malades ; et comme ni ses peuples ne peuvent être soulagés, ni ses malades guéris que par sa croix, par ses clous et par
1. Pour la première réduction, voir <lf sur le Calvaire. (Cette deniiôre
ù la fin du sermon, p. 171. v:iriaiite est condauinée.)
'2. Var. : a paru publiquement sm- :;. Var. : l'ouvrage.
k Calvaire, — a paru à tout le mou- 4. Var. : a toujours peaaé.
ses blessures, il a toujours porté devant Dieu tout l'attirail et toute l'horreur de sa Passion douloureuse. Nulle paix, nul repos pour Jésus-Christ; travail, accablement, mort toujours présente ; mais travail enfantant les hommes, accablement réparant nos chutes, et mort nous donnant la vie.
Pour dire quelque chose de plus haut, nous apprenons de F Apôtre que Jésus-Christ, en entrant au monde, s'était offert à son Père pour être la victime du genre humain. Mais ce qu'il avait fait dans le secret dès le premier moment de sa vie, il le déclare aujourd'hui par une cérémonie publique en se présentant à Dieu devant ses autels : de sorte que, si nous savons pénétrer ce qui se passe en cette journée, nous verrons des yeux de la foi Jésus-Christ demandant sa croix au Père éternel, et le Père qui, prévenant la fureur des Juifs, la lui met déjà sur les épaules ; nous verrons le Fils unique et bien-aimé qui prie son Père et son Dieu qu'il puisse porter tous nos crimes, et le Père en même temps qui les lui applique si intimement que le Fils de Dieu paraît tout à coup revêtu devant Dieu de tous nos péchés et, par une suite nécessaire, investi de toute la rigueur de ses jugements, percé de tous les traits de sa justice, accablé de tout le poids de ses vengeances ^.
Voilà, Messieurs, l'état véritable dans lequel le Sauveur Jésus s'offre pour nous en ce jour ; c'est de là qu'il nous faut tirer quelque instruction importante pour la conduite de notre vie. Mais la sainte \ ierge ayant tant de part dans ce mystère admirable, gardons-nous bien d'y entrer sans implorer son secours par les paroles de l'Ange : Ave.
[P. 1] C'eut un discours véritable, dit le saint Apôtre', et digne d'être reçu en toute humilité et respect, que Jésus-Christ est venu au monde pour délivrer les pécheurs ; et que, pour être le sauveur du genre humain, il en a voulu être la victime. Mais l'unité de son corps mystique fait que, le chef s'étant immolé, tous les niembres doivent être aussi des hosties vivantes: ce
l.Ici.s'ari'étc la seeoude rédaction. niodilicalion. Ce qui suit est conservé sans aucune 2. 1 Tim., I, 10.
Pt'RIFICATIOV DR I \ SAINTK VIERGE. 153
qui fait dire à saint Augustin ^ que l'Église catholique apprend tous les jours, dans le sacrifice qu'elle offre, ([u'elle doit aussi s'offrir elle-même avec Jésus-Christ, <|ui est sa victime; parce qu'il a lellement " disposé les choses, (jue lail ne peut avoir part à sou sacrifice, s'il ne se consacre ?n lui et par lui pour être un sacrifice agréable.
Comme cette vérité est très importante et comprend le fondement principal du culte que les fidèles doivent rendre à Uieu dans le Nouveau 'restament, il a plu aussi à notre Sauveur de nous en donner une belle preuve dès le commencement de sa vie. Car, Chrétiens, n'admirez-vous [pas|, dans la solennité de ce jour, que tous ceux qui paraissent dans notre évangile nous y sont représentés par le Saint-Esprit dans un état d'immolation ? Siméon, ce vénérable vieillard, désire d'être déchargé de ce corps mortel ; Anne, victime de la pénitence, [tarait toute exténuée par ses abstinences et par ses veilles '' ; mais surtout la bienheureuse [p. 2] Marie, apprenant du bon Siméon qu'un glaive tranchant percera son âme, ne semble-t-elle pas être déjà sous le couteau du sacrificateur? Et comme elle se soumet en tout aux ordres et aux lois de Dieu avec une obéissance profonde, n'entre-t-elle pas aussi dans la véritable disposition d'une victime immolée? Quelle est la cause, Messieurs, que tant de personnes concourent à se dévouer à Dieu conmie des hosties, si ce n'est que, son Fils unique, pontife et ho.^,tie tout ensemble de la nouvelle alliance, conunençant en cette journée à s'offrir lui-même à son Père, il attire tous ses fidèles à son sentiment, et répand, si je puis parler de la sorte, cet esprit fl 'immolation sur tous ceux qui ont part à son mystère ?
C'est donc l'esprit de ce mystère, et c'est le dessein de notre évangile, de faire entendre aux fidèles qu'ils doivent se sacrifier avec Jésus-Christ. Mais il faut aussi qu'ils apprennent de la suite du même mystère et de la doctrine du même évangile par quel genre de sacrifice ils pourront se rendre agréables. C'est pourquoi
1. Du CiriL Ut'i. Jib. X, cap. xx. 3. Var. : par les :ihstiueucL-s et par
-. Var. : ce divin Sauveur a telle- les veilles, meut.
15i' CARÊME DU LOUVRE.
Dieu agit en telle manière dans ces trois personnes sacrées qui paraissent aujourd'hui dans le Temple avec le Sauveur, que, faisant toutes, pour ainsi dire, leur ohlation à part ^, nous pouvons recevoir de chacune d'elles une instruction particulière. Car, comme notre iraour-propre nous fait appréhender ces trois choses comme les plus grands de tous les maux, la mort, la douleur, [p. 3] la contrainte, pour nous inspirer des pensées plus fortes, Siméon, détaclié du siècle", immole Tamour de la vie ; Anne, pénitente et mortifiée, détruit devant Dieu le repos des sens; et Marie, soumise et obéissante, sacrifie la liberté de l'esprit. Par où nous devons apprendre à nous immoler avec Jésus-Christ par trois genres de sacrifice : par un sacrifice de détachement, en méprisant notre vie; par un sacrifice de pénitence, en mortifiant nos appétits sensuels ; par un sacrifice de soumission, en captivant notre volonté ; et c'est le sujet de ce discours.
Premier Point.
Quoique l'iiorreur de la mort soit le sentiment universel de toutes les créatures vivantes'', il est aisé de reconnaître que l'homme est celui des animaux qui sent le plus fortement cette répugnance. Et encore que je veuille bien avouer que ce qui nous rend plus timides*, c'est que notre raison prévoyante ne nous permet pas d'ignorer ce que nous avons sujet de craindre, il ne laisse pas d'être indubitable que cette aversion ' que nous avons pour la mort vient d'une cause plus relevée ^. En effet, il faut penser, Chrétiens, que nous étions nés pour ne mourir pas ; et si notre crime nous a séparés de cette source de vie immortelle, il n'a pas tellement romi)u les canaux par lesquels elle coulait avec abondance, (ju'il n'en soit tombé sur nous quelque goutte, qui, nourrissant cti nos cœurs fp. 4] cet amour
1. Y;iT. : que fai.-iaiit leur oblutiou respiic ;i part... 4. Var. : plus appréheu-sifs.
"2. Editeurs (même G^audar) : du . .5. Édit. : aversion prodigieuse. —
siècle pré.^eut. — Le dernier mot est Kpithete supprimée, effacé. C. Var. : plu.s haute.