‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 120 sur 552 · PURIFICATION DE LA SAINTE N IRROE · texte numérisé non relu

PURIFICATION DE LA SAINTE N IRROE

raisonnable faite à l'iinage de Dieu. Elle boit d'une eau étrangère, lors(iu'elle va })ui.ser le plaisir flans les objets de ses sens ; et le Sage lui veut (aire entendre qu'elle ne doit pas sortir d'elle-même, ni détourner les eaux de ([uelque montagne écartée, puisqu'elle ' a en son propre fonds une source " immortelle et inépuisable.

Il faut donc entendre, Messieurs, cette belle et sage pensée. La source flu véritable plaisir, qui fortifie le cœur de riiomme, qui l'anime dans ses desseins et le console dans ses disgrâces, ne doit pas être cherchée hors de nous, ni attirée en notre âme par le ministère des sens ; mais elle doit jaillir au dedans du cœur, toujours pleine, toujours abondante. Et la raison. Chrétiens, se prend de la nature de l'âme, qui, ayant sans doute ses sentiments propres, a aussi par conséquent ses plaisirs à part ; et qui, étant seule capable de se réunir à l'origine du bien et à la bonté primitive, qui n'est autre chose que Dieu, ouvre en elle-même, en s'y appliquant, une source toujours féconde de [jlaisirs réels, lesquels certes quiconque a goûtés^, il ne i)eut presciue plus goûter autre chose, tant le [p. 2] goût en est délicat, tant la douceur en est ravissante.

D'où vient donc que le sentiment de ces plaisirs immortels est si fort éteint dans les hommes? Qui a mis à sec, qui a corrompu, qui a détourné cette l)elle source? D'où vient que notre âme ne sent presque plus par les facultés qui lui sont propres, par la raison, par l'intelligence, et que rien ne la touche ni ne la délecte que ce (jue ses sens lui présentent? Et en effet, Chrétiens, ciiose étrange, mais trop véritable! quoique ce soit à l'esprit de connaître la véiùté "', ce qui ne se connaît (\ue par l'esprit nous paraît un songe. Nous voulons \()ir, nous voulons sentir, nous voulons toucher. Si nous écoutions la raison, si elle avait en nous quelque autorité, avec f[uelle clarté nous ferait-elle connaître^ que ce <iui est dans la matière n'a qu'une ombre d'être qui se dissipe, et que rien ne subsiste effectivement ° ({ue ce c[ui

1. Var. : détourner de bien loia les pies, t. VIT, litmarques. eaux, puisque... 4. Var. : à connaître.

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