‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 133 sur 552 · Var. : et vous me répondez · texte numérisé non relu

Var. : et vous me répondez

5. Yar. : et ceci nu'-rite que nous y pensions : c'est que les fidèles s'imaginent être sans erreur, quand ils ne s'opposent pas directement aux vérités chrétiennes, ou qu'ils ne donnent pas audie:ice à ceux (jui de propos délibéré établissent des opinions dangereuses. Mais il ini)ioi-te que nous entendions au jourd'ii ni que l'erreur nous gagne en deux sortes...

G. Yar.: ce inaitre dangereux tient école.

SIR i,A i>ni';nirATiON KV.wciLiLiQrF,. 170

sans dognialiser : il a ^^a inétliode particulière de ne lirouver pas ses maximes, mais de les imprimer sai; s ({iTon y pense ; autant d'honunes qui nous parlent, autant d'organes qui nous les inspirent : nos ennemis par leurs menaces, et nos amis par leurs bons olîices concourent également à nous donner de fausses idées du bien et du mal. Tout ce qui se dit dans les compagnies ^ nous recommande ou l'ambition, sans laquelle on n'est pas du monde, ou la fausse galanterie, sans laquelle on n"a point d'esprit", [p. 8J Car c'est le plus gra)id malheur des choses humaines, que nul ne se contente d'être insensé seulement pour soi, mais [on] veut ^ faire passer sa folie aux autres : si bien que ce qui nous serait inflifïerent, souvent, tant nous sommes faibles ! attire notre imprudente curiosité par le bruit qu'on en fait autour de nous. Tantôt une raillerie fine et ingénieuse, tantôt une peinture agréable d'une mauvaise action impose doucement à notre esprit. Ainsi, dans cet étrange empressement de nous entre-communiquer nos folies, les âmes les plus innocentes prennent quelque teinture du vice' ; et recueillant le mal deçà et delà dans le monde, comme à une table couverte de mauvaises viandes, elles y amassent^ peu à peu'', comme des humeurs peccantes, les eri-eurs qui offusquent notre intelligence. Telle est à peu près la séduction qui règne publiquement dans le monde ; de sorte que, si vous demajKÎez à Tertullien ce qu'il craint pour nous dans cette école : « Tout, vous répondra ce grand homme, jusqu'à l'air, qui est infecté par tant de mauvais discours, par tant de maximes corrompues^: Ipsuniquc ncrem, scclestis v()ci})us coustupratuni '^, »

1. Var. : dans le siècle. 3. Ms. : nul. nesecoutente..., m:\h

2. Ici ver ait d'abord la citation do. veut... — Cette étrange syntaxe est Tertullien, i envoyée ensuite un peu peiit-ftre intentionnelle.

].lus loin : « De sorte que si vou^ 4- Kdit. : et des maximes du siècle.

demandez à Tertullien... co)u»a(pm- — Ajouté dans l'interligne, mais

fum. « — Puis, cette transition, de- condamné ensuite.

venue inutile après le remaniement : iJ.Edit.: aussi. — Effacé (souligné).

(( Que dirai-je maintenant de ceux ('>. Var. : insensiblement.

tiui nous eng-agent dans l'estime des 7. Yav. : antichrétiennes. — Dans

biens péris-;d)les par l'ostentation la première rédaction, les variantes

de leurs délices et par la vanité .se présentaient en sens inverse.

qu'ils en tirent ? Car c'est le plus 8. De Spect., n. 27. — Ms. : Ipsum

grand malheur... « etlum.^.

180 CARÊME DU LOrVRE.

Sauvez-nous, sauvez-nous, Seigneiw, de la coutauion (U' ce siècle : « Sauvez-nous, disait le Prophète, parce (ju'il n'y a j^his de saints sur la terre, et ([ue les vérités ont été diminuées [p. 9J par la malice des enfants des hommes : Scdvnm vie jac, Domine, quonùnn dcfecit sanclus,(iuoni(nnd'nninuloc siint veriiates a filiis hominnm^ .•» Où il ne faut pas se ]>ersuadcr qu'il se plaigne des infidèles et des idolâtres ; ceux-là ne diminuent pas seulement les vérités, mais ils les méconnaissent * : il se plaint (les enfants de Dieu, qui, ne les pouvant tout à fait éteindre, à cause de leur évidence, les retranchent et les diminuent au gré de leurs passions. Car le monde n'a-t-il pas entrepris de faire une distinction entre les vices ? Il y en a que nous laissons volontiers dans l'exécration et dans la haine publique, connne l'avarice, la cruauté et la perfidie ; il y en a que nous tfichons de mettre en honneur, comme ces passions délicates Cju'on appelle les vices des honnêtes gens. INIaliieureux, qu'ent reprenez-vous ? « Jésus-Christ est-il divisé ? Divlsus est Christus'^? » Que vous a-t-il fait, ce Jésus-Christ, que vous le déchirez hardiment et défigurez sa doctrine par cette distinction injurieuse ? Le même Dieu qui est le protecteur de la bonne foi n'est-il jias aussi ' l'auteur de la temi)érance ? Jésus-Chrîd est tout sagesse, dit Tertullien, tout lumière, tout vérité ; pourquoi le partagezvous par xiotre mensonge, comme si son saint Évangile n'était qu'un assemblage monstrueux de vrai et de faux, comme si * la Justice même avait laissé quelque crime qui eût écliappé à sa censure : Quid dimidias mcndacio Cinistum ? Totus veritas fuit^.

[P. 10] D'où vient ' un si grand désordre, si ce n'est que les vérités sont diminuées : diminuées dans leur

l.Ps. XI, 2.

Page 1