Var. : parce qu'on les ravilit
J82 C AH KM F, nu LOUVRE.
Deuxième Point.
[P. llj Lorsque la vérité jugera les hommes, il ne faut ])as croire, Messieurs, ni qu'elle paraisse au dehors, ni qu'elle ait besoin, pour se faire entendre, de sons distincts et articulés. Elle est dans les consciences, je dis même dans les consciences des plus grands pécheurs ; mais elle y est souvent oubliée durant cette vie \ Qu"arrivera-t-il après la mort ? La vérité se fera sentir, et l'arrêt en même temps sera prononcé. Quelle sera cette surprise, combien étrange et combien terril;le, lorsque ces saintes vérités ^, auxquelles les pécheurs ne pensaient jamais, et qu'ils laissaient inutiles et négligées dans un coin de leur mémoire, envoieront tout d'un coup à leurs yeux un trait de flamme si vif, qu'ils découvriront d'une même vue la loi et le péché confrontés ensem})lc ; et que, voyant dans cette lumière l'énormité de l'un par sa dissonance' avec l'autre, ils reconnaîtront en tremblant la honte de leurs actions et l'équité de leur supplice !
Sachant cela. Chrétiens, « nous '' venons enseigner aux hommes la crainte de Dieu : Scicntcs ergo, tiitiorcm Domini hominibus suademus ^.» Nous venons les exhorter de sa part qu'ils souffrent qu'on les entretienne des vérités de l'Évangile, et qu'ils préviennent ° le trouble de cette attention forcée par une application volontaire.
[P. 12] Vous qui dites f[ue vous savez tout et que vous n'avez pas besoin qu'on vous avertisse, vous montrez bien par un tel discours que même vous ne savez pas quelle est la nature de votre esprit. Esprit humain, abîme infini, trop petit pour toi-même et trop étroit pour te comprendre tout entier, tu as des conduites si
1. Var. : mais elle y est oubliie. non?.., — Supprinié. cette fois : d'ail-
2. Passade souligné, mais pour leurs cette ligne faisait double eml'importance. 11 ne Ta pas été en ploi avec les mots qui précédent, même temps que ceux qui sont efFa- 5. 1 1 Cor., y, 11.
ces : le trait n'est ])as de même encre. (î. Yar. : et de prévenir. — !Mais, à
.3. ((Répugnance «est écrit au-des- la ligne précédente, rfe .«oii/fr/r est
PUS de ce mot. mais souligné, comme effaré: peut-être parce que Fauteur
si Bossuet hésitait h le j)référer :'i ce- avant mis d'abord : Nous venons les
lui qu'il avait écrit en premier lieu. ariiiir- (au lieu â'e.rJiortcr). il y avait
4. Edit. : je reviens encore à l'A- une vraie cacophonie de verbes de
pôtre, étant persua(3és de ces choses. la seconde conjugaison.
SIR I,\ PRÉOK ATION ÉVANrirsi.IQlE. 183
envel()]ipées, ries retraites si profondes et si tortueuses dans les(|uelles tes connaissances se rocMcnt, que souvent tes propres lumières ne te sont pas plus présentes ([ue celle[s] des autres. Souvent ce que tu sais, tu ne le sais pas ; ce qui est en toi est loin de toi ; tu n'as pas ce que tu possèdes : Ergo aimnitii ad hahendiini scîp:<nm angustii.'i est, dit excellemment saint Augustin^. Prouvons ceci par quelque exemple.
En quels antres profonds s'étaient retirées les lois de riiumanito et de la justice, cjue David savait si parfaitement, lorsqu'il fallut lui envoyer Nathan le propb.ète pour les rappeler en sa mémoire ? Nathan lui parle. Na than l'entretient^, et il entend si peu ce qu'il faut entendre, qu'on est enfin contraint de lui dire : O prince ! c'est à vous qu'on parle*; parce ciu'enchanté par sa l)assion et détourné par les affaires, il laissait la vérité dans l'oubli, [p. 13] Alors savait-il ce qu'il savait ? entendait-il ce qu'il entendait ? Chrétiens, ne m'en croyez pas ; mais croyez sa déposition et son ténioignage. C'est lui-même qui s'étonne que ses propres lumières l'avaient quitté dans cet état malheureux : Luwcn oculorum mcorum et ipsuin non est mecum''. Ce n'est ])as une lumière étrangère, c'est la lumière de mes yeux, (le mes propres yeux, c'est celle-là même cpie je n'avais I)lus. Écoutez, homnie savant, homme habile en tout, (|ui n'avez pas besoin qu'on vous avertisse ; votre propre connaissance n'est pas avec vous, et vous n'avez pas de lumière. Peut-être que vous avez la lumière de la science, mais vous n'avez pas la lumière de la réflexion ; et, sans la hnnière de la réflexioi!, la science n'éclaire pas et ne chasse point les ténèbres '.
Ne me dites donc pas. Chrétiens, que vous avez de la connaissance, que vous êtes fort bien instruit[sj des vérités nécessaires. Je ne veux point vous contredire dans
1. Var. : connue*. ;i. dt■^i notions jiénérale.s; et (^uoiiiu'il
2. Coiif.. lib. X, cap. viii. commence à s'éveiller, il entend si '■>. Ce n'est pas ici nue variante, la peu...
répétition est voulue. — Première 4. II Reg., Xii, 7.
réduction: Considérez, Chrétiens, 5. Ps. XX X'VI f, 1 1.
pendant que ce ])rophéte lui parle, (i. Var. : et l'esprit est dans les
comme il revient peu à peu à soi, ténèbres.
comme il passe d'un profond oubli
1184 TNnF.ME ni; i.olvre.
cett» pensée \ Eh bien! vous avez des yeux, mais ils sont fermés; les vérités de Dieu sont dans votre esprit comme de grands flambeaux, mais qui sont éteints. lia ! souffrez qu'on vienne ouvrir ces yeux ai)pesantis par le sonuneil, et qu'on les applique à ce qu'il faut voir. Souffrez que les prétlicateurs de l'Évangile vous parlent des vérités de votre salut ; afin que la rencontre bienheureuse de vos pensées et des leurs excite en votre âme la réflexion, comme une étincelle de lumière qui rallumera ces flambeaux éteints, et les mettra devant vos yeux pour les éclairer : autrement, toutes vos lumières vous sont inutiles ".
[P. 14 j Et en effet, Chrétiens, combien de fois nous sommes-nous plaint [s] que les choses que nous savons ne nous viennent pas dans l'esprit ; que l'oubli, ou la surprise, ou la passion ^es rend sans effet '^ ! Par consécjuent apprenons que les vérités de pratique doivent être souvent remuées, souvent agitées par de continuels avertissements ; de peur que, si on les laisse en repos, elles ne perdent l'habitude de se présenter et ne demeurent sans force, stériles en aft'ections, ornements inutiles de notre mémoire.
Ce n'est pas pour un tel dessein que les vérités du salut doivent être empreintes dans nos esprits. Ces saintes vérités du ciel ne sont pas des meubles curieux et superflus, qu'il suffise de conserver dans un maoasin ; ce sont des instruments nécessaires,qu'il faut avoir,pour ainsi dire, toujours sous la main et que l'on ne doit presque jamais cesser de regarder*, parce qu'on en a toujours besoin jiour agir ^.
Et toutefois, Chrétiens, il n'est rien, pour notre malheur, qui se perde si tôt dans nos esprits que les saintes vérités du christianisme. Car, outre qu'étant détachées des sens, elles tiennent ]^eu à notre méinoire, le mépris injurieux que nous en faisons nous emi)êche de prendre à cœur de les pénétrer connue il faut : au contraire,
1. :M. Lâchât nllcfrue ici une )iré- '2. Edit. : ne voii< sont (ju'imitilcs. tendue 7iote marginale de dix ligne? : — Ms. : ne vous sont inutiles. '.( Bien loin de vous accorder... dans 3. Var. : nous lesont rendues innées vastes replis de votre mémoire. n tiles.
C'est un fragmetit de la première 4. Yar. : cesser de voir, — jamais
rédaction, que nous donnerons in- perdre de vue.
extenso ci-après. ô. Var. : pour l'action.
SIR LA PREDirATION EVANCiEI.IQTR. 1 "o
nous sommes bien aises de les éloigner par une malice affectée : « Ils ont résolu, dit le saint Prophète, de détourner leurs yeux sur la terre : Oculos suos stntucj'unt dcclinare in terram \ » Remarquez : Ils ont résolu " : [p. 10] c'est à dire que, lorsque les vérités du salut se présentent à nos yeux pour nous les faire lever au ciel, c'est de propos délibéré, c'est par une volonté déterminée que nous les détournons sur la terre, que nous les arrêtons sur d'autres objets ; tellement qu'il est nécessaire C{ue les prédicateurs de FËvanuile, par des avertissements chrétiens comme par une main invisible, les tire[nt] de ces lieux profonds où nous les avions reléguées, et les ramène [nt] de loin à nos yeux qui les voulaient perdre.
Aidez-les vous-mêmes, Messieurs, dans une œuvre si utile pour votre salut : pratiquez ce que dit l'Ecclésiastique : Verhum sapiens quodcumquc audierit seins,