Eccl., IX, 11. 9. Ps. LU
222 CARÊME L'fJ I.fU VRF,.
Oui. OUI ce taoieau a son pci';f. n'en doutez pas; et !e môme Fxclésiaste. qui nous a découvert la contu>ion, Dous mènera aussi à l'endroit par où nous contemplerons l'ordre du monde. J'ax "Jii, dit-il. sous le soleil l'impiété en la place du jugement, et l'iniquité dans le rang ' que devait tenir [p. 5] la justice ^ ; c'est-à-dire, si nous l'entendons ', l'iniquité sur le tribunal, ou même l'iniquité dans le trône où la seule justice doit Ctre placée. Elle ne pouvait pas monter plus haut ni occuper une place qui lui fût moins due. Que pouvait penser Salomon en considérant un si grand désordre? Quoi? que Dieu abandonnait les choses humaines sans conduite et sans jugement * ? Au contraire, dit ce sage prince, en voyant ce renversement, a aussitôt j'ai dit en mon cœur : Dieu jugera le juste et l'impie, et alors ce sera le temps de toutes choses * : Et tempus oinnis rei tune erit " ».
Voici, Messieurs, un raisonnement digne du plus sage des hommes : il découvre dans le genre humain une extrême confusion; il voit dans le reste du monde un ordre qui le ravit ' ; il voit bien qu'il n'est pas possible que notre nature, qui est la seule que Dieu a faite à sa ressemblance, soit la seule qu'il abandonne au hasard ; ainsi, convaincu par raison qu'il doit y avoir de l'ordre parmi les hommes, et voyant par expérience qu'il n'est pas encore établi, il conclut nécessairement que l'homm.e a quelque chose à attendre. Et c'est ici, (Chrétiens, tout le mystère du conseil de Dieu'; c'est la grande maxime d'état de la politique du ciel. Dieu veut que nous vivions au milieu du temps dans une attente perpétuelle de l'éternité, il nous introduit dans le monde, où il nous fait paraître un ordre admirable pour montrer que son [p. 6] ouvrage est conduit avec sagesse, où il laisse de dessein formé quelque désordre apparent pour montrer qu'il n'y a pas mis encore la
1 "Var. en !a place non
2 Le latin en rcarge : ''idi... m 4 Var • laissait errer les cbofea ioco judicit tmpitcatem, et in loco humaines au hasard et a la fortune .-' j'i!Hixœ tniqut'.atem El dxxi... Ju- ô Var : de chaque chose stwnetxmptumjudxcabtt Deui,et :em- t' Eccl., :ii 17
pus omnu rei tune erit (Ecc!, i;;, 7 Un ordre admirable.
l^i l".i 8 Vc'.r. p 234,r.ne preaiièrtrédao-
i Voir p 233, uce première rédac- tion.
SLTÎ LA PROVIDENCE. 223
dernière main. Pourquoi? Pour nous tenir toujours en attente du grand jour de l'éternité, où toutes ciioses seront démêlées par une décision dernière et irrévocable, où Dieu, séparant encore une fois la lumière d'avec les ténèbres, mettra, par un dernier jugement, la justice et l'impiété dans les places qui leur sont dues, « et alors, dit Salomon, ce sera le temps de chaque chose : Et tempus omnis rei tune erit ».
[P. 7] Ouvrez donc les yeux, ô mortels ' : c'est Jésus-Christ qui vous y exhorte dans cet admirable discours qu'il a fait en saint Matthieu, vi, et Luc, xii, dont je vais vous donner une paraphrase. Contemplez le ciel et la terre, et la sage économie de cet univers. Est-il rien de mieux entendu que cet édifice? est-il rien de mieux pourvu que cette famille? est-il rien de mieux gouverné que cet empire? Cette puissance suprême, qui a construit le monde et qui n'y a rien fait qui ne soit très bon, a fait néanmoins des créatures meilleures les unes que les autres. Elle a fait les corps célestes, qui sont immortels * ; elle a fait les terrestres, qui sont périssables ; elle a fait des animaux admirables par leur grandeur ; elle a fait les insectes et les oiseaux, qui semblent méprisables par leur petitesse ; elle a fait ces grands arbres des forêts, qui subsistent ^ des siècles entiers ; elle a fait les fleurs des champs, qui se passent du matin au soir. Il y a de l'inégalité dans ses créatures, parce que cette même bonté, qui a donné l'être aux plus nobles, ne l'a pas voulu envier aux moindres. Mais, depuis les plus grandes jusqu'aux plus petites, sa providence se répand partout. Elle nourrit les petits oiseaux, qui l'invoquent dès le matin par la mélodie de leur [s] chants ; et ces fleurs, dont la beauté est si tôt flétrie, elle les habille si superbement durant ce petit moment de leur être, que Salomon, dans toute sa gloire, n'a rien de comparable à cet ornement. Vous, hommes, qu'il a faits à son image, qu'il a éclairés de sa connais-
1. Cette phrase est une addition ne seront jamais détruits (Voy., an marginale. contraire, le sermon du ]« dimaucbe
2. Idée transmise par les anciens, de l'A vent, 1669, Hora est), mai-t mais que rienn'autorise à croire sou- qu'ils ne se ruineront pas d'euxtenable. D'ailleurs Bossuet ne pré- mêmes.
tend pas dire que les corps célestes ;i. Var. : qui durent.
gance, qu'il a appelés à son royaume, pouvez-vous croire (}u"il vous oublie, et que vous soyez les seules de ses créatures sur lesquelles les [p. 8j yeux toujours vigilants de sa providence paternelle ne soient pas ouverts? Nonne vos inagis pluris estis illis ' ?
Que s'il vous paraît quelque désordre, s'il vous semble ((ue la récompense court trop lentement à la vertu, et que la peine ne poursuit pas ^ d'assez près le vice, songez à l'éternité de ce premier Ktre : ses desseins, conçu? dans le sein immense de cette immuable éternité, ne dépendent ni des années ni des siècles, qu'il voit passer devant lui comme des moments^; et il faut la durée entière du monde pour développer tout à fait les ordres d'une* sagesse si profonde. Et nous"', mortels misérables, nous voudrions, en nos jours qui passent si vite, voir toutes les œuvres de Dieu accomplies ! Parce que nous et nos conseils sommes limités dans un temps si court, nous voudrions que l'Infini se renfermât aussi dans les mêmes bornes, et qu'il dé])loyiU en si peu d'espace tout ce que sa miséricorde prépare aux bons et tout ce que sa justice destine aux méchants ! Il ne serait pas raisonnable : laissons agir l'Éternel suivant les lois de son éternité, et, bien loin de la réduire à notre mesure, tâchons d'entrer plutôt dans son étendue: Jungere œternitntl Dei, et cum illo oeternus esto ^.
[P. 91 Si '' nous entrons, Chrétiens, dans cette bienheureuse liberté d'esprit, si nous mesurons les conseils de Dieu selon la règle de l'éternité, nous regarderons .sans impatience ce mélange confus des choses humaines. Il est vrai, Dieu ne fait pas encore de discernement entre les bons et les méchants; mais c'est qu'il a choisi son jour arrêté, où i! le fera paraître tout entier à la face de tout l'univers, quand le nombre des uns et des autres sera complet. C'est ce qui a fait dire .^ Tertuîlien ces excellentes paroles : a Dieu., écrit-il, ayant remis
]. Matth., VI, 26. Aag'JSt;r, • Attendis dits ti^os paucos,
'2. Var. • ne serre pas, — ne pult c! dxebus iuii paucis vit impleri om-
pas. — PonrfuH a, ce semble, été nia, ui davxnenlur ovtnes impii, et
ajouté après 1062. ccronmlur omne/ boni. {/nPe.cxi,
iî. Ces neuf mots sont une heu- n. 8 — M=. : Ps. LXX.wiii.)
reuse addition interlinéaire. C>. S Aug., in Ps. o.xi, ii. 8