‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 221 sur 552 · Deut , VI · texte numérisé non relu

Deut , VI

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d'être aimé'; et c'est une marque visible de l'essentielle pauvreté de la créature, ([u'elle soit obligée par son indigence de demander à ceux qui l'aiment autre chose que leur amour même. C'est donc le caractère d'un Dieu de n'exiger de nous que le pur amour; et ne lui offrir que ce seul présent, c'est honorer sa plénitude. On ne peut rien lui donner, encore qu'on lui doive tout; on impose ce tribut à son propre cœur \ D'où il est aisé de comprendre que l'amour est le véritable tribut par lequel on peut reconnaître un Dieu infiniment abondant. Kt ainsi ceux qui douteraient s'il est digne de Dieu de se faire aimer pourraient douter, [p. 6] par même raison, s'il est digne de Dieu d'être Dieu ; puisque le caractère de Dieu c'est de n'exiger rien de sa créature, sinon qu'elle l'adore par un saint amour".

Après cela, Chrétiens, quelqu'un peut-il s'étonner si un Dieu descend pour se faire aimer? Qu'il se fasse honnne, qu'il s'anéantisse, qu'il se couvre tout entier de chair et de sang, tout ce qui est indigne de Dieu devient digne de sa grandeur aussitôt qu'il tend à le faire aimer. Il voit du plus haut du ciel toute la terre devenue un temple d'idoles; on élève de tous côtés autel contre autel, et on excite sa jalousie en adorant de faux dieux. Ne croyez pas que je parle de ces idoles matérielles : les idoles dont je veux parler sont dans notre cœur. Tout ce cjue nous aimons désordonnément dans la créature, comme nous lui rendons par notre amour rhonnnage de Dieu, nous lui donnons aussi la place de Dieu, parce que nous lui en rendons l'hommage, qui est l'amour même. Comme donc ce ne peut être qu'un amour profane qui érige en nos cœurs toutes les idoles, ce ne peut être que le saint amour qui rende à Dieu ses autels, et qui le fasse reconnaître en sa majesté.

S'il est ainsi, ô Dieu vivant, venez attirer les cœurs ; venez régner sur la terre; en un mot, faites qu'on vous aime. Mais, afin qu'on vous aime, aimez; afi'i qu'on

1. Var : on tire de son propre cœur € C'est clans la piété que consiste de quoi s'acquitter en aimant. tout le culte de Dieu : et on ne l'ho-

2. Deforis s'est permis ici de for- nore, dit saint Ausrustin, qu'eu l'aititier la démonstration de Bossuet niant : Pietas ctiltas Dtl eut, iiec par une citation de saint Augustin, culitur ille n'ai (imando. » (Ep. CXL, doni il n'y a pas trace au manuscrit: u. 45. ]

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