POUR LA FÊTF DE L 'ANNONCIATION
VOUS trouve, cheirhez; afin qu'on vous suive, prévenez.
S'oici un autre embarras, il s'élève une nouvelle difficulté. Qu'il soit digne de Dieu de se faire aimer..., mais est [p. 7] -il digne de Dieu de prévenir l'amour de la créature ? Ha ! plutôt, que, pour honorer sa grandeur suprême, tous les cœurs languissent après lui, et ajirès il se rendra lui-même à l'amour! Non, Messieurs, il faut qu'il commence, non seulement à cause de notre faiblesse qui ne peut s'élever à lui qu'étant attirée, mais à cause de sa grandeur, parce cju'il est de la dignité du premier être d'être le premier à aimer et de prévenir les affections par une bonté surabondante.
Je l'ai appris de saint Augustin, que l'amour pur, l'amour libéral, c'est-à-dire l'amour véritable, a je ne sais quoi de grand et noble, qui ne veut naître que dans l'abondance et dans un cœur souverain ^ Pour quoi est fait un cœur souverain ? Pour prévenir tous les cœurs par inie bonté souveraine. Voulez-vous savoir, dit ce grand homme, quelle est l'affection véritable? « C'est, dit-il, celle qui descend, et non celle qvii remonte ; celle cjui vient de miséricorde, et non celle qui vient de misère ; celle qui coule de source et de plénitude, et non celle qui sort d'elle-même, pressée par son indigence : I}>i gnitior amor est, iihi non œstiiat indigenthe sicci' taie, sed iihertatc hencficentiœ profluit ~. « Ainsi la place naturelle de l'affection, de la tendresse et de la j)itié, c'est le cœur d'un souverain. Et comme Dieu est le souverain véritable, de là vient que le cœur d'un Dieu, c'est un cœur d'une étendue infinie'^, toujoin-s prêt à prévenir tous les cœurs, [p. 8] et plus pressé à donner par l'excès de sa miséricorde, que les autres à demander par l'excès de leur misère. Tel est le cœur d'un Dieu, et tel doit être le cœur de tous ceux qui le représentent. Il ne faut pas s'étonner si un cœur si tenrlre et si étendu fait volontiers toutes les avances, s'il n'attend pas qu'il soit prévenu, mais si lui-même aime le premier, comme dit l'apôtre saint Jean*, pour con-
1. Aildition marginale, renvoj-ée tate beiierolenthi' proflalt.
ilans les notes par Lâchât. 3. Var. : ainsi vous voyez que le
2. S, Aug., De catechiz. rud., n. 7. cœur d"un Dien. c'est un cœur d'une — Ms. : lUe (/rat ior est amor. qui non étendue infinie.
œ.ituat indigent ice siccitate, sed uber- 4. I Joan., IV, 19.
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server sa rlignité propre, et mar(iuer son inclépendance clans la lihéialité gratuite <ie son amour.
Voilà donc notre Souverain (jui veut être aimé, et pour cela qui nous aime pour attirer notre amour, 'i'elle est son intime disposition : voyons-en les effets sensibles. Il ^ se rabaisse, et il nous élève ; il se dépouille, et il nous donne; il perd en quelque sorte ce qu'il est, et il nous le communique. Comment perd-il ce quMl est? Appauvrissement, etc. '. Il est Dieu, et il craint de le paraître ; il l'est, et vous pouvez attendre t!e lui tout le secours qu'on peut espérer d'un Dieu; mais il cache tous ses divins attributs'^. Approchez avec la même franchise, avec la même liberté de cœur que si ce n'était qu'un homme mortel. N'est-ce pas véritablement vouloir être aimé? N'est-ce pas nous prévenir par im fjrand amour? Saint Augustin est admirable, et il avait bien pénétré toute la sainteté de ce mystère, quand il a dit qu'un Dieu s'est fait homme « [p. 9] par une bonté populaire : popnlnri qundnm chnncnt'ui *. •» Qu'est-ce qu'une bonté populaire? Elle nous paraît, Chrétiens, lorsqu'un grand, sans oublier ce qu'il est, se démet par condescendance, se dépouille, non point par faiblesse, mais par une facilité généreuse ; non pour laisser usurper son autorité, mais pour rendre sa bonté accessible, et parce qu'il " veut faire naître une liberté qui n'ôte rien du respect ^, si ce n'est le trouble et l'étonnement et cette première surprise que porte un éclat trop fort ^ dans une âme infirme. C'est ce qu'a fait le Dieu-homme; il s'est rendu populaire : sa sagesse devient sensible ; sa majesté, tempérée ; sa grandeur, libre et familière.
Et ^ pourquoi se défaire de ses foudres? pourquoi se dépouiller de sa majesté, et de tout l'appareil de sa re-
1. Defoiis, Veisailles, etc.: (( Il cisionénignialiqne: « AMoïse. O^aii nous donne son Fils unique... » En os. [Num.,xir, 8.] Comme un ami :\ insérant dans le texte cette addition un ami. Sous une forme étrangère, n marginale, restée inachevée, on rend — Idées :'i développer oralement. la plirase de Bossuet fort défec- l. Vont. Àcad., lib. III, n. 42. tueuse. Il désigne d'abord le Père, 5. Ms. : parce qui.
puis le Fils dans ce qui suit. Cette 6. Ms. : respec.
fois, M. Lâchât a bien vu la faute. 7. Var. : trop grand.
2. Le développement de cette idée 8. La fin du premier point est Be trouvait dans le sermon des Car- écrite sur une page de format diti'émélites "i* point (voy. t. III, p. 677). rent ajoutée sans numération. —
3. Addition marginale, d'une con- Note marginale: « Un certain retour
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doutable puissance ? C'e»t qu'il y a des conquêtes de plus d'une sorte, et toutes ne sont pas sanglantes '. Un prince justement irrité se jette sur les terres de son ennemi et se les assujettit par la torce; c'est une noble conquête, mais elle coûte du sang, et une si dure nécessité doit faire gémir un cœur chrétien ^ ; ce n'est pas de celle-là que je veux parler. Sans répandre du sang, il se fait faire justice par la seule fermeté de son courage, et la renommée en vole bien loin dans les empires étrangers : c'est quelque chose encore de plus glorieux. Mais toutes les conquêtes ne se font pas sur les étrangers : il n'y a rien de plus illustre que de faire une conquête paisible de son propre État. Conc}uérir les cœurs. Ce royaume caché et intérieur^ est d'une étendue infinie : il y a tous les jours de nouvelles terres à gagner, de nouveaux pays à conquérir, et toujours autant de couronnes. O que cette conquête est digne d'un roi! C'est celle de Jésus-Christ. Nous étions à lui par droit de naissance; il nous veut encore acquérir par son saint amour. Regnum Dei intra vos esf ^. Cet amour lui était du par sa naissance et par ses bienfaits; il a voulu le mériter de nouveau, il a voulu engager les cœurs par des obligations particulières. Tanquam fiUis dico, dilatamhn et vos ^. — Tonquam filiis : non pas comme des esclaves, mais comme des enfants, qui doivent aimer. Dilatez en vous le règne de Uieu : ôtez les bornes de l'amour, pour l'amour de .Jésus-Christ, qui n'a point donné de limites à celui qu'il a eu pour nous. Cet amour est libre, il est souverain : il veut qu'on le laisse agir dans toute son étendue, et qui le contraint tant soit peu, offense son indépendance. Il faut ou tout inonder ou se retirer tout
d'affection. un certaïc redoab!sn:onl I Var : c es*, que toutes les ccn-
de respect. i> — Première rédaction . quê'.es ce sont, pas sa::glar.te?.
Et que prétend-il. Chrétiens, ec se 2 Cette remarque est une addition
rabaissant de la sorte ? Ha ! la noble icterlméaire.
prétention ! il prétend conquérir se; 3 Addition icterlicéaire: bomme
. peuples et les gagner par amour intérieur — C'est sans doute una
Un prince peut-il conquérir ses peu correction incomplète. Toute cette
pies? Plusieurs ont conquis leurs fin du premier point e?t une esquls-
peuples, qui avaient secoué le joug se jetée à la hâte sur une feuille
(var. : leurs peuples rebelles) ; mai: détachée,
ce n'est pas ce que je veux dire : on 4. Luc , X vit, 21.
peut même conquérir des peuple- 5. IL Cor, vt, 13. — Mè. : Sicu(
soumis, en les... (inachevé). filiis.
Sfvmnnt (le Bossuet. — 1 V. 19
entier. Un petit point dans le cœur. Aimez autant que le mérite un Dieu-homme, et j)our cela, (.'luétiens, aimez dans toute l'étendue fju'a lait un Dieu-homme.
[P. 1} Jésus-Christ, semblable à nous, afin que nous îui fussions semblables (Voy. deuxième Carême, p. 6, 2" point').
Si vous demandez maintenant quel est l'esprit de Jésus, il est bien aisé d'entendre que c'est l'esprit de la charité. Un Dieu n'aurait pas été aimé comme il le mérite, si un Dieu ne l'avait aimé ; Tamour qu'on doit à un Dieu n'aurait pas eu un digne modèle, si un Dieu luimême n'avait été l'exemplaire". Venez donc apprendre de ce Dieu aimant dans quelle étendue et dans quel esprit il faut aim.er Dieu^.
L'étendue de cet amour doit être infinie. L'amour de notre exemplaire, c'est une adhérence sans bornes à la sainte volonté du Père céleste. Aimer Dieu, c'est tout son emploi * : Quœ placîta smii eî fncîo scmper^. Aimer Dieu, c'est tout son plaisir : Non *" qiispro vohintoiem meam, sed voluntatem eius qui misit me ^ . Aimer Dieu, c'est tout son soutien : « Meus cibus est [ut faciam voluntatem ejus qui misit v^e] ^ : Ma nourriture, dit-il, c'est de faire la volonté de mon Père » et d'accomplir son ouvrage. Il ne perd pas de vue un moment l'ordre de ses décrets éternels; à tous moments, il s'y abandonne sans réserve aucune. Je jais, dit-il.. touiouri> ce qu^îl veut. Aujourd'hui, dès le moment de sa conception, il commence ce saint exercice. En entrant au monde, dit le saint Apôtre", il a dit: Les holocaustes ne vous ont pas plu ; eh bien ! me voici. Seigneur, et je vieyis pour accomplir en tout votre volonté. En ce moment. Chrétiens, toutes ses crois lui furent montrées.
1 Ce renvoi de Bcîîuei oorres- tr.rp...ï) estime addition marginale, poad à la page 677 de notre toci2 .'< .Toan , vm, 29.
Jll. " 6. Var. : Eliam, Pater... [Luc.
■'2. Var : ne lavait donné. 1.21]
3. Var. : de quelle sorte il faut 7. Jean, v, 30. aincer Dieu. 8. Ibid., iv, 32.
4. Var. : c'e?t?on exercice — Tout 9. Hebr, x, ô, 6, 7. ce passage, jusqu'à : « Ma nourri-
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Il voit ^ une avidité dans le cœur de Dieu d'avoir une victime digne de lui, digne de sa sainteté, digne de sa justice, capable de porter tous ses traits et tous les crimes des hommes. O Dieu, quel excès de peine ! et néanmoins, hardiment^ : Me voici. Seigneur; je viens pour accomplir votre volonté !
[P. 2] Chrétien, imite ce Dieu ; adore en tout les décrets du Père : soit qu'il frappe, soit qu'il console, soit qu'il te couronne, soit qu'il te châtie, adore, embrasse sa volonté sainte. Mais en quel esprit ? Ha ! voici la perfection : en l'esprit du Dieu incarné, dans un esprit d'agrément et de complaisance. Vous savez ce que c'est que la complaisance : on ne la connaît que trop à la cour ; mais il faut apprendre d'un Dieu quelle complaisance un Dieu mérite. En cette heure, dit l'évangéliste, Jésus se réjouit dans le Saint-Esprit, et il dit : Je vous loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ceci aux superbes, et que vous Vavez découvert aux humbles^. Et il ajoute dans un saint transport : Oui, Père, parce qu'il a plu * ainsi devant vous. Telle est la complaisance qu'exige de nous la souveraineté de notre Dieu, un accord, un consentement, un acquiescement éternel, un oui éternel, pour ainsi parler, non de notre bouche, mais de notre cœur, pour ses volontés adorables. C'est faire sa cour à Dieu, c'est l'adorer connne il le mérite, que de se donner à lui de la sorte.
Que faites-vous, esprits bienheureux, cour triomphante du Dieu des armées ? que faites-vous devant lui et à l'entour de son trône ? Ils nous sont représentés dans l'Apocalypse^, disant toujours Avicn devant Dieu; un Avien soumis et respectueux, dicté par une sainte complaisance. Amen, dans la langue sainte, c'est à dire oui ; mais un oui [p. 3] pressant et affirmatif, qui emporte ^•lc(luie^cement, ou plutôt, pour mieux dire, le cœur
1. Var. : (riont les éditeurs ont voici...» distribué tnalencontreuscmenc les 3. Luc, X, 2\.
deux m'iitiéï à la tin de la phrase 4. Bossuet commençait à traduire
jirécédente, et de celle-ci) : Il vil un plus largement: « parce qu'il vous a
dédnin dans le cœur de Dieu pour plu de...» 11 s'interrompt, pour cal-
les sacritices des lioimnes, et qu'en- quer respectueusement, à sou ordi-
suite il allait être la seule victime. uaire. le texte sacré.