‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 25 sur 552 · M. Gandar supprime cette laissé emporter · texte numérisé non relu

M. Gandar supprime cette laissé emporter

phrase. Elle est soulignée au manus- 6. Var. : fait mourir,

crit, mais à cause de son importance. 7. P.s. .Nxxvi, 1.5.

C'est l'idée essentielle de ce pre- 8. Var. : il se met en pièces lui-

niier point même.

et pendant qu"il pense détruire la loij il se trouve qu'il n'a de f'jrce que contre son âme *.

Second Point.

[P. ij C'est un effet admirable de la Providence qui

régit le monde, que toutes les Créatures vivantes et inanimées portent leur loi en elles-mêmes. Et le ciel, et le soleil, et les astres, et les éléments, et les animaux, et enfin toutes les parties de cet univers ont reçu leurs lois particulières, qui, ayant toutes leurs secrets rapports avec cette loi éternelle qui réside dans le Créateur, font que tout marche en concours et en unité suivant Tordre immuable de sa sagesse. S'il en est ainsi, Chrétiens, que toute la nature ait sa loi, l'iionmie a dû aussi recevoir la sienne, mais avec cette différence que les autres créatures du monde visible l'ont reçue sans la connaître, au lieu qu'elle a été inspirée à l'homme dans un esprit raisonnable et intelligent, comme dans un globe de lumière, dans lequel il la voit briller elle-même avec un éclat encore plus vif que le sien, afin que, la voyant, il l'aime, et que, l'aimant, il la suive par un mouvement volontaire.

[P. Il] C'est en cette sorte, âmes saintes, que nous portons en nous-mêmes et la loi de l'équité naturelle, et la loi de la justice chrétienne. La première nous est donnée avec la raison en naissant dans cet ancien monde, selon cette parole de l'Évangile, que Dieu illumine tout homme venant au monde' ; et la seconde nous est inspirée avec la foi, qui est la raison des chrétiens, en renaissant dans l'Église qui est le monde nouveau; et c'est pourquoi le baptême s'appelait dans l'ancienne Église le mystère d'illumination, qui est une phrase apostolique tirée de la divijie Épître aux Hébreux ^. Ces lois ne sont autre chose qu'un extrait fidèle* de la vérité primitive, qui réside dans l'esprit de Dieu ; et c'est pourquoi nous pouvons dire sans crainte que la

1. Var. : soi-même. — Bossuet se qu'on verra à la tin du sermon,

dtcide ici à passer au second i oint, p. 48.

qui. dans son projet primitif, devait 2. Joan., I, 9.

être le troisième. Il néglige tout le 3. Hebr., vi. 4.

Borplus de 8a première rédaction, 4. Var. : Cette loi est un extrait.

SUR LA HAINE DE LA VERITE. ô6

vérité est en nous. Mais, si nous ne l'avons pas épargnée dans le sein niême de Dieu, il ne faut pas s'étonner que nous la combattions en nos consciences. Avei? quel effet, Chrétiens? Il vous sera utile de le bien entendre ; et c'est pour([uoi je tâcherai de vous l'expliquer.

[P. in| Je vous ai dit, dans le premier point, qu'en vain les pécheurs attaquaient en Dieu cette vérité ori- «inale : ils se perdent tout seuls, elle n'est ni corrompue ni diminuée. Mais il n'en est pas de la sorte de cette vérité inhérente en nous. Car, comme nous la touchons de plus près et que nous pouvons pour ainsi dire mettre nos mains dessus, nous pouvons aussi pour notre malheur la mutiler et la corrompre, la falsifier et l'obscurcir. Et il ne faut pas s'étonner si cette haine secrète, par laquelle le pécheur s'efforce de la détruire dans l'original et dans sa source, le porte à l'altérer autant qu'il peut dans les copies et dans les ruisseaux. Mais ceci est trop vague et trop général ; venons à des idées plus particulières.

Je veux donc dire, Messieurs, que nous falsifions dans nos consciences la règle de vérité qui doit gouverner nos mœurs, afin de ne voir pas quand nous faisons mal ; et voici en quelle manière.

Deux choses sont nécessaires pour nous connaître nous-mêmes et la justice de nos actions : que nous ayons les règles [p. iv] dans leur pureté, et que nous nous regardions dedans comme dans un miroir fidèle. Car en vain le miroir est-il bien jilacé, en vain sa glace est-elle polie ; si vous n'y tournez le visage, il ne sert de rien pour vous reconnaître, non plus que la règle de la vérité, si vous n'en approchez pas pour vous contempler quels vous êtes.

C'est ici que nous errons doublement. Car et nous altérons la règle, et nous nous déguisons nos mœurs à nous-mêmes. Connue une femme mondaine, amoureuse jusqu'à la folie de cette beauté d'un jour, qui peint la surface du visage pour cacher la laideur qui est au dedans, lorsque, en consultant son miroir, elle ne trouve ni cet éclat, ni cette douceur que sa vanité désire, elle s'en prend premièrement au cristal, elle cherche ensuite un miroir qui flatte. Que si elle ne peut tellement corrom-

Sermons de Bo>-!-iift. — IV. •'

J* CAREME DES CARMEÎ.ITES.

pre la licélité de sa glace qu'elle ne lui montre toujours beaucoup de laideur, [p. V] elle s'avise d'un autre moyen : elle se plâtre, elle se farde, elle se déguise, elle se donne de fausses couleurs ; elle se pare, dit saint Anibroise, d'une bonne grâce achetée ' ; et laisse jouir son orgueil' du spectacle d'une beauté imaginaire.

("est à peu près ce que nous faisons : lorscjue notre vie [est] mauvaise, lorsque nous courons après nos (iésirs, notre âme se défigure et perd toute sa beauté ; si, on cet état déplorable, nous nous présentons quelquefois à cette règle de vérité écrite en nos cœurs, notre difformité nous étonne ; elle fait horreur à nos yeux : nous nous plaignons de la règle. — Ces lois austères ^ dont on nous effraye, ne sont pas les lois de l'Évangile ; elles ne sont pas si fâcheuses ni si ennemies de l'humanité! Cette loi de la dilection des ennemis, cette sévérité de la pénitence et de la mortification chrétienne, ce précepte terrible du détachement du monde, de ses vanités et de ses pompes, ne se doit pas prendre au pied de la lettre; tout cela tient plus du conseil r(ue du commandement absolu ! — Nous éloignons ces dures maximes, et nous mettons en leur place, ainsi qu'une glace flatteuse, les maximes d'une piété accommodante.

[P. vi] Mais, Chrétiens, il est mal aisé de détruire tout à fait en nous cette règle de vérité, qui est si profondément empreinte en nos âmes ; et quelque petit rayon qui nous en demeure, c'est assez pour convaincre nos mauvaises mœurs et notre vie licencieuse. Cette pensée nous chagrine ; mais notre amour-propre s'avance à propos pour nous ôter cette inquiétude : il nous présente un fard agréable, il donne de fausses couleurs à nos intentions, il dore si bien nos vices que nous les prenons pour des vertus.

\'oilà, Chrétiens, les deux manières par lesquelles nous falsifions et l'Évangile et nous-mêmes; nous craignons de le découvrir en sa vérité, et de nous voir nousmêmes tels que nous sommes. Nous ne pouvons nous résoudre à nous accorder avec l'Évangile par une con-

1 . De Vir<;ii7., T, VT, n. 28. 29. 3. « Bossuet rtpèle ce qu'on pense

2. Var. : et se repaît. — repaît sa et ce qu'on dit. )t (Gandar.) Tanité, — laisse jouir sa Tauit<^. .

duite réglée; nous tâchons de nous approcher [p. viij en déguisant l'un et l'autre, en faisant de l'Évangile un assemblage monstrueux de vrai et de faux, et de nous-mêmes un personnage de théâtre qui n'a que des actions empruntées et à qui rien ne convient moins que ce qu'il paraît.

Et, en effet, Chrétiens, lorsque nous formons tant de doutes et tant d'incidents, que nous réduisons l'Évangile et la doctrine des mœurs à tant de questions artificieuses, que faisons-nous autre chose, sinon de chercher des déguisements? Et que servent tant de questions, sinon à nous faire perdre parmi des détours infinis la trace toute droite de la vérité? Ne faisons ici la guerre à personne, sinon à nous-mêmes et à nos vices ; mais disons hautement dans cette chaire que ces pécheurs subtils et ingénieux qui tournent l'Évangile de tant de côtés, qui trouvent des raisons de douter sur l'exécution de tous les préceptes, qui fatiguent les casuistes par leurs consultations infinies, ne travaillent [p. viii] ordinairement qu'à nous envelopper la règle des mœurs. a Ce sont des honmies, dit saint Augustin, qui se tourmentent beaucoup pour ne trouver pas ce qu'ils cherchent : Nihîl laborant nîsi non invcnire quod quseriint^. » Ou plutôt ce sont ceux dont parle l'Apôtre^, qui n'ont jamais de conduite certaine^, « qui apprennent toujours, et cependant n'arrivent jamais à la science de la vérité : Semper âiscentcs, et nunquam ad scientiam verîtafls pervenipntes*. »

Ce n'est pas ainsi, Chrétiens, que doivent être les enfants de Dieu. A Dieu ne plaise que nous croyions que la doctrine chrétienne soit toute en quest'ons et en incidents ! I 'Évangile nous a donné quelques principes, Jésus-Christ nous a appT'is quelque chose ; son école n'est pas une académie où chacun dispute ainsi qu'il lui pi ît. Qu'il puisse se rencontrer quelquefois des difficultés exlraortiinaires, je ne m'y veux pas opposer ; mais je ne crains point de vous assurer que, pour régler notre conscience sur la plupart des de-

1. De Gènes, contra Manich., il, 2. 4. Tout ce passage reprend les

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