‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 250 sur 552 · Nouvelle allusion aux sermons · texte numérisé non relu

Nouvelle allusion aux sermons

SUR l'ardeur de la pénitence. 325

pêchée ne pouvait pas vous connaître encore, ô Dieu vivant, nous devions du moins vous aimer sitôt que nous avons pu aimer quelque chose. O beauté par-dessus toutes les beautés, ô bien par-dessus tous les biens, pourquoi avons-nous été si longtemps sans vous dévouer nos affections ^ ? Quand nous n'y aurions perdu qu'un moment, toujours aurions-nous commencé trop tard. Et voilà que nos ans se sont échappés ^, et encore languissons-nous dans l'amour des choses mortelles !

Homme ^ fait à l'image de Dieu, tu cours après les plaisirs mortels, tu soupires après les [p. 14] beautés mortelles ; les biens périssables ont gagné ton cœur. Si tu ne connais rien qui soit au-dessus, rien de meilleur ni de plus aimable, repose-toi à la bonne heure* en leur jouissance. Mais si tu as une âme éclaii*ée d'un ra3'on de l'intelligence divine, si, en suivant ce petit rayon, tu peux remonter jusques au principe, jusques à la source du bien, jusques à Dieu même, si tu peux connaître qu'il est, et qu'il est infiniment beau, infiniment bon, et qu'il est toute beauté et toute bonté, comment peux-tu vivre et ne l'aimer pas?

Homme, puisque tu as un cœur, il faut que tu aimes ; et, selon que tu aimeras bien ou mal, tu seras lieureux ou malheureux : dis-moi, qu'aimeras-tu donc? L'amour est fait pour l'aimable, et le plus grand amour pour le plus aimable, et le souverain amour pour le souverain aimable : quel enfant ne le verrait pas? quel insensé le pourrait nier? C'est donc une folie manifeste, et de toutes les folies la plus folle, que de refuser son amour à Dieu, qui nous cherche.

Qu'attendons-nous, Chrétiens? Déjà nous devrions mourir de regret de l'avoir [p. 15] oublié durant tant d'années; mais quel ^ sera notre aveuglement et notre fureur, si nous ne voulons pas commencer encore ! Car voulons-nous ne l'aimer jamais, ou voulons-nous l'aimer

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