‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 251 sur 552 · Var. : notre cœur. tel. Mais, un peu plus loin. l'aufour · texte numérisé non relu

Var. : notre cœur. tel. Mais, un peu plus loin. l'aufour

2. Var. : que toute notre vie est a'abstieat d'écrire l'interjection qu'il presque écoulée. venait de supprimer ici.

3. Édit. : 0 homme... — 0 ^^t 4. --1 ;« fto?ine Aeur«, promptemcut effacé, sans doute à cause de l'hia- Cf. t. I, p. 97.

tus. On a pu croire que le trait de ô. M.». : quelle... — Bossuet pensa

plume, peu acceatué, était accideu- au nvA fureur.

quelque jour? Jamais! Qui le pourrait dire? Jamais! I^e peut-on seulement penser? En quoi donc différerions-nous d'avec les démons? Mais, si nous le voulons aimer quelque jour, quand est-ce que viendra ce jour? Pourquoi ne sera-ce pas celui-ci ? Quelle grâce, quel privilège a^ ce jour que nous attendons, que nous voulions le consacrer entre tous les autres, en le donnant à 1 amour de Dieu? — Tous les jours sont-ils pas" à Dieu? — Oui, tous les jours sont à Dieu; mais jamais il n'y en [a] qu'un qui soit à nous, et c'est celui qui se passe. Eh quoi ! voulons-nous toujours donner au monde ce que nous avons, et à Dieu ce que nous n'avons pas?

■ — Mais je ne puis, direz-vous ; je suis engagé. — Malheureux, si vos liens sont si forts que l'amour de Dieu ne les puisse rompre ; malheureux, s'ils sont faibles ^, que vous ne vouliez pas les rompre ))our l'amour de Dieu ! — Ha ! laissez démêler cette affaire. — Mais plutôt voyez dans l'empressement que cette affaire vous donne celui que mérite l'affaire de Dieu : [p. 16] Jésus ne permet pas d'ensevelir son propre père. — Mais laissez apaiser cette passion; après, j'irai à Dieu d'un esprit plus calme. — Voyez cet insensé sur le bord d'un fleuve, cjui, voulant passer à l'autre rive, attend que le fleuve se soit écoulé ; et il ne s'aperçoit pas qu'il coule sans cesse ^. Il faut passer par-dessus le fleuve ; il faut marcher contre le torrent, résister au cours de nos passions, et non attendre de voir écoulé ce c^ui ne s'écoule jamais tout à fait.

Mais peut-être que je me trompe, et les passions en effet s'écoulent bientôt. Elles s'écoulent souvent, il est véritable ; mais une autre succède en la place. Chaque âge a sa passion dominante : le plaisir cède à l'ambition, et l'ambition cède à l'avarice. Une jeunesse em-

1. On pourrait peut-être mettre : dar. Que dépend ici de malheureux. h. Ce tour elliptique se rencontre 4. Réminiscence manifeste des assez fréquemment (Cf. t. I, p. 65, vers d'Horace : (Ep., I, ii,42.)

n. 4). Ainsi l'orateur ne parlerait Ruslicua exspectat dum fleflunt n-

pas au présent d'un jour qui n'existe [ninn-- ,■ nt ille

))as encore et qui risque de ne ja- Labitur, et labetur in omnc volubilis

mais arriver. [cvum.

2. Yar. : Tous les jours sont à Mais comme notre orateur relève Dieu. ce lieu commun par le saisissant

3. Anciennes édit. : s'ils sont si commentaire qui suit ! faibles. — Faute corrigée par Gan-

SUR l'ardeur de la pénitence. 327

portée ne songe qu'à la volupté; l'esprit étant mûri tout à fait, on veut pousser sa fortune, et on s'abandonne à l'ambition ; enfin, dans le déclin et sur le retour, la force commence à manquer pour avancer ses desseins ; on s'applique^ à conserver ce qu'on a acquis, à le faire profiter, à bâtir dessus, et on tombe insensiblement dans le piège de l'avarice. C'est l'histoire [p. 17] de la vie humaine : l'amour du monde ne fait que changer de nom ; un vice cède la place à un autre vice ; et au lieu de la remettre à Jésus, le légitime seigneur, il laisse un successeur de sa race, enfant comme lui de la même convoitise. Interrompons aujourd'hui le cours ^ de cette succession malheureuse : renversons la passion qui domine en nous; et, de peur qu'une autre n'en prenne la place, faisons promptement régner celui auquel le règne appartient. Il nous y presse^ par ses saints attraits ; et plût à Dieu que vous vous donnassiez tellement à lui que vous m'épargnassiez le soin importun de vous faire ouïr ses menaces ! Mais, connne il faut peutêtre ce dernier effort pour vaincre notre dureté, écoutons les justes reproches d'un cœur outragé par nos indignes refus : c'est ma seconde partie.

Second Point.

[P. i] Encore qu'un Dieu irrité ne paraisse point aux hommes qu'avec un appareil étonnant, toutefois il n'est jamais plus terrible qu'en l'état où je dois le représenter : non point, comme on pourrait croire, porté * sur un nuage enflammé d'où sortent des éclairs et des foudres, mais armé de ses bienfaits et assis sur un trône de grâce.

1. Edit. : (( à manquer : pour ce. Il en est de même de beaucoup avancer ses desseins, on s'applU de passages de ce second point. Cea que... )) — La ponctuation de l'au- traits, d'une encre plus noire (queltographe ne permet pas cette inter- ques-uns au crayon), indiquent qua prêtât ion. l'auteur est revenu un peu plus tard

2. Var. : Rompons le cours. à ces belles et touchantes pensées.

3. Ms. : Il nous y prêche (prescbe). D'autres, tracés dans hi composition — Nouvelle inadvertance. même du sermon, étaient destinés à,

4. Les mots (pii suivent, qu'il se- effacer des passages qui ont été Tarait impossible de supprimer, ont faits an peu plus loiu.

été soulignée, mais pour l'importan-

328 CARÊME DU LOUVRF,.

C'est, Messieurs, en cette sorte que la justice de Dieu nous paraît dans le Nouveau Testament. Car il me semble qu'elle a deux faces, dont l'une s'est montrée à l'ancien peuple, et l'autre se découvre au peuple nouveau. Durant la loi de Moïse, c'était sa coutume ordinaire de faire connaître ses rigueurs par ses rigueurs mêmes : c'est pourquoi elle est toujours l'épée à la main, toujours menaçante, toujours foudroyante, et faisant sortir de ses yeux un feu dévorant ; et je confesse. Chrétiens, qu'elle est infiniment redoutable en cet état. Mais, dans la nouvelle alliance, elle prend une autre figure, et c'est ce qui la rend plus insupportable et plus accablante \ parce que ses rigueurs ne se forment que dans l'excès de ses miséricordes, et que c'est par des coups de grâces que ïont fortifiés " les coups de foudre ^, <\u\, perçant aussi avant dans le coeur que l'amour avait résolu d'y entrer, y cause[ntj une fp. 2J extrême désolation, y [font] * un ravage inexplicable.

Vous le comprendrez aisément, quand je vous aurai dit en un mot ce que tout le monde sait, qu'il n'est rien de si furieux qu'un amour méprisé et outragé. Mais, comme je n'ai pas dessein dans cette chaire ni d'arrêter longtemps vos esprits sur les emportements de l'amour profane "", ni de vous faire juger de Dieu comme vous feriez d'une créature, j'établirai ce que j'ai à dire sur des principes plus hauts, tirés de la nature divine, selon que nous la connaissons par les saintes Lettres ^.

Il faut donc savoir, Ciirétiens, que l'objet de la justice de Dieu, c'est la contrariété qu'elle trouve en nous ; et j'en remarque de deux sortes. Ou nous pouvons être opposés à Dieu considéré en lui-même, ou nous pouvons être opposés à Dieu agissant en nous; et cette dernière façon est sans comparaison la plus outrageuse ^ . Nous sommes opposés à Dieu considéré en lui-même, en tant que notre péché est contraire à sa sainteté et à sa jus-

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