‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 253 sur 552 · Var. : en retombe, si je l'cse G. Var. : que la violence · texte numérisé non relu

Var. : en retombe, si je l'cse G. Var. : que la violence

dire, sur le front propre d'un Dieu 7. Var. : desobéissance. — Ce mot

approchant de nous. — Tous lus était d'abord préféré à révolte, qui a

éditeurs mêlent plus ou moins texte été rétabli ensuite, et variante.

et qui le contriste. Mais gardons-nous bien de penser que cette tristesse de l'esprit de Dieu soit semblable à celle des hommes : cette tristesse de l'esprit de Dieu signifie un certain dégoût, qui fait que les hommes ingrats lui sont à charge, et l'Apôtre ^ nous veut exjirinier ini certain zèle de justice, mais zèle pressant et violent (jui anime un Dieu méprisé contre un cœur ingrat, et qui lui fait appesantir sa main et précipiter sa vengeance, [p. 5] Appesantir sa main, et précipiter sa vengeance", voilà, mes Frères, deux effets terribles de cet amour méprisé. Mais que veut dire ce poids, et d'où vient cette promptitude? Il faut tâcher de le bien entendre.

Je veux donc dire, mes Frères, que l'amour de Dieu, indigné ^ par le mépris de ses grâces, appuie la main sur un cœur rebelle avec une efficace extraordinaire. L'Écriture, toujours puissante pour exprimer fortement les œuvres de Dieu, nous explique cette efficace par une certaine joie qu'elle fait voir dans le cœur d'un Dieu pour se venger d'un ingrat. Ce qui se fait avec joie se fait avec application. Mais, Chrétiens, est-il possible que cette joie de punir se trouve dans le cœur d'un Dieu, source infinie de bonté? Oui, sans doute, quand il y est forcé par l'ingratitude. Car écoutez ce que dit Moïse '* au chapitre xxviii du Deutéronome : « Comme le Seigneur s'est réjoui vous accroissant, vous bénissant, vous faisant du bien, il se réjouira de la même sorte en vous ruinant, en vous ravageant" : Siciit [antc] lœtatus est Doininus super vos, henc vohis faeïens, vosque wultiplieans, sic Isetahitur disperdens vos atque siibvertens '^ ». Quand son cœur [p. 6] s'est épanché en nous

1. Édit. : et croyons que l'Apôtre... sa dernière abondance), faisant tarir — Emprunt à la première rédaction : la source desgrâces, ouvre tout à coup « ...soit semblable à celle des hom- celle des vengeances.Ha ! (lue de termes, et croyons... » ribles vérités sont enfermées en ce

2. Les éditeurs, même Gandar, peu de mots ! Mais entrons-y plus à négligent cette reprise des deux ex- fond, et ne passons [pas] si légèrepressions essentielles. Le brouillon ment sur des choses si nécessaires. » (premirie rédaction) témoigne qu'il 3. Var. : irrité.

faut interpréter ce passage comme 4. Var. : écoutez comme II parle.

nous faisons. Il contient en outre 5. Vai-. : en vous accablant,

quelques lignes qui ne sont pas en- 6. Deuter., xxviii,ti.3. — Le latin

trées dans la rédaction définitive : en marge. On peut, à volonté, le

(( ...C'est que l'amour, épuisé par considérer comme une note, ou

l'excès de son abondance {var. : par comme une addition au texte.

SUR l'ardeur de la pénitence. 331

bénissant, il a suivi sa nature et son inclination bienfaisante. Mais nous l'avons contristé, mais nous avons affligé son Saint-Esprit \ et nous avons changé la joie (le bienfaire en une joie de punir; et il est juste qu'il répare la tristesse que nous avons donnée à son Saint- Esprit", par une joie efficace, par un triomphe de son cœur, par un zèle de sa justice à venger notre ingratitude.

Justement, certes justement ; car il sait ce qui est dû à son amour victorieux, et il ne laisse pas ainsi perdre ses grâces. Non, elles ne périssent pas : ces grâces rebutées^, ces grâces dédaignées, ces grâces frustrées, il les rappelle à lui-même, il les ramasse en son propre sein, où sa justice les tourne toutes en traits pénétrants, dont les cœurs ingrats sont percés. C'est là. Messieurs, cette justice dont je vous parlais tout à l'heure : justice du Nouveau Testament, qui s'applique par le sang, par la bonté même et par les grâces infinies d'un Dieu rédempteur ; justice d'autant plus terrible que tous ses coups de foudre sont des coups de grâces.

C'est ce que prévoyait en [p. 7] esprit le {irophète Jérémie, lorsqu'il a dit ces paroles : « Fuyons, fuyons bien loin devant la colère de la colombe, devant le glaive de la colombe : ^4 facie irœ columbœ;... a facîe gladii colunihie * ! » Et nous voyons dans l'Apocalypse les réprouvés cjui s'écrient : « Montagnes, tombez sur nous, et mettez-nous à couvert de la face et de la colère de l'Agneau : Cadite super nos, et ahscondite nos... ab ira Agni ^. » Ce qui les presse, ce qui les accable, ce n'est pas tant la face du Père irrité; c'est la face de cette colombe tendre et bienfaisante qui a gémi tant de fois pour eux, qui les a toujours appelés par les soupirs de sa miséricorde ; c'est la face de cet Agneau qui s'est immolé pour eux, dont les plaies ont été pour eux une vive source de grâces. Car d'où pensez-vous que sortent

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