CARÊME DU LOUVRE DIMANCHE DES RAMEAUX
2 avril 1662.
Parmi les devoirs des rois, exposés dans ce sermon', on en trouvera qui sont bien faits pour étonner notre siècle : par exemple, celui d'extirper le blasphème. Comme si le droit au blasphème ne devait pas être une des conquêtes dont s'enorgueillirait le siècle de la libre pensée 1 Sans doute, Bossuet ne prévoyait pas l'époque trop prochaine où Dieu serait excommunié civilement, et considéré comme une hypothèse négligeable. Quoi qu'il en soit, si Ton veuf du moins comprendre une théorie qui s'éloigne tant des idées contemporaines, il faut bien se garder de séparer les deux parties dont elle se compose, et qui forment la division même de ce discours ; les rois chrétiens doivent faire régner Jésus-Christ sur eux d'abord ; ils doivent en second lieu le faire régner sur leurs peuples.
A cette condition, fût-on incroyant, on pourra reconnaître qu'ici, et dans la Politique sacrée, a cette théorie du pouvoir absolu est généreuse, large, humaine ; n qu' o elle est raisonnable et pratique •. du moms, ajoute-ton, elle l'était dans une société chrétienne 2. » Mais autre chose est de considérer ce que vaut un système, reposât il sur des vérités méconnues, autre chose de voir ce que comportent les mœurs d'une époque en fait d'institutions sociales.
Dicite filiœ Sion : Ecce rex tuas vertit tibi mansuetus, sedens super asinam.
Dites à la fille de Sion -'' : Voici ton roi qui fait son entrée, plein de bonté et de douceur, assis sur une ânesse. (Matth., xxi, .5.)
Parmi * toutes les grandeurs du monde, il n'y a rien de «i éclatant qu'un jour de triomphe; et j'ai ajipris
l.Ms. fr. 12823, f. 218-232. lu-4 ; l'exorde proprement dit, ou second
un quart de page en marge. exorde, par lequel l'auteur, selon
2. Bossuet, par G. Lanson, 1891, sou habitude, avait commencé sa p. 260. composition.
3. Ces six mots sont omis dans la 4. Cf. le début du sermon sxir traduction qui est en tête de cet l'Honneur du monde^ 1660 (t. III, avant-propos ; mais ils se lisent p. 340).
dans celle qui est placée avant
de Tertullien que ces illustres tioniphateurs de l'ancienne Rome marchaient avec tant de pompe, que, de peur qu'étant éblouis d'une telle magnificence, ils ne s'élevassent enfin au-dessus de la condition humaine, un esclave qui les suivait avait charge de les avertir qu'ils étaient hommes : Respice post te, homînem te mémento \
Le triomphe de mon Sauveur est bien éloigné de cette gloire; et, au lieu de l'avertir qu'il est homme, je me sens bien plutôt pressé de le faire souvenir qu'il est Dieu. Il semble, en effet, qu'il l'a oublié. Le prophète et l'évangéliste concourent à nous montrer ce roi d'Israël monté, disent-ils, « sur une ânesse, sedens super asinam ». Chrétiens, qui n'en rougirait? Est-ce là une entrée royale? est-ce là un appareil de triomphe? Est-ce ainsi, ô Fils de David, que vous montez au trône de vos ancêtres et prenez possession de leur couronne ^? Toutefois arrêtons, mes Frères, et ne précipitons pas notre jugement. Ce roi, que tout le peuple honore aujourd'hui par ses cris de réjouissance, ne vient pas pour s'élever au-dessus des hommes par l'éclat d'une vaine pompe, mais plutôt pour fouler aux pieds les grandeurs humaines; et les sceptres rejetés, l'honneur méprisé, toute la gloire du monde anéantie font le plus grand ornement de son triomphe. Donc, pour admirer cette entrée, apprenons avant toutes choses à nous déj)ouiIler de l'ambition et à mépriser les grandeurs du monde. Ce n'est pas une entreprise médiocre^ de prêcher cette vérité à la cour, et nous avons besoin plus que jamais d'implorer le secours d'en haut par les prières de la sainte Vierge : Ave, Maria.
[P. 1] Jésus-Christ est roi par naissance; il est roi par droit de conquête; il est roi* par élection. Il est roi par naissance. Fils de Dieu dans l'éternité. Fils de David dans le temps. Il est roi par droit de conquête,
1. Apoloff., a 33, — Ms... : me- 242) ; (cf. la fin de la phrase qui menfo te. précède.)
2. Var. : de votre royaume ? 4. Edit. : il est encore roi (Defo- 3 Cette phrase forme redite avec ris) — il est roi encore (Gazier). —
la tin de l'avant-propos du sermon Cet adverbe est effacé. sur l'Ambition. (Voy. ci-dessus, p.
et, outre cet empire universel que lui donne sa toutepuissance, il a conquis par son sang, et rassemblé par sa foi, et policé par son Évangile un peuple particulier, recueilli de tous les autres^. Enfin, il est roi par élection : nous l'avons choisi par le saint baptême, et nous ratifions tous les jours un si digne choix par la profession du christianisme^.
Un isi grand roi doit régner : sans doute qu'une royauté si réelle et fondée sur tant de titres augustes, ne peut pas être sans quelque empire. Il règne en effet par sa puissance dans toute l'étendue de l'univers; mais il a établi les rois chrétiens pour être les principaux instruments de cette puissance : c'est à eux qu'appartient la gloire de faire régner Jésus-Christ ; ils doivent le faire régner sur eux-mêmes, ils doivent le faire régner sur leurs peuples.
[P. 2] Dans le dessein que je me propose de traiter aujourd'hui ces deux vérités, je me garderai plus que jamais de rien avancer de mon propre sens. Que seraitce qu'un particulier qui (se mêlerait d'enseigner les rois? Je suis bien éloigné de cette pensée : aussi on n'entendra de ma bouche que les oracles de l'Écriture, les sages avertissements des papes, les sentences des saints évêques, dont les rois et les empereurs ont révéré la sainteté et la doctrine. Et d'abord, pour établir mon sujet, j'ouvre l'Histoire sainte pour y lire le sacre du roi Joas, fils du roi Joram ^.
Une mère dénaturée, et bien éloignée de celle* dont la constance infatigable n'a eu de soin ni d'application que pour rendre à un fils illustre son autorité aussi entière qu'elle lui avait été déposée, avait dépouillé ce jeune prince et usurpé sa couronne durant son bas âge. Mais le pontife et les grands ayant fait une sainte ligue pour le rétablir dans son trône, voici mot à mot, Chrétiens, ce que dit le texte sacré : Us produisirent le